‹ Contribution à l'étude des balancements psycho-somatiquesChapitre 11 sur 50 · CRE · texte numérisé non relu

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WAGNER-JAUREGG, dans un article avec BERTHIER, sur « la fièvre et l’aliénation mentale », cite :

BoERHAVE qui dit que la fièvre intermittente est quelquefois le remède de la manie;

BELGARRIC qui rapporte un cas de folie résolue par la fièvre quarte;

FOoDÉRÉ qui met la fièvre au nombre des crises les plus ordinaires de la folie après les hémorragies;

Régis Rey de CADILLAC qui raconte qu'un homme tombé dans la démence à l’âge de 70 ans, recouvre l'exercice entier de ses facultés intellectuelles à la suite d’une fièvre putride et maligne.

C'est dès cette époque que WAGNER JAUREGG, après ses observations et publications sur les fièvres intercurrentes au cours des maladies mentales, a recommandé les inoculations de la fièvre paludéenne comme traitement des psychoses, méthode dont l'emploi a été inauguré en 1917 seulement dans la paralysie générale; c’est aussi à cette époque que WAGxER a fait expérimenter à ses élèves la tubereuline d’abord et le bacille pyocyanique. Cette méthode d’inoculation a été continuée et perfectionnée par la suite, nous en parlerons au chapitre de la thérapeutique.

Nous trouvons ensuite d’assez nombreuses publications sur l'influence des maladies somatiques sur les troubles psychiques :

MagiLe publie un cas de paralysie générale guérie par une suppuration prolongée de la nuque.

MARANDON DE MonTYEL étudie la fièvre typhoïde dans ses rapports avec la folie; il rapporte 5 cas de disparition complète des troubles mentaux.

BINET, dans son travail sur « les parentés morbides », dit : « chez un malade on voit se succéder : bronchite, né-

vrose des organes de la respiration et de la digestion et li-

pémanie »; plus loin il note que l’asthme alterne parfois avec l’aliénation et l’épilepsie.

A l'étranger, CAMPBELL, puis PERCY SMITH étudient la méme question et exposent des cas de cessation totale des troubles mentaux chez les aliénés après la fièvre typhoïde.

WEST cite un cas de chorée avec troubles psychiques guérie complètement après une fièvre tvphoïde.

SCZYPIORSKI a observé à l’asile de Saint-Dizier un cas de lypémanie guérie rapidement après un érysipèle de la face.

Moser, en Amérique, publie le cas d’un malade « stuporeux, méfiant, tentative de suicide » dont la psychose évolue depuis 7 ans et qui fut atteint d’une pleurésie en avril de la septième année, le malade sortit de l’asile au mois d'octobre suivant, guéri de ses troubles psychiques et somatiques.

GoopaLL et BULLEN, dans le Journal of Mental Science, publient un article sur les effets d’une maladie physique intercurrente sur les désordres mentaux; ils passent en revue les nombreuses complications physiques, dont l’invasion a été bienfaisante pour les aliénés : exanthèmes infectieux, fièvre typhoïde, érysipèle, fièvre intermittente, choléra, R. A. A., pneumonie, pleurésie, asthme, goutte, phlegmon et anthrax; des améliorations et des guérisons ont été obtenues dans des cas désespérés, plus souvent dans les formes affectives (manie, mélancolie, stupeur) que dans les formes systématisées. I] faut les attribuer. dit BULLEN, à l’action d’un poison introduit dans l’économie par la maladie intercurrente, c’est bien à l’intoxication et non à la fièvre qu’on est redevable du résultat; il cite le cas d'un épileptique qui fut atteint successivement d’érysipèle et de fièvre typhoïde, les attaques ont été suspendues pendant la durée de la première affection fébrile et ont persisté pendant la seconde, il en conclut que les toxines de

PCR Ur

Pérysipèle et celles de la fièvre typhoïde ont une action différente sur l’épilepsie. D’après lui l'introduction de certaines toxines dans l’économie combat les maladies d’origine bactérique, par neutralisation d’une toxine par une autre; mais les vésanies d’origine bactérique sont encore peu nombreuses (délire aigu, états puerpéraux) et l’on est réduit à chercher l'explication de la crise dans un trouble nutritif déterminé par la toxine, il faut entendre par là un métabolisme plus actif, une énergie accrue de la fonction dépurative. Il permet d'interpréter assez bien les changements apportés par les maladies intercurrentes, non seulement dans les folies aiguës, mais encore dans les cas chroniques, par la réparation des tissus dégénérés qui n’auraient pas subi une altération trop profonde.

LanNois étudie les rapports de la fièvre typhoïde avec Pépilepsie, il conclut que la fièvre typhoïde a une action nocive sur l’épilepsie contrairement à d’autres maladies infectieuses qui provoquent fréquemment la suppression des crises.

SÉGLAS, dans sa thèse, étudie l'influence des maladies intercurrentes sur la marche de lépilepsie, et donne des exemples de régression pendant la période fébrile.

CAMUSSET, dans un article intitulé « des modifications observées dans l’état mental des aliénés atteints de choléra », résume les faits qu’il a observés au cours d’une épidémie à l’Asile de Bonneval : « Le choléra, dit-il, a donné des rémissions totales chez 22 maniaques; si le choléra guérissait, l’état maniaque réapparaissait »; et il conclut « Le choléra agit d’une façon favorable surtout chez les maniaques; il fait disparaître les délires peu systématisés des maniaques et des mélancoliques mais n’a aucun effet

sur la démence et les délires chroniques ».

