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CLASSIFICATION

La production des pigments bleus et violets a été comme nous venons de le voir, signalée chez de nombreuses Bactéries. La création d’un aussi grand nombre d'espèces n'est, il faut l’avouer, nullement. fondée; la plupart de ces germes ont été décrits il y a déjà longtemps. Certains ont disparu, d’autres existent encore dans les collections. Les auteurs qui les ont étudiés ont laissé souvent des notes trop brèves, ne donnant pas des points de repère suffisants pour pouvoir rapporter les germes décrits à une méme espèce ou à des espèces différentes.

Tenter une classification des Bactéries bleues et violettes peut donc paraître quelque chose d’illusoire. Néanmoins il est possible de diviser ces germes en un certain nombre de groupes et faire des rapprochements qui permettront ultérieurement d'aboutir à une classification.

Il faut en effet, comme nous avons déjà eu l’occasion de l’envisager, faire appel à un très grand nombre de caractères particulièrement bien choisis, pour pouvoir définir une espèce. Et chez les germes chromogènes, une place toute spéciale doit être réservée à l’étude du pigment.

Malgré les difficultés rencontrées, et devant l'importance du rapprochement, de nombreux savants ont tenté une classification, du moins provisoire, en Bactériologie.

Nous citerons parmi ceux-ci EHRENBERG (1838), NÆGEL: (1857), COHN

(1) Pour rédiger ce chapitre sur la classification, nous avons fait appel au travail de notre collègue A. Dupaix, paru dans le Bull. de l'Assoc. des Diplômés de Microbiologie, n° 4, 1932. — Nomenclature. Place de B. caryocyaneus BEIJE- RINK-DuPaIx dans la classification,

(1875-77-70), FLucce (1886), LEHMANN et NEUMANN (1806), FISCHER (1897), Mrcura (1807-1900), ERWIN SMITH (1005), VUILLEMIN (1913), BUCHANAN (1915-16-17-18), le comité des Bactériologistes Américains (1923).

Dans cette énumération nous ne citerons que les travaux les plus importants. Il n’est pas possible de faire une étude critique de toutes ces classifications, qui sont loin d’être en parfait accord.

Néanmoins en ce qui concerne les germes qui nous intéressent il est nécessaire de voir sous quelles étiquettes nous pouvons les ranger.

EHRENBERG avait admis trois genres en considérant la forme et la nature du mouvement en Bactériologie: Spirochaeta, Spirillum et Bacterium. Ce dernier genre était représenté par des éléments rectilignes possédant des fouets polaires et se déplaçant en oscillant par saccades. ;:

Depuis lors, le genre Bacillus, dont le créateur fut Con, englobe déjà depuis longtemps, comme le faisait remarquer VUILLEMIN en 1913, des Bactéries immobiles et des espèces possédant des fouets.

LEHMANN et NEUMANN (1806) attachant une importance capitale à la présence où à l'absence de spores endogènes, avaient établi une distinction entre Bacterium et Bacillus.

En 1900 MirGurA avait restreint le sens de ces différents mots et avait ajouté un troisième genre, celui de Pseudomonas. Dans celui-ci les espèces possédaient des cellules courtes et cylindriques et présentaient des fouets polaires. Les genres Bacterium et Bacillus étaient eux-mêmes constitués par des cellules cylindriques. Cependant le genre Bacterium ne possédait pas de fouets tandis que le genre Bacillus était pourvu de fouets diffus.

THIRY (1900) à la suite de recherches comparatives effectuées sur de nombreux Bacilles bleus et violets et après lecture de tous les travaux écrits sur ce sujet a cru pouvoir établir un classement d'attente. Dans ce but il s'était basé sur le caractère le plus superficiel et le plus commode à apprécier. De cette manière il avait établi la succession des groupes suivants, concernant les Bacilles chromogènes .

1° Groupe composé de Micrococcus cyaneus, Micrococcus pseudocyaneus, B. lacmus ;

2° Groupe composé des Bactéries proprement dites: B. cœruleus, B. pavoninus, B. indigonaceus, B. indigoferus ;

3° Groupe composé des Bactéries violettes proprement dites: B. violaceus, B. janthinus, B. hividus, B. amethystinus;

4° B. cyaneofuscus ;

5° B. polychromogenes.

Les espèces du premier groupe ne sont connues que par des descriptions très brèves et il a paru à THiry (1900) qu’il était impossible de différencier entre elles les espèces des groupes 2 et 3 qui nécessiteraient des études nouvelles.

MiGuLA, dans sa classification, a rangé dans le genre Pseudomonas des Bactéries bien différentes ce qui fait perdre à ce groupe son homogénéité. C'est ainsi que l’on y trouve à la fois des Bactéries fluorescentes à plusieurs fouets polaires, des Bactéries fluorescentes péritriches et des germes tels que Bacterium violaceum SCHRÔTTER, B. cœruleus VOGEs, B. indigoferus VOoces.

La classification américaine réunit par contre dans le genre Pseudomonas des germes à affinités bien lointaines et en sépare d’autres possédant des affinités incontestables.

A. Dupaix (1933), a souligné quelques-unes des erreurs de la classification américaine; beaucoup d’autres seraient encore à signaler. Néanmoins le genre Pseudomonas MiGuLA ou « emended » des auteurs américains serait susceptible d’être conservé si on le limitait à des espèces présentant des plastides cylindriques ou ovalaires, munies de fouets polaires et sécrétant un pigment bleu ou vert.

C’est ainsi que sous ce nom on grouperait: B. pyocyaneus GESSARD, B. carvocyaneus BErJErINCK Dupaix, B. liquefasciens TATARFF, B. violaceus G. et P. FRANKLAND, Ps. berolinensis CLÆSSEN.

