PE MER
OBSERVATION N° III (Personnelle du Dr BARUKk).
(Publiée dans sa thèse : Les Troubles Mentaux dans les Tumeurs cérébrales. Paris 1926).
PÉRIODE DE DÉPRESSION MÉLANCOLIQUE PRÉCÉDANT LES SIGNES DE TUMEUR CÉRÉBRALE, ET DISPARAISSANT DÈS L'APPARITION DE CES DERNIERS.
Mme S.., 37 ans.
La malade entre à la Salpétrière, le 22 juin 1925, pour céphalée, troubles de la vue et troubles du sommeil.
Histoire de la maladie. — 1° Période de dépression mélancolique (un mois el demi environ). Le début de la maladie remonte au mois de janvier dernier ; à ce moment, la malade a présenté une période de dépression mélancolique.
La malade avait eu, dans les mois qui précédaient, quelques inquiétudes au sujet de la situation de son mari, mais ces inquiétudes s'étaient complètement dissipées quand, sans aucune cause, dans les premiers jours de janvier 1925, la malade fut prise d’une tristesse invincible et « d’idées noires ». Elle éprouvait une impression d’ennui continuelle ; rien ne l’intéressait. Elle avait des moments d'angoisse très intenses (sensation de constriction thoracique, accompagnée d’anxiété psychique). Il lui semblait qu'un grand malheur allait arriver ; si on sonnait à la porte, elle était prise d’une inquiétude extrême, et elle croyait qu’on venail lui annoncer un accident, une catastrophe. Elle se rendait bien compte que cet état d’anxiété était immotivé, mais il se manifestait malgré elle. Elle se trouvait toute changée ; elle était devenue irritable, impatiente ; et cet état contrastait profondément avec son humeur habituelle, gaie, égale, et son caractère énergique, actif. Jamais la malade à aucun moment de son existence, n’avait présenté la moindre tendance dépressive ; elle était toujours très « décidée » et n’a jamais éprouvé les petites manifestations de doute, de scrupule, qui sont si fréquentes dans les antécédents de beaucoup de déprimés et de psychasthéniques. Ces manifestations anxieuses survenaient en général de préférence à certains mo-
ments de la journée ; habiluellement vers la fin de la malinée, et avant le repas de midi ; la malade se sentait alors en proie à une tristesse indicible ; toute Ia maison lui semblait changée; les meubles lui paraissaient différents de ce qu’ils étaient; elle ressentait une impression indéfinissable de malaise et elle pleurait. Tous ces phénomènes se calmaient après le repas.
La malade luttait tant qu’elle pouvait contre ces idées tris- Les, mais elles s’'imposaient à elle malgré tous ses efforts. Elle souffrait davantage quand elle voyait son enfant, et elle s’indignait et se reprochail d’être incapable de s'occuper de lui ; elle se rendait comple que ses idées noires étaient immotivées ; elle les jugeait absurdes. Elle avait toutes jies raisons d’être heureuse et n’avait aucune raison d'inquiétude. Malgré cela elle se sentait parfois si angoissée qu’elle était comme poussée à en finir avec la vie. Il lui est arrivé même une fois de penser à se jeter par la fenêtre. Cependant, cette idée de suicide la révoltait : elle s’en défendait le plus possible, en raison notamment de ses convictions religieuses, mais parfois Pidée s’imposait à elle. Durant cette période, la malade présenta une vie religieuse extrêmement intense; jamais au cours de son existence, elle n'avait manifesté un mysticisme aussi ardent; elle trouvait dans la foi une certaine consolation, mais elle éprouvait également des inquiétudes intenses, des scrupules concernant son salut.
Cet état, qui rappelle plus l'anxiété et l'obsession que la mélancolie véritable, dura environ un mois.
Ce n’est qu’à la fin que la malade laissa un peu paraitre son inquiétude et sa tristesse. Pendant une grande partie de cette période d'angoisse, la malade dissimula le mieux qu’elle put son état d’âme à son entourage ; elle s’ingéniait à paraître gaie et à continuer son travail de ménagère comme par le passé. Ce n’est que plus tard qu’élle donna les détails que nous venons d'indiquer sur cette période dépressive.
A peu près en même témps, les règles s’arrêtèrent el n’ont plus reparu (depuis le 17 janvier 1925).
Vers le milieu de février, l’état mental s'améliore rapidement, el, peu à peu, les idées noires disparaissent complètement.