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OBSERVATION N° XVII

(Communiquée par le Dr BArux)

PSYCHOSE PUERPÉRALE GUÉRIE APRÈS PLUSIEURS MOIS A LA SUITE D’UNE FIÈVRE SPONTANÉE AVEC PHLÉBITE.

Mme D...

Après une grossesse à début normal, Mme D... fait, vers le septième mois, une crise d’écilampsie, qui traitée énergiquement est vite améliorée : l'accouchement se fait sans incidents ; les suites immédiates sont normales ; 11 n’y à aucune température, le pouls est bien; environ 3 jours après l’accouchement, apparition de troubles mentaux à bas bruits qui consistaient :

1° En un état dépressif : elle est inquiète de sa santé ; dit qu'elle est menacée d’une maladie grave.

2° En crises d’onirisme et d’hallucinations, ces crises sont de deux types

a) Des crises d’ecmnésie: tout d’un coup elle se trouve transportée à Couture, au temps de son enfance, elle revoit ses parents, la maison où elle a vécu pendant son enfance, assiste à des scènes vécues ; ces crises sont incoercibles et paroxystiques.

b) Des crises oniriques à prédominance hallucinatoire, elle ressent, dit-elle, un assourdissement, puis elle entend parler d'elle, on dit : « elle est perdue, on va lui faire la césarienne. elle aura de la peine à en réchapper... » Ces crises commencent brusquement, elles sont précédées de battements de cœur, de sensation de chaleur et d’un grand malaise physique.

Dans l'intervalle des crises, elle est bien, et elle en fait la critique’ On pratique à ce moment un examen gynécologique qui est absolument négatif, il n’y a aucun signe d’infection.

Quelques jours après, ses troubles mentaux s’accentuent et elle est transportée à St-Maurice le samedi 24 juillet. A son arrivée : grande agitation, logorrhée, répétition des mêmes mois : « Le diable rouge... les enfers... le curé... » Le soir, elle a une température à 39°, elle est très agitée, elle fait un accès onirique aigu : elle parle du diable rouge, de Lucifer, de la

Ste Vierge, de miracle. Le lendemain : élal grave, le matin : aspect de demi-stupeur avec écholalie : « Comment allez-vous. Comment allez-vous. » L’après-midi : verbigération conlinuelle et stéréotypies. « Ah, elle ne le reconnaît plus. Ab, il le saura toujours, parce qu’elle le dit toujours... ah, elle l’a dit trop vite, ah, elle l’a dit trop vite ».

Le lundi et le mardi, la température reste à 39°6, 39°5, et son délire a disparu, elle est plus calme, elle se plaint de douleurs dans le bas-ventre.

Le jeudi et le vendredi, la température descend à 37°9 et 38° elle délire beaucoup ; ne veut rien prendre, ne désserre pas les dents, est très agitée.

Le vendredi vers 1 heure du matin : grand frisson, TT. AO très mauvais état général.

Examen gynécologique : utérus gros, mou, col largement ouvert, cul-de-sac libre. On pratique une transfusion, elle continue à verbigérer en attrapant des mots prononcés autour d’elle : « Ah, je crois que c’est aspiré..., eh, elle croit toujours... ah, je crois que c’est aspiré.…., cela se passe très bien, elec... » En plus on fait un abcès de fixation et on injecte 1/4 de miliigramme d’ouabaïne.

Le samedi, T.: 39°5, le délire a disparu.

Le dimanche, T.: 38°5, le délire réapparaît: l'examen gynécologique montre : col presque complètement fermé ; utérus pris dans une réaction périutérine surtout marquée à gauche, on fait un deuxième abcès de fixation.

Le lundi, T.: 40°4, elle est calme, pas de délire, très mauvais état général, on pratique une deuxième transfusion, on injecte 1/4 de milligramme d’ouabaine.

