OR
Dans certains cas on remarque des faisceaux de filaments très gros, fortement cloisonnés, faisant croire à des formes de souffrance ou à la formation de selérote.
Les filaments principaux sont les plus gros et les plus cloisonnés; souvent l’espace compris entre deux cloisons forme un segment en cocon de ver à soie (6 à 8y. sur 2 à 3y). Parfois jusqu’à huit formations analogues se montrent sur le même mycélium. À une certaine période nous assistons à la séparation de quelques-uns de ces éléments qui, mis en liberté, germent et donnent naissance à un mycélium cloisonné. Parfois le filament principal se cloisonne à outrance en donnant des segments presque rectangulaires (Tu, 50 sur 2 y, 50 (fig. 17).
En général cette espèce est caractérisée par l’excès du cloisonnement des filaments; les cloisons sont très rapprochées; par une ramification extrêmement marquée qui souvent occasionne des groupements filamenteux, simulant la forme d’actinie ou de patte d’oiseau. Mais le caractère primordial est donné par la propriété de fragmentation active du thalle, qui donne naissance à des corpuscules en cocons ou en rectangle, capables de germer ensuite pour redonner un mycélium; de même on peut noter des éléments plus rares en boudins (fig. 20. f. g. h.).
Macroscopiquement sur ce milieu, nous avons pu observer trois sortes d’aspects: à la partie supérieure du substrat, le champignon évolue en donnant des houppes duveteuses et soyeuses d’un blanc luisant et brillant avec des filaments aériens assez développés et rappelant fortement l’aspect de certaines Conidiophorées.
A la partie moyenne, le champignon prend l’aspect de colonies isolées en forme de nodules globuliformes, pulvérulents et plâtreux, de couleur blanc mat.
Là où il est en contact avec le liquide du réservoir du tube de Roux, il forme un voile humide, blanc-jaunâtre ou crémeux, composé d’un tissu cohérent de filaments en-
chévétrés.
ER
Milieu de pomme de terre:
Sur ce milieu, l'aspect macroscopique des cultures est à peu près analogue à celui décrit pour la carotte; la végétation est cependant moins luxuriante et le début de la culture est retardé. Au niveau de l’envahissement du substrat par le mycélium, on note l'apparition d’une pigmentation noirâtre du milieu.
L'examen microscopique montre des longs filaments, dont les cloisons sont beaucoup plus rapprochées les unes des autres que sur le milieu de carotte, et on croirait avoir affaire à un long filament bacillaire se segmentant par scissiparité, si on n’observait pas de fréquentes ramifications le long du trajet; ces ramifications secondaires sont elles-mêmes segmentées à outrance; chaque cloison délimite un espace clair, très visible entourant une masse protoplasmique très condensée.
Milieux gélosés et gélatinés:
Le champignon a été ensemencé sur milieu de RAULIN gélosé glucosé, de SABOURAUD maltosé et glucosé gélosé, sur jus de pomme de terre glycériné gélosé.
Les caractères morphologiques de ces cultures sont à peu près analogues à ceux, observés sur la carotte; en général on note un retard de 24 à 48 heures dans le début de croissance; ce qui frappe en outre, c’est la présence presque constante des formes duveteuses au début de la culture et la tendance nette de l’organisme à former plus tard des colonies poussiéreuses ou plâtreuses d’une coloration blanc mal. Les cultures sont en général humides, visqueuses, adhérent fortement au substratum. Sur les milieux glucosés on note l’apparition d’une coloration noirâtre, très abondante, due à la formation de tyrosinase.
Microscopiquement on constate aussi un différenciation assez prononcée, caractérisée par la présence unique de formes en cocons ou en cylindre, nettement tronqués ou d'éléments filamenteux fortement cloisonnés se séparant et se désagrégeant avec une très grande facilité. Les aspects filamenteux ramifiés avec des formes en lanières de fouet ou en actinies sont fréquents sur ces milieux.
La culture sur milieu de gélatine ne produit jamais la liquéfaction du milieu.
