ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Siège. — On a observé des arthropathies hémophili- ‘tiques dans presque toutes les articulations. La diathèse témoigne cependant plus de prédilection pour les grandes que pour les petites, et l’on peut classer ainsi par ordre de fréquence décroissante les articles atteints : genoux, coudes, tibio-tarsiennes, coxo-fémorales, épaules, poi-. gnets. Les hémarthroses métacarpo-phalangiennes, phalango-phalanginiennes et médio-tarsiennes sont rares. Les articulations de la mâchoire, de la clavicule et du bassin n’ont jamais été touchées.
Cruet fit remarquer que « chaque hémophile a son articulation faible », notion confirmée par la plupart des observations.
.Lésions générales. — Un assez grand nombre d’autopsies de sujets morts d’hémophilie a été pratiqué sans qu’on puisse établir un tableau des lésions caractéristiques observées chez ces malades.
Souvent on ne trouve que des lésions analogues à celles des morts par hémorragies. Parfois c’est une atteinte centro-lobulaire du foie avec atrophie cellulaire et dégénérescence granulo-graisseuse. Nous avons vu
déjà sur quelles constatations on avait tenté d'établir une théorie vasculaire de l’'hémophilie. Rien de démonstratif ni de constant dans ces lésions.
Lésions articulaires. — Celles des articulations sont mieux connues. Elles diffèrent aux trois phases de l’arthropathie.
1° Stade d’hémarthrose. — Le sang épanché provient de la synoviale. Il reste liquide et se mélange à un exsudat synovial. Aussi sa richesse en hématies est-elle toujours inférieure à celle du sang veineux. Il n’y a pas d’hématies déformées, et la résistance globulaire estaugmentée. Comme dans les hémarthroses traumatiques, le sang épanché présente un certain retard de la coagulation, mais moindre que celui du sang veineux ; et l’on n’y retrouve aucun des autres caractères hématologiques de l’hémophilie.
La synoviale est congestionnée; mais, pas plus que les cartilages, elle n’a eu le temps de présenter de lésions réactionnelles. La capsule et les ligaments sont plus ou moins distendus selon l'importance de l’épanchement.
2° Stade d’arthrite subaiguë(Panarthrite de Kænig). — Les poussées d’hémarthrose se répétant à intervalles variables, la synoviale, chroniquement congestionnée, ne tarde pas à réagir : elle s'épaissit, s’indure, devient résistante, se tapisse d’une couche de fibrine, d’où partent des villosités, des franges brunâtres, susceptibles de se détacher-et de rester libres dans l'articulation. Les replis de la synoviale sont comblés par cet exsudat chocolaté.
Le tissu fibreux périarticulaire s’épaissit. Les carti-