OBSERVATION N° II
(Publiéé dans les A. M. P. février 1937, par H. BARUK, P. Fouquet, J. MATHEY et Mile GÉVAUDAN.)
DISPARITION TOTALE DES TROUBLES MENTAUX CHEZ UNE MÉLANCOLIQUE QUELQUES JOURS AVANT SA MORT.
Mile Madeleine H.…, âgée de 44 ans, entre dans le service le 17 août 1936, avec le certificat suivant : «.… Reste assise dans un coin, le visage obstinément tourné vers un objet, vers le sol, dans une attitude figée, ayant négligé sa toilette. Elle répond avec difficulté, lenteur et à regret, aux différentes questions posées. Depuis trois jours, refuse obstinément de s’alimenter et de boire ; dort d’un sommeil agité. D’autre part, Mlle H... à fait déjà un séjour de plusieurs années à la Maiïson Nationale de Santé de Saint-Maurice, en 1910. Elle a aussi, à cette époque, tenté de se suicider en se jetant dans la Marne ». (Signé: Dr CHEVALIER).
Dès son entrée, on doit se résoudre à l’alimentation forcée ; deux fois par jour, lait sucré et jus de fruits par la sonde nasale. À de rares intervalles, elle accepte de manger normalement, et se plaint de vagues maux d’estomac. |
Cet état dure depuis plus d’un mois, sans changement, quand, le lundi 28 septembre, après avoir été nourrie le matin à la sonde, elle éprouve vers 4 heures de l'après-midi, un malaise : on la couche. on la réchauffe, elle se remet aussitôt ; vers 19 h. 30, elle reçoit un litre et demi de lait par la soude ; comme chaque fois, elle se débat, fait des efforts de vomissements, mais aucun accès de toux, ni de suffocation ; on note seulement un brusque relàächement des sphincters anal el vésical.
A 20 heures, rappelés d'urgence, nous la trouvons gisant sur le dos, immobile, très pâle, les yeux révulsés, et respirant avec difficulté.
L'infirmière nous apprend que, quelques minutes après son alimentation forcée, la malade s'était levée très angoissée, manquant d’air, accusant une sensation de mort imminente, elle avait demandé, avec une lucidité étonnante chez elle, muette à l'ordinaire, « qu’on prévienne sa famille, parce qu’elle sent que son cœur va lâcher ».
Nous constatons que la malade réagit encore aux excitations fortes, se plaint, mais bientôt la perte de la conscience, de la motilité volontaire, de la sensibilité s’accuse : à l’état syncopal fait suite un coma complet.
L'examen montre une résolution musculaire absolue, une abolition du réflexe cornéen, aucun signe de lésion neurologique en foyer ; le cœur rapide et arythmique, le pouls est incomptable, les extrémités se glacent et se cyanosent. La respiration stertoreuse s'accompagne de tirage, pourtant l’auscultation des deux champs pulmonaires est négative. L’examen de l’abdomen, souple et non douloureux, permet d'éliminer un diagnostic chirurgical.
On met en œuvre un traitement symptomatique : tonicardiaques habituels, inhalalions d'oxygène, boules chaudes > vers 21 heures, apparition d’un trismus considérable, avec exagéralion de la dyspnée et bouillonnement trachéo-bronchique très accentué. Une injection de post-hypophyse amène une expectoration abondante de mousse rosée et saumonée.'
L'état reste très alarmant jusqu’à 3 heures du matin, où on note une nette amélioration de l’état général, le facies se recolore, la malade s'exprime avec lucidité.