Le mardi, la température touche à 37°, la malade est cohérente, elle se rappelle sa verbigération, elle dit que le diable rouge désigne son amoureux ; un gendarme de C.., qu’elle avait aimé avant de se marier el que c’est un curé qui l’en a empêché ; elle en a beaucoup souffert ; elle a attendu 4 ans avant de se marier, pensant qu’elle ne se marierait jamais.

Le mercredi, la température remonte à 39° et reste oscillante entre 38 et 39°5, pendant quelques jours jusqu’au lundi 9 août où l’on incise l’abcès de fixation ; l’état mental est maintenant

En QUE

tout à fait normal, la malade fait la critique de son délire : la température reste oscillante entre 38° et 39°.

Le 20 août, début d’une fièvre à grandes oscillations, apparilion d’un point de côté gauche, dyspnée légère, puis les jours suivants : petit foyer de submatité à gauche.

Le 22, toujours température oscillante et apparition d’une phlegmatia à droite. Immobilisation.

Evolution sans complication, la température reste oscillante entre 37° et 39°,5 pendant quelques jours ; à partir du 3 septembre la température revient progressivement à la normale. La malade est toujours parfaite au point de vue mental et elle sort le 15 octobre complètement guérie.

| Depuis elle a été suivie et a toujours une santé excellente,

PATHOGENIE

L’explication de la régression des troubles mentaux lorsqu’apparaissent des troubles somatiques, a donné lieu à de nombreuses théories, qui ont varié suivant les époques et donné lieu à des thérapeutiques multiples.

Pour les anciens, la guérison est düe à des phénomènes somatiques qu’ils groupent sous le nom de crise; la crise, disent-ils, est un effort salutaire de la nature qui se soulève contre la matière morbifique, et cherche à l’expulser. Cette matière morbifique peut être évacuée au dehors, ou bien expulsée seulement de la masse du sang, et déposée en quelque point de l’économie. Les phénomènes critiques sont ceux qui résultent de ce mouvement des humeurs peccantes en voie d'élimination; le plus souvent réputés favorables, ils se produisent à certains jours appelés critiques.

ESQuIROL appliquait cette théorie de la crise aux maladies mentales; pour lui il n’y avait de guérison réelle de laliénation, que par une terminaison critique.

MARCÉ et GUISLAIN ont trouvé cette théorie trop absolue et l’ont critiquée.

Pour MARCÉ, la crise, lorsqu'elle s’installe sous la forme d’une affection intercurrente, tient à des phénomènes de révulsion ou de substitution; dans la guérison par lhémorragie, il s’agit, dit-il, « d’une hémorragie à la fois dépletive et révulsive, qui agit indirectement sur la circulation cérébrale ce qui explique parfaitement toute l’importance de cette fonction dans la folie, et surtout dans la paralysie

générale où les mouvements congestifs vers la tête sont fréquents ».

Pour GUISLAIN, la terminaison par crise est exceptionnelle, bien que réellement existante dans l’aliénation mentale ; il classe dans la guérison par crise, les guérisons par maladies intercurrentes.

SPONHOLZ pense que Paffection organique peut dévier les processus pathologiques des centres cérébraux vers la périphérie, ou bien exercer une action favorable par l'intensification des échanges nutritifs.

Pour WAGNER JAUREGG l’agent actif est la fièvre, tandis que pour ses élèves et pour DONATH, la régression est plutôt due à la leucocyiose consécutive à la fièvre.

L'effet des maladies infectieuses a été attribué ensuite à l’action des toxines et des autotoxines.

La théorie de l'effet des toxines est admise par BECK- MANX dans sa thèse; par GORDON et par LATAPIE. Ce dernier, qui a étudié l’action de la grippe sur l’aliénation mentale, croit que les toxines grippales neutralisent les toxines déjà existantes dans le sang des aliénés et des épileptiques.

MaLaRD et BRUNE pensent au contraire à l’effet des autotoxines, effet analogue à celui obtenu par des abcès de fixation, ou à la dérivation de l’action pathogène du cerveau vers l'appareil respiratoire.

