CHAPITRE II
Observation clinique.
M. D..., 38 ans, camionneur, habitué de par son métier à des déplacements et des absences qui peuvent durer plusieurs jours, a été affecté durant plusieurs mois au transport des marchandises en automobile pendant la nuit. Après 6 mois de service s’est plaint d'une toux opiniâtre qui se manifeste avec une grande intensité à son lever.Il se soigne en employant plusieurs sirops, des tablettes diverses et ne constatant pas d'amélioration, il consulte un médecin qui l'envoie en observation.L’appétit est à peu près nul; la toux esl fréquente; le malade maigrit peu à peu et se déclare très fatigué, incapable d’un effort quelconque.
L'auscultation décèle des râles nettement perceptibles avec crépitation ; la température oscille entre + 3802 et + 39°; les crachats du patient contiennent des petites quantités de sang.
A diverses reprises, l'examen bactériologique direct des crachats a été pratiqué ; en dehors du parasite cryptogamique que nous décrirons plus loin et de quelques germes saprophytes, il n'y a rien à signaler. Nous insistons particulièrement sur l'absence constante de bacilles acido-alcoolorésistants dans les expectorations, tendant à écarter le diagnostic de tuberculose pulmonaire.
Rien de remarquable dans les antécédents de notre malade né de père et de mère robustes, ayant un frère et une sœur qui n'ont jamais été malades ; lui-même nous déclare, qu'à part une bronchite consécutive à un refroidis-
sement et contractée à 18 ans, il ne se rappelle pas avoir souffert de quoi que ce soit.
On pratique l'analyse des urines qui ne montre rien de particulier ; absence de glucose et d’albumine.
Une quinzaine de jours après son admission l’état semble empirer : en effet, le sujet présente de la dyspnée ; la respiration devient difficile et douloureuse.
C'est alors que le diagnostic de mycose à Blastomycètes ayant été établi par les examens directs et par les cultures des expectorations, on instaure le traitement iodé. On commence en administrant de l’iodure de potassium par voie buccale à raison de 3 à 4 gr. par jour ; au bout de cinq jours, on constate une amélioration évidente se traduisant par une respiration plus facile, moins douloureuse, et un abaissement de la température ; celle-ci se maintient cependant aux alentours de -- 380.
Sur le conseil de notre Cher Maître, le médecin injecte au malade de l'huile iodée par voie intramusculaire à raison de 1 cmc. 5 à 2 cmc. par piqûre. Les piqûres sont effectuées tous les deux jours ; le 10° jour de ce traitement le malade se sent beaucoup mieux ; la toux est rare ; il reprend courage et manifeste un certain appétit. Les piqûres sont continuées durant un mois et demi ; à ce moment le patient a regagné du poids et il semble sauvé. La température s’est abaissée à + 3703 ; la respiration n'est plus aucunement douloureuse ; dans les crachats l'examen bactériologique ne décèle plus de formes levures.
Après un mois de convalescence M. D... reprend son travail et se considère lui-même comme guéri.
Dans le chapitre suivant nous aurons l’occasion de décrire les résultats de nos examens directs portant sur les expectorations.