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CHAPITRE I

Un cas de Blastomycose cutanée à foyers multiples du au Debaryomyces mucosus n. Sp.

Avant d’exposer la façon dont les différentes épreuves ont été conduites, nous insisterons principalement sur un cas de Blastomycose antérieur qui nous intéresse par suite de son analogie avec notre cas personnel (132).

En 1906, HupELo, DuvaL et LAEDERICH(45) décrivent un cas de Blastomycose à foyers multiples, observé et étudié très minutieusement et que nous tenons à résumer plus particulièrement. La malade présentait plusieurs nodules à la face interne de la jambe gauche, au visage, à l’hypogastre et au niveau du cuir chevelu; toutes ces lésions étaient complètement indolores; aucune d’elles n’a retenti sur le système lymphatique; on ne trouve nulle part la moindre adénopathie. Le diagnostic hésitait entre tuberculose et syphilis de telle sorte que les auteurs sont amenés à faire unebiopsie; celle-ci démontre un tissu de nouvelle formation constitué par le derme et l’hypoderme et résultant de la prolifération des cellules et de la réaction de l’organisme: tissu à cellules géantes singularisé par-son extrême vacuolisation. La présence de la levure dans le tissu conjonctif a été démontrée et la culture a mis en évidence une levure se multipliant par bourgeonnements; ce sont des corps réfringents de 2 à 30 y, de diamètre, sphériques, ovoïdes ou même allongés en courts boyaux, mais jamais filamenteux. Ces éléments

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montrent une membrane d’enveloppe à double contour et à contenu granuleux. Les auteurs n’ont pas réussi à observer la formation d’ascospores. Nous aurons l’occasion de revenir sur les caractères culturaux de cet organisme, ainsi que sur ses propriétés biochimiques indiquées par les auteurs. Il a été classé provisoirement dans le genre Cryptococcus créé par VuILLEMIN (13). Ensuite dans la nouvelle classification de DE BEURMANN et GOUGEROT (73) l'espèce en question a été désignée par le terme d’Atelosaccharomyces Hudeloï. Entre temps, des cultures conservées à l’Institut de Parasitologie de Paris, dans les laboratoires du Dr. SABOURAUD et dans ceux de l’Institut de Botanique du British Museum à Londres, ont été examinées par DA FoNsECA (86) d’un côté et par OTA (87) de l’autre; les deux auteurs ont pu constater que cette levure se reproduisait par sporulation s’effectuant par hétérogamie et donnant naissance à des asques à une spore ronde avec un globule graisseux et une membrane pourvue de petites proéminences; les ascospores mesurent 2 à 3 y. Ainsi donc cette levure isolée par HUDELO, DuvaL et LAEDERICH d’un foyer humain semble être un Debaryomyces suivant la classification de GUILLIERMOND (4). Entre temps, Ora (84) reprit cette question et se crut obligé de réserver son opinion, car en examinant une culture conservée dans la collection Pribram de Vienne sous le nom de levure de LAEDERICH, il fut persuadé avoir découvert la levure initiale concernant ce cas, tandis que les autres souches ne correspondaient pas à l’isolement de HupeLo. Cette dernière levure de Vienne n’a pas donné d’ascospores et semble être du type de la levure de Greifswald du cas de Busse-Buscke. L'auteur se croit d'autant plus en droit de formuler cette opinion que la description initiale donnée par les trois savants à Paris ne semble pas correspondre à l’aspect microscopique des cultures conservées à Paris; de plus, il se base sur la faible pathogénéité en général des Debaryomyces et sur le pouvoir pathogène élevé des levures du type Greifswald.

Nous allons avoir l’occasion, en exposant notre cas personnel, de revenir sur ces hypothèses qui nous semblent, d’après nos propres données, bien mal fondées. Ceci d’au-

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tant plus que deux ans plus tôt SasakAwaA (88), en examinant les mêmes espèces conservées dans la mycothèque de Pribram, mentionne la levure de HuDbELo et DuvaL et l’autre échantillon portant l'étiquette: levure de LAEDERICH; il conclut que ni l’une, ni l’autre n’ont de propriétés ascogènes.

