STADES PSYCHO-SOMATIQUES
Il est fréquent de voir dans l’évolution des psychoses ou des affections somatiques variées, des stades évolutifs différents ; en pareil cas, il existe soit des troubles psychiques qui disparaîtront au moment où les signes somatiques entreront en scène, soit au contraire des signes somatiques qui à leur tour s’effaceront quand Ja psychose se manifestera.
CLAUDE et BARUK ont observé par l’épreuve du somnifène ces deux stades psychique et somatique et obtenu l’un ou l’autre suivant les doses employées; nous exposerons ces faits dans le chapitre sur la pathogénie.
Les faits observés en clinique nous permettent de considérer deux cas dans les stades psycho-somatiques. Dans un premier cas : les signes somatiques prodromiques des psychoses. Dans un deuxième cas : les affections organiques avérées qui se manifestent d’abord et pendant un certain temps, uniquement par des troubles psychiques, qui éga-
rent le diagnostic.
A. — Phase somatique prodromique des psychoses
L’attention du Dr BARUK avait été attirée par les nom-
breux signes somatiques qui précèdent les troubles men-
NALT
taux des diverses psychoses; ces troubles sont étudiés dans
la thèse de son élève LAURENT et se résument ainsi
a) Troubles céphaliques : céphalées, vomissements, vertiges.
b) Troubles viscéraux :
digestifs : nausées, vomissements, angoisses abdominales.
cardio-vasculaires : tachycardie, dyspnée, syn-
cope, lipothymie.
c) Troubles généraux : Amaigrissement, pâleur.
Ces signes somatiques prodromiques s’atténuent quand les troubles psychiques entrent en scène, on en trouve de nombreuses observations cliniques dans la thèse de Lau- RENT.
Ces troubles prodromiques ont une grande importance pour le diagnostic précoce de la psychose et son traitement à cette période initiale. Ils peuvent être rapprochés des signes somatiques que l’on observe dans les prodromes d’affections organiques cérébrales : Epilepsie, tumeurs cérébrales, syphilis cérébrale, etc, et peuvent être considérés comme ces derniers, comme des manifestations d’une atteinte dynamique du système nerveux central, suivant l'expression du Professeur CLAUDE.
Nous rapportons une observation de CLAUDE et BARUK où des céphalées et des vertiges ont obligé une malade à se faire hospitaliser, ces signes ont complètement disparu, après l’apparition d’un état d’excitation maniaque violent :
Mme F.…. présente depuis plusieurs mois des céphalées et des vertiges, elle est hospitalisée à Beaujon dans le service du Pr. Achard où tous les examens pratiqués restent négatifs, le psychisme reste intact, mais au moment même où la malade allait sortir de lPhôpital, elle entre dans un état d’agitation
violente avec fuite des idées, verbigération, injures ; cet état persiste plusieurs mois, mais à ce moment la céphalée et les vertiges ont complètement disparu. La malade meurt dans les mois qui suivent et à l’autopsie on trouve un méningiome comprimant le lobe temporal droit.
De même dans l’encéphalite léthargique, on trouve des exemples très nets de troubles céphaliques ou viscéraux précédant immédiatement les troubles psychiques et disparaissant avec eux.
Le cas suivant est caractéristique :
Il s’agit d’un malade observé par le Dr Baruk avec M. Horowilz dans le service du Dr Bensaude à Saint-Antoine: il a été pris subitement de violentes douleurs gastriques simulant un ulcère, c’est pourquoi il a été hospitalisé dans le service du Dr Bensaude, mais ses douleurs gastriques font bientôt suite à des troubles brusques et violents du courant de la pensée ; une nuit il éprouve un déroulement incoercible d’idées et de souvenirs, puis, peu à peu, les jours suivants, apparaît un état de ralentissement psychique et moteur. On pense d’abord à une tumeur cérébrale, mais tous les examens restent négatifs à ce point de vue, el peu à peu se développe un syndrome parkinsonien. À partir du début des troubles mentaux et nerveux les troubles gastriques ont complètement disparu.
Il n’y a donc pas de différence entre les troubles céphaliques et viscéraux prodromiques de certaines maladies organiques et les mêmes troubles prodromiques des névroses et des psychoses, en particulier de la démence précoce. Ces signes prodromiques traduisent le cri d’alarme de l’atteinte du système nerveux; si cette atteinte est légère, tout se réduit à ces signes d'alarme qui ne se transforment pas: Exemple : Névrose, psychasthénie; si au contraire latteinte du système nerveux est profonde, ces signes prodromiques somatiques et douloureux sont bientôt suivis de dé-
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sordres psychiques graves, c’est ce qui se passe dans les affections organiques telles que : Paralysie générale; tumeurs cérébrales; épilepsie; encéphalite, et aussi dans la démence précoce.
Au point de vue pronostic, il semble que ce syndrome somatique est d'autant plus développé qu’il s’agit de formes moins graves et moins rapidement évolutives, lorsque les céphalées et les troubles viscéraux sont fortement accusés et prolongés, le fléchissement psychique n'intervient que plus tard; par contre certaines formes à début psychique immédiat et brusque ont une évolution souvent rapide vers
un affaiblissement marqué.
B. — Troubles psychiques prodromiques au cours d'affections organiques avérées du système nerveux
Il est fréquent de voir des affections organiques avérées du système nerveux se manifester par des troubles psychiques, et ce n’est que plus tard que laffection organique se démasque.
Ces faits ont surtout été étudiés dans les tumeurs cérébrales par TouLoUsE et SCHIFF au Congrès des Aliénistes et Neurologistes de Paris, en 1925, puis par BARUK dans diverses publications; nous trouvons en particulier dans sa thèse deux observations caractéristiques, nous extrayons
de la première le passage qui se rapporte à notre étude.
LS