Cultures sur jus de pomme de terre gélosé glycériné en plaques :
Cultivé dans ces conditions, le champignon très aérophile prend un développement luxuriant; il forme à la surface du milieu des zones circulaires qui possèdent un centre surélevé, entouré de couches concentriques régulières, qui sont alternativement lisses et glabres d’un côté et soyeuses et duveteuses de l’autre. Au bout de 10 à 15 jours, la colonie a atteint son maximum de dimension et elle présente alors une circonférence échinulée et un aspect radié. Souvent aussi, par suite du développement exagéré des filaments aériens, la périphérie de la colonie est mal délimitée, vu la disposition rampante de ces filaments.
Milieu liquides:
Sur milieu liquide de MAYER, le champignon forme au bout de 48 heures un voile très cohérent, composé de filaments enchevêtrés et présentant les formes en lanières caractéristiques. Au moment où ce voile touche les parois du tube il se plie et se vallonne, pendant que de longs filaments aériens rampent le long des parois du tube de culture. Il forme alors une sorte de collerette qui peut atteindre 0 cm 5 à 1 cm de hauteur. Au bout de 15 à 20 jours ce voile, qui s’est développé en épaisseur, tombe au fond du tube par suite de son poids; il constitue alors un dépôt visqueux, cohérent, formé par des filaments d’une longueur très importante. Pendant ce temps, nous assistons très souvent à la formation d’un nouveau voile à la surface du milieu qui flotte plus longtemps, mais qui finalement tombe lui aussi et le même phénomène peut se répéter. On peut constater à la fois des voiles avec des touffes de filaments aériens, d’un blanc brillant, d’autre part, des voiles glabres et humides d’une couleur crème ou des voiles mats, pulvérulents, secs.
Sur milieu de RAULIN ordinaire, l’aspect de la culture
est à peu près le même.
nn
Sur le lait écrémé, le développement de l’organisme en étude est moins rapide que sur les milieux précédents; vers le 3ème ou 4ème jour, un voile apparaît; celui-ci tombe bientôt au fond du tube et la coagulation se produit vers le 7ème jour; déjà le lendemain on peut observer un commencement de peptonisation de la caséine précipitée.
Caractères biologiques: La température optima de culture sur les milieux solides est située entre +25° et +32°, pour les souches de champignon isolées et définitivement fixées. Nous insistons cependant sur ce point: à la température de +27° les milieux ensemencés au moyen des prélèvement pathologiques initiaux, ainsi que ceux des premiers repiquages sont restés dépourvus d’éléments mycosiques et c’est seulement à partir de cultures effectuées à la température de +37° que nous avons réussi à obtenir le développement du champignon.
L’optimum cultural, en ce qui concerne les milieux liquides, est situé un peu plus haut dans l'échelle thermométrique. La formation des voiles se produit le plus activement et le plus abondamment à la température de +25° à +40°. |
Nous mentionnerons encore ici que le champignon évolue en végétant à une température de +5° et à +38°.
Notre espèce est très aérophile.
La concentration optima en ions H des milieux liquides est située entre pH — 6,4 et 6,8; les limites de croissance sont données par les pH de 5,2 et de 7,5. Le champignon évolue cependant encore très bien au pH de 7,8.
Quant aux caractères biochimiques, nous résumerons ici que le champignon ne liquéfie pas la gélatine, ni le sérum coagulé; il reste sans action sur l’albumine d’œuf, produit une présure et une caséase; mis en présence d’albuminoïde, il ne produit pas d'hydrogène sulfuré et ensemencé sur eau peptonée, ne donne pas d’indol.
Action sur les sucres:
Afin d'étudier l’action de l’espèce envisagée sur les
sucres, nous avons employé les mêmes techniques que lors de l'étude du Debaryomyces mucosus.
NOR Ter
Nous avons employé les sucres suivants: Glucose, lévulose, galactose, mannose, saccharose, lactose, maltose, amidon (polysaccharide). Nous exprimons dans le tableau suivant les résultats obtenus au cours de ces recherches. Nous notons la fermentation avec la production de gaz par le signe CO?*, l'assimilation par la disparition des sucres dosée au moyen de la méthode de BERTRAND par le signe + et importance quantitative relative par des nombres. Le signe 0 signifie l’absence d’assimilation et de fermentation.