Quant aux caractères permettant d’affirmer la nature blastomycosique d’une lésion cutanée, il est nécessaire, selon CARAVEN (47) que les observations cliniques et les examens de laboratoire confirment les faits suivants: Absence d’adénopathie jusqu’au stade tardif de généralisation pyohémique; en outre, il est indispensable de pratiquer des examens directs et culturaux des prélèvements et d’effectuer la biopsie des bords de l’ulcère. On trouve alors par la méthode de GRAM des levures à l’état de repos ou bourgeonnanies, colorées en violet foncé, et des formations gigantocellulaires.

Tout récemment, Bœum (122) a posé les conditions suivanies relatives à un diagnostic précis, concernant les Blastomuycoses:

1° Démonstration microscopique de la présence de levures dans les frottis de pus;

2° Démonstration culturale de la présence de ces levures dans les couches superficielles et plus profondes à partir des tissus lésés;

3° Présence d’abcès miliaires dans les coupes histologiques;

4° Structure tuberculoïde des coupes histologiques qui est, d’après tous les auteurs, caractéristique de la blastomycose;

5° Evolution et manifestations cliniques de la maladie et réaction vis-à-vis des agents thérapeutiques.

En ce qui concerne ce dernier point, LANGERON (1) fait ressortir qu'il s’agit presque toujours de dermatites simulant la syphilis, la tuberculose, la leishmaniose, auxquelles affections BœHM ajoute encore la lèpre. Ces lésions débutent par des abcès miliaires, puis s’étendent peu à peu et finissent par former des placards verruqueux extensifs; sur les plans profonds apparaissent des nodules et des abcès sous-cutanés qui finissent généralement par s’ulcérer.

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Quant au schéma histologique des prélèvements blastomycosiques il faut insister sur la prolifération active de l’épithélium: les cellules proliférées tendent à dégénérer, mais, d'autre part, elles peuvent aussi revêtir l’aspect d’abcès perlés. Il y a présence d’abcès miliaires non seulement dans l’épithélium proliféré, mais aussi dans la peau même. On constate aussi des infiltrations lymphoides et épithélioïdes de cellules géantes ou plasmatiques. On assiste même à la formation de tubercules classiques renfermant des cellules géantes; la présence de Blastomycètes peut être très rare et décelable seulement après des recherches laborieuses.

Pour ce qui est de l’action pathogène expérimentale, il convient, d’après les travaux de CHATENEWER (123), de ne pas leur attribuer une importance trop grande, car souvent il s’agit d’une virulence spécifique seulement à l’une ou à l’autre espèce d'animaux. À ce point de vue nous mentionnerons les expériences de L. RABINOVITCH (124) d’un côté et de PECKHAM (125) de l’autre; toujours est-il que généralement la souris semble être l’animal le plus sensible. Vu la marche aiguë de la maladie expérimentale conférée, on note rarement la présence de lésions, mais l’hémoculture donne dans la plupart des cas des résultats décisifs.

Ceci mis au point, nous relaterons les observations de notre premier cas.

Observation: Le malade X. R., âgé de 63 ans, originaire de Thann (Haut-Rhin), ne possède pas d’antécédents héréditaires intéressants. Ses parents sont morts à un âge avancé. Les antécédents personnels du sujet sont les suivan{s: Pneumonie et pleurésie purulente à 12 ans. Le malade a été marié trois fois; sa première femme meurt après 11 ans de mariage, de tuberculose pulmonaire. Une fille issue de cette union meurt à 21 ans de tuberculose pulmonaire. De ses deux autres mariages, le malade n’a pas eu de descendance. Les antécédents des deux dernières épouses ne sont pas à retenir.

L’affection actuelle a débuté il y a cinq ou six ans à la partie latérale droite du cou, au-dessous de l’angle de la mâchoire, par une grosseur qui s’est accru progressivement

