II. — Des manifestations articulaires
Dans les accidents légers, le simple repos au lit suffira.
Dans les cas plus graves, on s’opposera à la douleur par l’application locale de liniments calmants, ou même par des injections sous-cutanées de morphine.
La glace, en modérant l'épanchement, agit sur l’élément douleur. Se Die Il faut penser toujours à à la déviation possible c du membre en attitude vicieuse. On l'empêchera par l'immobili-. | sation dans une gouttière. Au membre inférieur, on se trouvera bien de l’extension. continue exercée avec un poids juste suffisant pour s'opposer à. la flexion. Ce pro=
cédé a de plus. l'avantage. de calmer la douleur.
Devra:t-on lutter, contre l’atrophie musculaire réflexe par le massage ? Certains auteurs l’interdisent, formellement ; d’autres, tel Sabrazès, le conseillent. Nous. croyons qu’il faut, Sur ce point, se garder des opinions extrêmes. Dans les cas où le moindre attouchement pro= voque une ecchymose, voire un hématome, il va sans dire que le massage est absolument contre- indiqué. Si l’'hémophilie est moins grave, le malade ne pourra que bénéficier d’un massage léger qui conservera aux muscles un peu de leur valeur fonctionnelle. |
Bien mieux, le massage de l'articulation elle-même peut-être indiqué contre les épanchements résiduels tenaces. Robert B... nous a déclaré que, la poussée articuiaire terminée, l hémarthrose n achevait de se résorber qu’après quelques jours de marche modérée, réalisant un massage physiologique de l'articulation. Le malade était-il maintenu au lit, Pépanchement résiduel persistait indéfiniment.
Kœnig, pour hâter la disparition dé l’hémarthrose, conseillait la ponction évacuatrice. D’autres auteurs s'y 3 montrent résolument opposés. ILest certain que la ponc- 4 tion répond plus à l’impatience du malade ou de son
: Les
médecin qu’à une indication véritable. Quelle satisfac-
tion de voir s’affaisser èn quelques instants un genou de dimensions impressionnantes ! Parfois ce résultat appa=" rent reste acquis ; mais la fonction n’est pas récupérée
beaucoup plus tôt : le malade n’utilise jamais Son articu-
lation avant quinze où vingt jours. Que vaudrait: d’ailleurs un gain dé quelques jours pour dés malades qui présentent parfois ‘jusqu’à cinquante poussées ‘dans: la même > articulation en moins d’un an ue de Mantei-
fel) ? :
Passe encore, si le procédé était inoffensif. Mais le plus souvent la poriction soi-disant curatrice est suivie le jour même d’une poussée articulaire violente. Acci-
J p dent évitable, si l’on n'avait pas négligé l’enseignement
des anciens, pour qui € élever les enfants dans le co-
ton » était alpha et l’oméga de la thérapeutique. La
ponction est un traumatisme articulaire : la règle sera
de s’en abstenir.
A la fin du siècle dernier, les chirurgiens avaient cru se rendre maitres des arthropathies récidivantes par larthrotomie. Presque toutes les tentatives furent sui-
vies de mort par hémorragie incoercible (Kænig, San-
delin, Tillmann, Bahut). Il est juste d’ajouter que ces interventions eurent licu à l’époque où la thérapeutique
n’était pas encore en possession de ses moyens a plus
puissants : sérums et peptone.
L'intervention chirurgicale est-elle aujourd’hui devenue possible chez l’hémophile ? En cas de nécessité absolue et vitale, oui; mais à condition de soumettre préalablement le sujet au traitement sérique ou peptonique
jusqu’à correction aussi parfaite que possible du vice de coagulation. À l'extrême rigueur, et en cas d'urgence, on peut se contenter d’une seule injection faite 24 ou 48 heures avant l’opération. On préferera alors le sérum sérique de Dufour et Le Hello. On pratiquera en outre une séance d'irradiation de la rate. Malgré ces précautions, on devra redouter une hémorragie mortelle, quelque soin que l’on ait apporté à l’hémostase. C’est dire que l’on s’abstiendra de l’arthrotomie, parfaitement inutile dans une affection qui guérit sans traitement local actif,
La seule manœuvre que l’on soit appelé à pratiquer sur une arthrite hémophilique, c’est le redressement d’une articulation qui tend à s’immobiliser en position vicieuse. Comment l’effectuer ? Presque toutes les tentatives de redressement brusque ont provoqué de violentes poussées arliculaires. Ce mode d'intervention est à rejeter absolument. é
Deux moyens restent à la disposition du médecin : l'extension continue qui immobilise le malade au lit; les appareils plâtrés ou silicatés progressifs qui permettent une activité relative.
C’est.ce dernier procédé qui fut choisi pour Robert B... Tous les appareils furent placés sans anesthésie, ce qui témoigne de la douceur des manœuvres. Le soir de la troisième et dernière séance de redressement, une hémarthrose se produisit cependant. Elle se résorba du reste normalement. Cet incident nous. fait croire que
lPextension continue sera préférable dans tous les cas
où elle sera possible.
mr, “EN
En somme, le médecin se bornera à empêcher Pattitude vicieuse de l'articulation. Quant à l’ankylose, c’est, dans les arthrites graves, un mode naturel de guérison : il ne devra pas s’y opposer par une mobilisation intempestive.
Le redressement terminé, il faudra, par un bon appareil orthopédique, conserver le résultat acquis. Si l'articulation semble garder sa position normale d’ankylose, l'appareil pourra être supprimé la nuit. Mais l’hyperostose ne se fait pas toujours également sur toute l'étendue des surfaces articulaires. Des déviations latérales, des subluxations peuvent en résulter, aidées par des rétractions tendineuses. Des poussées nouvelles d’hémarthrose sont à redouter tant que la fixation de Particle est incomplète, et que le sujet n’a pas dépassé 25 ans. Ces accidents obligeront le malade à conserver jour et nuit son appareil.
Robert B... porte un appareil en cuir moulé, se laçant sur la face antérieure, et remontant du tiers inférieur de la jambe au tiers supérieur de la cuisse. Deux attelles latérales en aluminium s'opposent à l’exagération du genu valgum. L'appareil, très léger, est admirablement supporté par le malade.