Glu- Lévu- | Galac- | Man- | Saccha-| Lac- Mal- Ami-
cose lose tose nose | rose tose tose don
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Nous voyons par ce tableau que le champignon est incapable d’assimiler le lévulose, ainsi que le maltose. Il assimile le saccharose; dans ce cas la fermentation n’apparait pas. Le galactose et le mannose constituent des aliments ternaires moyennement favorables, leur dégradation se fait avec fermentation; le glucose et l’amidon forment des milieux alimentaires de choix pour l'espèce envisagée; ici aussi le stade ultime de lassimilation ternaire est le gaz carbonique, tandis que pour le saccharose et le lactose l'assimilation aboutit à une acidification énergique du milieu, mais même après quatre semaines de culture aucun gaz n’est décelable.
Aliments azotés:
Le milieu de base pour ces expériences a été le suivant:
Phosphate bipotassique: a ST Sulfate de magnésie: dou #0 Chlorure de sodium: 0,5 gr Phosphate de chaux: 0,5 gr Saccharose : ART
Eau distillée: 1.000 cc
LPO TE
A ce milieu nous avons ajouté au fur et à mesure pour chaque cas à étudier la substance azotée, minérale ou organique, dont nous avons voulu constater l'influence sur le développement et le métabolisme du champignon.
Comme matières azotées, nous avons employé du carbonate d’ammoniaque, du nitrate de potassium, de l’asparagine, des peptones et, en outre, le champignon a été cultivé sur du sérum de cheval coagulé. En ce qui concerne les trois premières substances, nous avons ajouté des quantités telles que la teneur en azote des milieux était identique. On a introduit dans notre milieu comme matière ternaire le lactose, après avoir constaté que ce sucre était assimilé seulement tardivement; si, par conséquent, la matière azotée était favorable au développement du champignon, linfluence sur la croissance était constatable dans les premières vingt-quatre heures. Nous avons pu ainsi nous rendre compte que le nitrate de potassium n’exerçait aucune modification accélératrice sur la croissance de notre espèce. Par contre, les sels ammoniacaux, les acides aminés et les peptones semblent constituer des aliments nutritifs de premier ordre, car on a noté le développement du champignon à une période antérieure que sur les milieux témoins ne contenant pas ces produits. Ce qui est intéressant dans ces expériences, c’est l’affinité du parasite pour le milieu à base de sérum de cheval coagulé, surtout dans la période d'isolement, alors que ses caractères ne sont pas encore fixés; à ce moment ce substrat semble même constituer un milieu de choix.
Détermination de l'espèce:
D’après les caractères morphologiques et culturaux que nous venons de passer en revue dans nos recherches, dans lesquelles nous avons pu constater principalement l’absence de tout élément conidiophoré, d’appareil sexué ou asexué présentant les caractères d’une reproduction déterminée, nous classons cet organisme dans le groupe des Hyphomycètes d’après la classification de VUILLEMIN, que nous avons adopté au début de ce travail; les thallospores naissant
Sn
simplement par désarticulation du filament végétatif permettent d’en faire un Arthrosporé. Etant donné la taille et la dimension des filaments végétatifs et des arthrospores étudiés aux cours de nos recherches et l’origine du parasite dans les lésions pathologiques, nous sommes en droit de le classer dans le genre Mycoderma Persoon d’après les conceptions de LANGERON.
Comparant les résultats obtenus dans nos essais avec ceux décrits par JANNIN pour les divers échantillons de Mycoderma, nous pouvons, en effet, noter les caractères de similitude suivants:
1° Aspect macroscopique des cultures: En milieu liquide: Propriété de donner un voile à la surface du liquide qui, au commencement, est constitué par des îlots isolés qui ne iardent pas à se rejoindre pour former une pellicule soit luisante, humide, soit sèche et mate; plus tard ce voile, par suite du vieillissement de la culture, se plisse, donne un anneau adhérent aux parois du tube sur lequel voile on voit se différencier une végétation aérienne duveteuse, plus ou moins développée suivant les conditions plus ou moins favorables du milieu. D'autre part, le phénomène de superposition des différents voiles parle nettement en faveur de notre déduction.
En milieu solide: Nous avons fait remarquer le polymorphisme de l’aspect des cultures qui est caractérisé par l’apparition de trois types végétatifs: a) un type humide, plissé et levuriforme, b) un type sec, globuliforme et pulvérulent, c) un type buissonneux ou duveteux.