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pendant un an sans douleur. Un médecin a pratiqué une incision; l’année suivante il se produit une récidive à l’angle du maxillaire: une nouvelle incision a été pratiquée; en même temps survient une sorte de panaris à l’index droit: conséquence probable du toucher de la lésion du cou. On ampute la phalangette. Divers abcès se produisent ensuite en différentes régions: plis du coude droit où on pratique des incisions, sternum où l’abcès s'ouvre et guérit spontanément. Le dos de la main droite se recouvre de boutons qui se réunissent par la suite pour former une surface ulcéreuse purulente, croûteuse, un peu douloureuse. Enfin on constate la formation d’autres abcès au bras droit et au sommet du coude. Ces lésions peu douloureuses n’ont pas empêché le malade de vaquer à ses occupations dans un atelier jusqu’à son entrée à l’hôpital, le 5 mai 1930. À ce moment on fait les observations suivantes: au cou, à l’angle de la mâchoire, sur le côté droit, deux formations tumorales sont visibles; elles ressemblent à des ganglions durs, mobiles, indolores; leurs sommets fistulisés et croûteux se réunissent par la cicatrice d’une ancienne incision. De temps en temps ces fistules s’oblitèrent et forment de petits abcès sous-cutanés qui, en s’ouvrant spontanément, éliminent le pus. Le dos de l’index et de la main droite sont recouverts d’une carapace de lésions polymorphes; sur l’index ce sont des verrucosités un peu humides par endroits. Au centre du dos de la main, l’épiderme est rouge, humide, avec de petits abcès en puits, séparés par des ponts d’épiderme et laissant sourdre à la pression une sérosité purulente. Celle-ci, en se desséchant, prend l’aspect de croûtes grises, épaisses et adhérentes. En bordure, cette lésion ulcéro-croûteuse devient végétante, humide ou verruqueuse sèche. Sur l’avant-bras se trouvent des éléments exulcérés plats, entourés d’une région cicatricielle pigmentée. Plusieurs cicatrices livides et pigmentées sont placées au pli du coude. Au sommet du coude on remarque un abcès gommeux fermé, qui a été ponctionné par nous en vue de pratiquer des examens histologiques et culturaux (Fig. 2).

Sur le bras sont logés, le long de la gouttière humérale, suivant un trajet lymphangithique, plusieurs éléments croû-

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teux. rupioïdes, entourés d’un halo pigmenté. La gêne causée par ces lésions est faible et n’a pas empêché le malade de continuer son métier d’ouvrier en filature.A la vitro-pression des différents éléments, on ne constate nulle part de lupome.

Examen de laboratoire: La diathèse syphilitique s’élimine d’elle-même du fait que les réactions de WASSERMANN, HECHT, KAHN et VERNES furent négatives.

La lèpre est à écarter, car le malade n’a jamais été en contact avec des exotiques et la recherche du Bacille de YERSIN a été négative.

En ce qui concerne la tuberculose, la question devenait plus litigieuse, étant donné les antécédents de la première femme du malade et aussi du fait d’une réaction de PIRQUET positive, mais à ce propos remarquons que cette réaction n’a pas une valeur absolue; d’autre part, la marche et l’évolution de la maladie (allure bien rapide pour une tuberculose cutanée d’une pareille extension) et les guérisons spontanées des foyers sans sequelles cicatricielles sont en désaccord avec l’image clinique d’une tuberculose. En aucun cas, dans le matériel pathologique (pus de gomme, végétations) nous n’avons pu mettre en évidence par la méthode de ZIEHL-NIELSEN des éléments acido-résistants. L’inoculation au cobaye, par la voie sous-cutanée, n’a jamais abouti à la généralisation d’une hypertrophie lymphatique, et jamais il ne s’est produite une issue fatale.

L'examen histologique (126) nous a donné les caractères suivants: La biopsie de l’élément verruqueux du dos de la main montre une structure franchement tuberculoïde: hyperacanthose modérée avec ulcération, infiltration diffuse dermique Iympho-plasmocytaire avec nombreuses cellules géantes et cellules épithélioïdes. Le tissu conjonctif est distendu par l’oedème. Dans les couches profondes du

derme, nombreuses fibres élastiques ramassées et condensées en paquet.

La biopsie de la gomme fermée du coude montre des vaisseaux Jymphatiques et sanguins nombreux et béants. La coloration à l’hémalun-erythrosine-safran met en évi-

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dence les éléments suivants: Infiltration inflammatoire chronique tantôt diffuse, surtout dans les parties superficielles du derme, tantôt nodulaires et pouvant intéresser l’hypoderme. Proliférations des éléments réticulo-endothéliaux avec des macrophages, comme nous le montre le cliché, sous forme de cellules géantes. Le tout représente l’image histologique d’un granulome à corps étrangers. Des cellules géantes sont toujours très nombreuses quelle que soit leur forme. Il semble que la lésion est constituée par une sorte de fonte avec des polynucléaires. La prolifération élastique est très importante; l’hyperplasie épidermique est nette sans atteindre toute-fois un haut degré (Fig. 4 et Fig. 5).