Certains auteurs comme UssE invoquent la théorie du choc colloïdal; théorie qui a été le point de départ de toute une série de méthodes thérapeutiques que nous verrons dans le chapitre suivant.

KRAEPELIN invoque « le besoin de secours et de traitement qui rend les malades plus accessibles, et qui les détourne de leurs complexes idéatifs pathologiques ». Il n’admet cette explication que dans une partie des faits; pour les autres, il pense à des modifications dans la nutrition de

ER

l’écorce cérébrale : mécanismes purement physiologiques.

TOULOUSE et MARCHAND dans la Revue de Psychiatrie 1891, étudient l'influence des maladies infectieuses sur les accès convulsifs des épileptiques, et donnent l’explication pathogénique suivante sur la cessation des accès épileptiques pendant la période fébrile; la fièvre, disent-ils, peut agir de deux façons : soit en favorisant la circulation, et on peut supposer dans ce cas que cette activité circulatoire débarrasserait l’encéphale des produits toxiques du dehors et aussi du dedans, qui paraissent être dans certains cas la cause immédiate des accès. Soit en diminuant la circulation de la substance nerveuse, le sang chargé de toxines et d'acide carbonique frapperait en quelque sorte de stupeur les cellules motrices qui deviendraient ainsi inexcitables.

Il est à remarquer, que pendant le sommeil, où il y a ralentissement de la circulation cérébrale les accidents sont plus nombreux, il semble donc que c’est bien plutôt l’activité de la circulation ‘avec congestion, plaçant la cellule cérébrale dans un meilleur état, qui ferait disparaître la disposition aux convulsions.

VIDAL a montré qu'après résection du sympathique la susceptibilité au poison épileptisant est, chez le cobaye, en raison inverse de la circulation cérébrale. Ceci expliquerait les heureux effets de la sympathectomie dans l’épilepsie.

CourBoN émet une autre théorie dans la Revue Neurologique 1923, dans un article sur la régression des troubles mentaux devant les maladies somatiques intercurrentes. Il se base sur les faits notés par le Professeur PIc, et mis en lumière pour les troubles neurologiques par Von Moxi- Kow, selon lesquels une fonction peut être très profondément troublée, malgré l'intégrité de la majorité de ses élé-

RARES ess

ments anatomiques; il admet que, de même, en pathologie mentale l’atteinte de quelques-uns des neurones chargés d’une fonction psychique, peut troubler cette fonction en inhibant le fonctionnement des neurones sains. Lorsque survient une affection intercurrente, elle frappe surtout les neurones malades, qui ont une moindre résistance el une vulnérabilité spéciale; ces derniers étant paralysés, les neurones sains cessent d’être inhibés et reprennent leur Æonction. Si la maladie interrurrente parvient à détruire les neurones malades, il y a guérison mentale complète, sinon quand les troubles somatiques cessent les troubles mentaux réapparaissent.

Toutes ces explications pathogéniques n’ont pas suffisamment expliqué le mécanisme de l’intrication si complexe et si variée des troubles somatiques et des troubles mentaux.

Les balancements psycho-somatiques entrent dans cette vieille loi de pathologie générale des métastases morbides; les exemples abondent dans la littérature médicale la plus ancienne, il nous suffira de rappeler parmi les citations diverses, les faits rapportés par SYDENHAM, puis par ANDRAL dans son cours de pathologie interne (tuberculose et manie aiguë), par PETER dans ses leçons de clinique Médicale et par TROUSSEAU.

Voici l'exemple de TROUSSEAU dans ses leçons de clinique médicale : (balancement entre asthme et bronchopneumonie).

« Pendant 7 mois, il ne couche pas dans son lit, forcé qu’il était pour trouver un peu de sommeil, de passer la nuit debout, appuyé sur la cheminée. En 1840, il prit au sortir du théâtre une broncho-pneumonie qui mit ses jours en danger. Pendant toute la durée de cette maladie, il n'eut

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pas un seul accès d'orthopnée, lui, qui aujourd’hui encore

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