2° Aspect microscopique: Les cultures ont donné des préparations qui ont montré des filaments mycéliens de calibre assez important en forme de lanières de fouet ou d’actinies; ces filaments sont toujours fortement cloisonnés et n’aboulissent jamais à la constitution d'appareils sexués ou asexués nettement différenciés. Par contre, la présence d'éléments en cocons, cylindriques ou rectangulaires, prenant naissance à la façon typique des formes arthrosporées, plaident nettement en faveur d’un Hyphomycète arthro-
sporé; ces caractères sont encore renforcés par les éléments à structure de Monilia ou de Scopulariopsis. Les arthrospores ainsi formées renfermant un protoplasme condensé et un ou deux globules acido-résistants, s’isolent avec une grande facilité les uns des autres et sont capable de reproduire un mycélium cloisonné par germination.
3° Cuitures en plaques: Les cultures sur jus de pomme de terre glycériné gélosé en plaques avec leur développement luxuriant, l’étalement de la colonie sur un grand diamètre en plusieurs cercles concentriques, avec une délimitation mal marquée, l'apparition d’hyphes duveteuses confirment encore notre diagnose.
4° Cultures sur milieux spécifiques pour la production d'appareils sexués: Ce champignon ensemencé sur blocs de plâtre, sur milieu de GoRoDKOwA et sur milieu pauvre en matières nutritives en tubes scellés, après plusieurs semaines de repos, n’a jamais donné à l’examen microscopique. coloré au moyen des techniques spéciales, la production d'appareils sexués ascosporés ou les préstades de cette reproduction.
5° Propriétés biologiques: Les températures optima et limites de culture, les concentrations optima en ions H des milieux, le comportement de l’espèce vis-à-vis de la gélatine, du blanc d’œuf, du sérum coagulé et du lait sont comparables aux résultats obtenus par JANNIN en ce qui concerne les espèces de Mycoderma que cet auteur a pu étudier.
6° Caractères biochimiques: Quant aux caractères biochimiques nous avons pu constater que le champignon expérimenté assimile d’une façon remarquable les monosaccharides, sauf le lévulose, en produisant un dégagement gazeux. D’autre part, ce qui le différencie nettement des autres genres de Blastomycètes stricts, c’est la facilité qu’il éprouve à se servir du lactose comme aliment nutritif. En outre, l’électivité avec laquelle notre espèce utilise les polysaccharides tels que l’amidon, dont la valeur nutritive dépasse de beaucoup celle des monosaccharides (glucose excepté) est un autre caractère différentiel.
= fe 2
Toutes ces propriétés biologiques vis-à-vis des hydrates de carbone rapprochent notre espèce du Mycoderma (Oidium) lactis que nous avons étudié simultanément en trouvant des résultats analogues à ceux mentionnés par notre cher Maître et SASAKAWA avant nous.
Ayant ainsi, par les propriétés morphologiques, culturales, biologiques et biochimiques, caractérisé le parasite étudié, nous pouvons conclure que l’espèce appartient au groupe des Hyphomycètes thallosporés arthrosporés et au genre Mycoderma Persoon d’après la classification adoptée par LANGERON.
Il nous reste, afin de pouvoir conclure à la pathogénéité de cet organisme, à exposer ici nos recherches sérologiques et nos expériences sur les animaux de laboratoire.
Recherches sérologiques au moyen du sang de malade et contre-épreuves culturales au moyen de prélèvements pathologiques destinées à
montrer la spécificité de l'affection
Les prélèvements pathologiques ont été ensemencés sur milieu spécifique: jus de pomme de terre glycériné gélosé, milieu de B:SREDKA et JuPiILLE (bouillon à l’œuf); en aucun cas ces cultures n’ont montré l’apparition de colonies de Bacille de Kocx. D’autre part, des inoculations pratiquées au moyen du même matériel sur le cobaye n’ont jamais tuberculisé ces animaux; ceux-ci sont morts de cachexie au bout de quatre-vingt-six à cent vingt jours; ils n’ont montré aucun signe tuberculeux et des particules du poumon, de la rate et du système lymphatique ont été broyée et réinoculées à des cobayes neufs afin de rechercher les germes tuberculeux filtrants; cette réinoculation est restée nettement négative et nous nous croyons en droit de conclure à rejeter le diagnostic de tuberculose chez la malade.