L'examen microscopique des frottis préparés au moyen du pus de la gomme fermée et colorés par la méthode de GRAN-WEIGGERT d’un côté et par celle de SCHUMACHER (104) de l’autre nous a montré la présence simultanée d’une levure et d’un streptocoque. Des coupes fixées en paraffine et colorées par les mêmes méthodes ont mis en évidence, après des recherches laborieuses, dans la profondeur des lésions et surtout dans l’hypoderme, de rares éléments levuriens isolés, ovalaires ou le plus souvent polymorphes, entourés d’une gaine à doubles contours très marqués. Mais le plus souvent nous avons pu noter des formes réunies deux par deux à développement moins accentué de la coque et des formes hourgeonnantes réunies en courtes chaînettes et souvent nues. On note au niveau de ces inclusions une phagocytose remarquable, aboutissant à une prolifération vacuolaire ou à des éléments nécrottisés (Fig 6 et Fig. 7).

Etude du parasite: Des ensemencements ont été pratiqués à partir du pus de la gomme fermée sur divers milieux solides: milieu de SaBoURAUD, bouillon gélatiné, bouillon gélosé, pomme de terre, jus de pomme de terre gélosé, milieu au sang. Nous avons obtenu de rares cultures extrêmement faibles. L'examen microscopique de ces cultures nous a montré la présence de la levure associée avec le streptocoque. Sur une série de tubes où nous avions intentionnellement laissé une petite quantité de liquide en profondeur s’est formé un dépôt glaireux qui renferme: 1° de

rares éléments levures; 2° des cellules sphériques pourvues d’un protoplasme très dense, fortement coloré par le bleu lactique, mesurant environ de 3 à 4 y de diamètre; 3° des cellules nombreuses plus grandes, sphériques, munies de nombreuses protubérances qui sont des asques mesurant 4 à 5 y de diamètre; elles renferment jusqu’à quatre ascospores; les ascospores sont mises en liberté par la rupture de la membrane de l’asque; 4° des streptocoques; 5° enfin un dépôt visqueux blanc-jaunàâtre qui devient plus tard blanc sale et qui forme une sorte de zooglée où sont enfermées les cellules rondes (Fig. 10 et Fig. 12).

Par réensemencement et repiquages successifs, nous avons réussi à séparer le streptocoque de la levure et à cultiver celle-ci à l’état de pureté. Nous avons, par la suite, pu assister à un phénomène intéressant: la levure isolée à l’état de pureté ne se développait que très difficilement sur les milieux artificiels; l’aspect des cultures était le suivant: au bout de quatre à cinq jours après l’ensemencement de très petites colonies d’un blanc sale apparaissent sur les milieux ; sur jus de pomme de tèrre ces éléments sont d’abord humides et brillants, prenant ensuite une teinte foncée ocreuse: sur gélose sucrée, glucosée ou saccharosée, la culture présente une surface légèrement mamelonnée, à reflets brillants, à consistance visqueuse. Les eaux de condensation localisées au fond des tubes renferment toujours un dépôt glaireux, brunâtre; à l’examen microscopique nous notons la présence de cellules constamment ovalaires ou sphériques de # à 5 y de diamètre; examinées après 24 ou 48 heures de culture à la température de +27° ou de +37°, ces cellules sont presque toujours isolées ou réunies deux par deux; rarement on observe de très courtes chaînettes qui, toujours, sont dépourvues de ramifications. Ces éléments sont constamment entourés d’une substance mucilagineuse à caractère de zooglée et formant toutes sortes de réseaux, éléments que nous avons essayé de reproduire dans le cliché et rappelant les phénomènes déjà observés par HANSsEN (127). La membrane est toujours à double contour; elle augmente avec l’âge de la culture comme, d’ailleurs, le diamètre de la cellule levurienne qui peut alors atteindre jusqu’à 12 n.