Au début de l'exposé de ce travail nous avons adopté la classification proposée par THiry. Malheureusement depuis la publication de l'ouvrage de ce savant, de nombreuses Bactéries nouvelles, sécrétant des pigments bleus ont été décrites. Certaines d’entre elles ont manifesté des affinités que nous avons tenté de préciser.

Il nous a donc fallu comparer entre elles des espèces beaucoup plus complexes que les espèces bleues et violettes. En effet, les nouveaux germes décrits possèdent en même temps que la propriété de sécréter un pigment bleu ou vert, celui de produire simultanément un pigment fluorescent, dans les milieux nutritifs. C’est pour cette raison qu'en étudiant les Bactéries bleues et violettes nous avons été obligé d'envisager B. caryocyaneus,

B. pyocyaneus, B. cyaneo-fluorescens,

: Pour être complet il faudrait rattacher aux germes sécrétant une matière fluorescente verte et un pigment bleu, bleu violet, les Bactéries fluorescentes. Ceci serait sorti du cadre de ce travail et nous dirons seulement que PB. caryocyaneus BEIJERINCK-DuPaIx (1933), B. pyocyaneus GEssarD (1882), peuvent perdre la propriété de sécréter la caryocyanine ou la pyocyanine bien que possédant encore la faculté de produire la matière fluorescente. De même certaines Bactéries comme B. cyaneo-fluorescens ZANGEMEISTER fabriquant un pigment bleu, sont susceptibles d’acquérir la faculté de produire une substance fluorescente. B. cyaneo-fluorescens peut être considéré comme un germe identique à B. syncyaneus dont le pouvoir fluorescigène serait exalté.

Dans son remarquable travail A. Dupaix (1933) a étudié quelles étaient les affinités de B. caryocyaneus vis-à-vis de germes sécrétant comme lui un pigment bieu ou bleu violet en même temps qu’une fluorescence.

Nous résumons dans le tableau suivant les caractères comparatifs de B. caryocyaneus et de B. cyaneo-fluorescens.

De ces recherches il résulte qu'il existe des différences essentielles dans les caractères morphologiques et culturaux de B. cyaneo-fluorescens et de B. caryocyaneus.

De plus l'étude des caractères sérologiques de ces deux espèces a montré qu’il n’y avait aucune parenté entre ces deux germes.

FABLEAU,

ob L

Etude comparative de B. caryocyaneus et B. cyaneo-fluorescens

(In. Dupaix 1933).

Rs LE PDT PO ER QE NO RE PACE ER NTRE

CARACTÈRES B. caryocyaneus B. cyaneo-fluorescens envisagés BEIJERINCK-DUPAIxX ZANGEMEISTER

CARACTERES MORPHOLOGIQUES

HORS RSR es Care ve plastides parfois ovales, plastides ovales. le plus souvent en bàtonnets.

RIT RER ei ET 1 fouet polaire. 1 à 3 fouets polaires.

(LassEurR VERNIER, DUPAIx, ZAHL, 1930).

Coloration par la méthode DEN CAE AE La à ne prend pas le Gram dé- prend le Gram., coloré en 5 secondes.

CARACTERES> DEF; CULTURE

POS NES ee liquéfie la gélatine. ne liquéfie pas (ZAN- GEMEISTER, 1895, M1- GULA 1900, LASSEUR et TER IO00!

MATzscHITA 1902).

Milieu synthétique LI ... fluorescence verte, pig- fluorescence verte. ment bleu devenant violet puis noir.

Milieu synthétique L2 .. pigment bleu violet. . pigment bleu violet. ITS OT ARE coloration bleu ardoise. très légère teinte grise. régulièrement dégradée.

peptonisation.

Pomme de terre glycéri- ÉD De onde le tubercule est entière- enduite brun noir.

ment recouvert d'un enduit très foncé deve.

nant noir cirage.

CARACTERES SEROLOGIQUES.

Dilution limite d’aggluti- 1/100.000 nation en présence de sérum B. caryocyaneus

De l’ensemble des faits constatés A. DuPAIx sépare d’une façon nette ces deux germes mais rapproche de B. caryocyaneus une Bactérie isolée de l’air par MILDENPBERG en 1922, à laquelle cet auteur n’a pas donné de nom, s'étant contenté de l’étudier comparativement avec B. cyanogenus. Les caractères donnés par cet auteur bien qu'incomplets, car ils ne font pas appel aux caractères sérologiques dont l'importance est si grande en Bactériologie pour déterminer la parenté des espèces, permettent cependant de distinguer B. caryocyaneus du Bacille bleu de MiLDEN-

BERG. C’est ce qui résulte du tableau suivant.

Caractères différentiels de B. caryocyaneus

et du Bacille bleu de MILDENBERG

(In. DuPAIx 1933)

CARACTÈRES envisagés Fouets. .

Coloration des colonies.

Culture en bouillon....

Culture sur lait. ..

B. caryocyaneus BEIJERINCK-DUPAIX

1 fouet polaire.

blanc jaunitre.

le milieu nutritif présente une teinte verte puis une coloration brune.

trouble intense, voile grimpant irisé, plissé ; fluorescence verte intense.

pas de coagulation; peptonisation ; anneau noir; sur toute la hauteur de la colonne liquide stratification régulière de zones, de coloration dégradées (gris-bleu, bleu ardoise, bleu vert).

Bacille bleu de MILDENBERG 1 à plusieurs fouets polaires.

bleu acier devenant bleu foncé puis violet pourpre.

Après 3 à 4 semaines la coloration passe au bleu vert puis au vert et palit peu peu.

trouble faible: pellicule; légère coloration vert jaune puis jaunâtre du liquide.

coagulation partielle, le lait non caillé reste incolore.

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