Op

BAILLARGER, dans son Trailé des Maladies mentales, rapporte une observation où l'apparition d’hallucinations suspendait immédiatement la migraine quelque forte qu’elle fut, mais elles avaient à peine cessé que la douleur se faisait à nouveau sentir. Dans son chapitre sur la folie paralytique, il cite des cas où l’apparition de suppurations diverses a provoqué la guérison.

RÉGIS a noté également l’action des maladies intercurrentes sur la marche de la folie. Voici un passage extrait de son « Manuel de Médecine Mentale »

« Une autre particularité également curieuse, c’est l’action salutaire qu’exercent parfois sur la marche de la folie les maladies intercurrentes, agissant ainsi par une sorte de dérivation. Cette action a été mise en lumière sous le nom de crise par ESQUIROL qui est allé jusqu’à déclarer qu’il n’y avait de guérison de la folie que celle qui s’opérait par crise. Il est certain qu’on peut voir guérir une psychose méme ancienne et réputée à peu près chronique, sous l’influence d’une maladie fébrile, d’une suppuration, etc. C’est d’ailleurs sur ce fait d'observation qu’on s’est basé pour appliquer aux psychoses le traitement par les abcès de fixation et celui par les injections de virus atténués ».

B. BaLz, dans ses Lecons sur les maladies mentales, dit ceci : « On a souvent vu des maladies intercurrentes : le typhus, la fièvre typhoïde, le choléra, la fièvre intermittente, amener des guérisons inespérées. Il en est de même des coups et des clous sur la tête; dans un cas cité par TUKkE ct BUCHNILL, l'apparition d’un asthme alternait avec les troubles intellectuels qui s’effaçaient pendant la crise, pour reparaître plus tard ».

Dans sa leçon : « La folie chez les phtisiques », il étudie les rapports qui existent entre la tuberculose et les psychoses. Il distingue deux modes de relation :

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1° Chez certains sujets les deux affections suivent une marche parallèle et aboutissent à la mort plus ou moins rapidement; *

2° La folie et la phtisie peuvent obéir à la loi d’alternance et se remplacer mutuellement.

Il n’est pas rare de voir un aliéné, après la guérison de sa maladie mentale, offrir tout à coup des symptômes de tuberculose, qui s'arrêtent si la folie reparaît, et qui suivent leur cours ordinaire si la raison se maintient.

Il donne les exemples suivants : « Un jeune homme après avoir passé trois ans en état de stupeur, parvient à la guérison assez complète pour pouvoir se marier, après des signes pulmonaires et une hémoptysie. Le cas contraire peut être observé, dit-il, l'affection pulmonaire se développe et semble destinée à suivre son cours, lorsque tout à coup le délire éclate, à partir de ce moment, les signes physiques et les symptômes rationnels de la phtisie disparaissent et la santé générale semble se raffermir. Il donne comme exemple la belle observation de MEAb, extraite du Medical Works of Richard Mead, Dublin 1767, page 368 : « Une jeune fille fut atteinte d’une toux violente avec hémoptysie, deux mois plus tard survient une fièvre hectique, avec transpirations nocturnes, amaigrissement extrême et expectoration muco-purulente; la malade se voyant aux portes de la mort commence à s'inquiéter du salut de son âme, progressivement elle est accablée de terreurs mystiques et elle est bientôt atteinte de folie religieuse; jour et nuit elle voit des démons, des flammes sulfureuses, des images nombreuses des tourments de l'enfer; mais à partir de ce moment les symptômes de la maladie de poitrine commencent à s’amender : la chaleur fébrile disparaît, l’expectoration cesse, les transpirations disparaissent et l’état général est tellement amélioré que ses forces sem-

blent s’accroitre à mesure que la raison s’affaiblit… ». Les faits de ce genre ne sont pas exceptionnels, dit BALE, et le psychiâtre anglais SkAE prétend que dans certains cas il n’est pas rare de voir alterner plusieurs fois de suite les deux affections; « c’est le signe des maladies générales de se porter successivement sur les divers points et de menacer tour à tour des régions très éloignées : la goutte remonte à l’estomac quand elle abandonne les articulations. et le moyen le meilleur de faire cesser la migraine d’un goutteux c’est de ramener la fluxion vers la poitrine ».

CHASLIN, dans son traité sur la confusion mentale primitive, parlant de guérison, dit que celle-ci peut être amenée par une crise, SAUZE insiste beaucoup sur ce fait, dit-il, il mentionne le retour des règles, le retour de la transpiration, une fièvre intense avec diaphorèse abondante, la salivation, la diarrhée, un abcès, un érysipèle; SCHÜLE a noté une éruption furonculeuse.

KRAEPELIN, dans son Traité de psychiatrie, parle peu des rapports entre les troubles somatiques et psychiques, on trouve seulement à ce sujet le passage suivant

« Dans une série restreinte de cas, on a observé la guérison psychique pendant ou après une affection fébrile (fièvre typhoïde, érysipèle, paludisme), plus rarement après des hémorragies abondantes, des suppurations graves ou des traumatismes craniens. Le plus souvent il s’agit de maladies mentales à début récent : mélancolie, manie ou amentia, mais parfois la même influence salutaire s’observe dans des cas anciens et semblant désespérés. Des améliorations ont été observées dans la paralysie générale après des suppurations. D’autre part, même-chez des malades depuis longtemps déments ou incohérents, on peut voir au cours d’une maladie fébrile, les idées délirantes

entrer en régression et céder la place à une activité intel-

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