L'augmentation de volume de la cellule est en rapport avec la température de culture; en outre, nous notons au bout de15 à 20 jours la présence de cellules de forme anormale et bizarre à aspect amiboïde, entrevues par LINDNER (128) pour le Saccharomyces Baillii et interprétées par GUILLIER- MOND. Dans toutes les cultures nous avons au commencement de l’expérimentation, déjà vers le douzième jour, observé l’apparition de formes ascospores qui deviennent tellement nombreuses que les formes bourgeonnantes disparaissent complètement. L’organisme n’engendre pas dans ces conditions de mycélium; les formes levures sont le plus souvent isolées, bourgeonnantes, arrondies ou légèrement apiculées de 2 y, 5 à 5 y, 5 sur 8 y, 5 à 4 y.

Elles grandissent encore dès le début de la formation des asques; les éléments levuriformes proprement dits diminuent. An bout d’un certain temps ils n’existent plus dans les cultures et celles-ci ne renferment que des asques Œig..8;et. Fig. 9),

Afin d'établir avec certitude les données que nous avons constatées dans les préparations à l’état frais, nous avons eu recours à des méthodes spéciales: les préparations traitées par une coloration vitale au moyen du Sudan III ont montré une membrane et un protoplasme guère coloré; la membrane était a double contour et l’enveloppe extérieure, surtout dans les vieilles cultures, pouvait éclater; la levure se dévaginant porte alors encore des vestiges de cette membrane attachée à certains points de la périphérie. Le protoplasme renferme en son centre une, très rarement deux goutielettes de graisse colorées en rouge. D’autre part, nous avons eu recours aux méthodes spécifiques pour la coloration des spores, méthodes employées par SAsAkAWA d’une part et par SCHUMACHER de l’autre. La technique employée par Sasa- KAWA consiste dans l’emploi de la méthode de HEIDENHAIN à l’hématoxyline ferrique (technique indiquée par GUILLIER- MOND) pour l’examen cytocologique des noyaux. D’autre pari, pour la mise en évidence des spores, l’auteur emploie la méthode de M&LLER: la préparation fixée est immergée pendant 10 secondes à 5 minutes dans de l’acide sulfurique à 1%.On lave à l’eau; on colore avec de la fuchsine phéniquée

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en chauffant une minute; on différencie par l’acide sulfurique à 5% pendant cinq secondes; on lave; on contrecolore par du bleu de méthylène aqueux pendant trois minutes. On lave et on sèche et on peut examiner.

Pour éviter des confusions, nous avons traité les préparations fixées pendant deux minutes encore par du chloroforme afin d’enlever les gouttes de graisse.

La méthode de SCHUMACHER, recommandée par Buscake et Harry consiste à fixer les préparations par la chaleur; on colore ensuite pendant une minute avec une solution phéniquée à 1% de bleu de méthylène; on lave à l’eau distillée et on colore pendant une minute et demie en agitant constamment avec une solution à 1% de phosphine (di-amido-phényl-acridine); les éléments acido-résistants que SCHUMACHER, BUSCHKE et Harry considèrent comme de la volutine se colorent par cette méthode en vert, la nucléine en jaune et les spores en bleu. Nous avons ainsi par lemploi simultané de la méthode de M&LLER et de celle de SCHUMACHER, qui nous ont donné des résultats concordants et dont on ne peut que recommander l’emploi, la certitude que dans nos cultures nous avions effectivement affaire à une reproduction sexuée donnant naissance à des asques renfermant 1, 2 ou 4 spores (ascospores). Cette constatation a été encore renforcée par la présence dans nos milieux de culture de formes amiboïdes qui semblent, d’après Gurir- TIERMOND, résulter d’essais infructueux de copulation. D'autre part, il nous a été donné de suivre et d’observer microscopiquement le phénomène sexué. La copulation est hétérogamique dans certains cas; souvent elle s'opère entre une cellule adulte et un petit bourgeon formé par cette dernière immédiatement avant et resté encore attaché à elle; enfin la parthénogénèse est très fréquente: nombre d’asques naissent sans copulation soit aux dépens de cellules ordinaires, soit aux dépens d’éléments pourvus de diverticules au moÿen desquels elles ont essayé, sans y parvenir, de se réunir deux à deux. Les asques renferment 1, 2 ou 4 spores; le nombre 4 prédomine dans les cultures impures et lors des premiers passages en culture pure. Plus tard, le nombre

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de 1 est la règle. Les asques sont à double membrane. Les ascospores sont globuliformes, à surface non lisse (munie de petites élevures), présentant souvent en leur centre une ou plusieurs guttules de graisse. Les asques ont de 4 à 12y de diamètre, les ascospores mesurent 3/3 uset.remarquons que ces dernières dimensions sont constantes.

En continuant nos repiquages successifs, nous avons tout d’abord constaté que l’organisme à l’état de pureté s’habitue de plus en plus aux milieux artificiels; les colonies poussant plus rapidement, formaient à la température de +37°, en se réunissant vers le quatrième jour, un tapis homogène. Cette augmentation du pouvoir végétatif devient de plus en plus manifeste, de sorte qu’au bout de six mois la levure cultivée à l’état de pureté présentait sur milieu de jus de pomme de terre ou sur milieu de SABOURAUD glucosé l’aspect suivant: tapis homogène à aspect visqueux, blanc crème dans les premiers quatre ou cinq jours; se fonçant ensuite pour devenir jaune chamois dans les cultures âgées de plus de 15 jours. Sur milieu de RAuULIN liquide ou moût de bière, le développement se fait aussi vite à +27° qu’à +37°. À la température ordinaire la poussée accuse un petit retard; la levure forme un dépôt jaune-brunâtre abondant; il ne se produit jamais de voile, mais on constate la production d’un anneau adhérent aux parois du tube, au niveau supérieur du liquide.

Cultivée en colonies géantes sur jus de pomme de terre gélosé ou moût de bière gélosé, on obtient une colonie de grande envergure (5 cm environ de diamètre) qui présente au centre des mamelons surélevés d’où partent quelques stries radiaires; les bords sont nettement limités par des crénelures accidentées.

L'examen microscopique nous a réservé une certaine surprise: en effet toute trace de sexualité dans la reproduction de la levure faisait défaut; nous avions affaire à des formes levures typiques à cellules ovoïdes, rondes, souvent oblongues, dont certaines se reproduisent par bourgeonnement et se groupent en chaînettes, présentant parfois des ramifications latérales. La formation de filaments vrais fait

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défaut constamment, mais les formes rondes, qui prédominaient toujours dans les premières cultures pratiquées au moyen des prélèvements pathologiques, sont remplacées ici par des éléments allongés élipsoïdes, placés bout à bout, formant ainsi de petites chaînettes. Les cellules d’une chaïinette sont cependant d’une taille inégale (Fig. 11); elles sont pourvues de membranes épaisses, renfermant des globules de graisse et se multipliant exclusivement par bourgeonnement. Nous constatons done un changement complet dans la nature morphologique de notre espèce. Ce changement nous ayant particulièrement frappé, nous nous sommes demandé si nous n’avions pas affaire à quelque impureté; afin d’éclaircir cette question, nous avons ensemencé notre levure végétative sur gélose de GORODKOWA et sur blocs de plâtre; au bout de dix jours, à l’examen microscopique minutieux, nous avons pu trouver de rares éléments à asques. Un deuxième passage sur milieu de GoropKowWA a accentué fortement le phénomène sexué, et nous a montré à l’examen direct les éléments sexués identiques à ceux que nous avions pu observer lors de nos premières cultures d’isolement.

Nous rappelant, d'autre part, les expériences faites par A. SARTORY (129) sur la sporulation chez les levures par symbiose bactérienne, nous avons entrepris l'expérience suivante: On a pratiqué des ensemencements sur milieu pulpe de pomme de terre malaxée, au moyen de notre levure et du streptocoque isolés simultanément des lésions pathogènes humaines. Ici encore l’examen microscopique nous a révélé la présence d’asques nombreux englobés dans une gaine mucilagineuse zoogléiforme, rappelant étroitement l’aspect de nos cultures initiales.

Tels sont les faits que nous avons observé; sans vouloir en tirer une conclusion d’ordre général, nous devons admettre: 1° Les deux aspects de levure appartiennent à la même espèce. Remarquons ici que pour passer de la forme sphérique isolée à la forme en chaînettes de cellules éliptiques, l’évolution a demandé six mois au minimum.

2° L’apparition du phénomène sexué dans la reproduction de la levure et son abondance quantitative sont en rapport avec l’association symbiotique levure-streptocoque.

3° De l’ensemble de nos constatations nous pouvons conclure que notre organisme doit être rattaché au genre Debaryomyces Klôcker 1909, correspondant aux caractères indiqués par GUILLIERMOND (75): «Levures bourgeonnantes; phénomènes sexués positifs. Asques dérivés de copulation; ascospores globuleuses pourvues d’une seule membrane verruqueuse.» Ayant ainsi déterminé les caractères morphologiques de cette espèce, nous avons passé à l’étude biologique de l’organisme.

Le pouvoir fermentatif de notre levure a été mesuré en la cultivant en milieu de Raurax liquide, dépourvu d’hydrates de carbone, auquel nous avons ajouté le sucre à étudier.

Nous avons employé le glucose, lévulose, galactose, mannose, saccharose, maltose et lactose. Des ensemencements sur ces divers milieux ont été faits au moyen de souches asexuées et sexuées. Les cultures ont été placées à +37° et le pouvoir dégradateur déterminé par deux méthodes: l’une physique employée pour se rendre compte du stade ultime d’assimilation et de dégradation des hydrates de carbone expérimentés, c’est-à-dire pour caractériser et mesurer la production de gaz résultant de la décomposition de ces sucres, l’autre chimique qui constitue le procédé de choix pour évaluer quantitativement et qualitativement le

pouvoir diastasique et assimilateur de la levure.

Quant à la méthode physique nous avons eu recours à l’appareïl de BARCROFT-HALDANE (Fig 13), modifié par Zuxrz et PLescH (130). Nous ne pensons pas nécessaire de décrire ici la disposition de cet appareil que l’on trouve dans les traités classiques de Physiologie et dont nous reproduisons la figure. Dans la petite fiole piriforme, dans laquelle on place ordinairement le sang en étude, nous avons introduit 5 cc de notre milieu de RAULIN additionné de 5 ou 10% du sucre en expérimentation. Le tout a été stérilisé par

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tyndallisation et pour chaque expérience nous avons fait usage de témoins afin d'éviter des hydrolyses accidentelles. Ensuite nous avons aseptiquement pesé 0,02 gr de culture sur du papier cellophane taré, stérilisé, et le fragment de cellophane portant la culture a été introduit dans la fiole piriforme; ainsi a été effectué l’ensemencement du milieu. Un appareil identique, jaugé de la même façon, renfermant uniquement le milieu de culture, a servi de contrôle pour les diverses variations des facteurs physiques expérimentaux. Les deux appareils plongeaient dans un baïn-marie à +18° et les niveaux des colonnes d’eau manométriques ont été amenés au 0. Le ballon piriforme a toujours été entouré d’un papier noir, afin d'éviter l’action de la lumière. La dénivellation dans les tubes manométriques était observée d'heure en heure et l’observation dans chaque cas a duré 24 heures. Nous avons ainsi pu constater qu’a début de l’expérimentation le liquide monte dans la branche fermée du manomètre: la levure respire à ce moment et tire parti de la faible quantité d’oxygène libre ou faiblement combiné, se trouvant dans l’appareil et dans le liquide de culture; ce phénomène se passe de la même façon quel que soit l’hydrate de carbone utilisé. Après un temps de deux heures à deux heures et demie, la colonne manométrique descend à son niveau le plus bas dans le tube ouvert: la dénivellation observée est à son maximum. C’est à partir de ce moment qu’on observe des différences dans le pouvoir fermentatif de l’organisme vis-à-vis des différents sucres. Dans les milieux à base de glucose l’équilibration des colonnes d'eau dans les branches manométriques s’effectue le plus rapidement et six heures après le début de l’expérience les menisques dans les deux branches se trouvent de nouveau dans le même plan, donc au 0. A partir de ce moment nous avons noté le pouvoir fermentatif de notre organisme visa-vis du glucose en mesurant la distance du sommet de la col6nne d’eau au zéro dans le tube ouvert, en portant au

préalable au moyen de l’ampoule en caoutchouc de l’appareil l’autre colonne au zéro.

Pour chaque lecture opérée dans des conditions identiques, toutes corrections effectuées, le nombre trouvé est

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