III. — A LA PÉRIODE TERMINALE
A ce moment, la consolidation de la blessure est faite ; l’évolution des lésions est achevée et l'état du blessé peut être considéré comme définitif. A cette période, rien n’est changé ou peu de choses en ce qui concerne les latéro-déviations mandibulaires que nous avons envisagées dans le chapitre précédent. Très souvent, en effet, ces déviations persistent, à moins de traitement approprié, comme séquelle définitive de ces blessures de la face. Dans d’autres cas cependant, dont la pathogénie, nous le. verrons, n’est pas la même en général, elle disparait en même temps qu'un autre symplôme : la constriction des mâchoires. Dans d’autres cas, enfin, de pathogénie plus complexe encore, la latéro-déviation apparaît seulement à cette période tardive (obs. VI), alors que, malgré une recherche attentive, elle n’avait pu être mise plus tôt en évidence. |
Parmi les lésions cicatricielles définitivement constituées à cette époque et susceptibles d'entraîner des latéro-déviations, il y a lieu de mentionner des blocs
ce 0.
fibreux importants siégeant au niveau de la Le inférieure ou d’une des deux commissures (obs. IX) au niveau de la région cervicale, du peaucier, du sterno- cleido-mastoïdien (obs. X). Ce sont là souvent des blocs scléreux très durs et relativement volumineux, mais il faut bien savoir que ce n’est pas la règle et que, dans certains cas, des cicatrices punctiformes, à peine visibles, peuvent. être seules présentes alors que la latéro-déviation existe très nettement.
Parmi ces déviations mandibulaires à la période de consolidation, il est une catégorie de faits relativement fréquents qu’ il y a lieu de mettre en évidence. Jusqu'à maintenant, nous n’avons envisagé dans notre description, soit à la période initiale, soit à la période d’état, soit enfin à la période terminale que les latério-déviations indépendantes des fractures du maxillaire, des solutions de continuité de l’arc mandibulaire. Or, à cette période ultime, il est une catégorie de déviations mandibulaires qui, bien que se produisant chez des blessés porteurs d’une fracture ancienne consolidée du maxillaire inférieur semble, malgré l'existence de cette fracture rentrer dans le
cadre de notre description actuelle.
Ici, en effet, comme nous le verrons, à ProDe de l'étude pathogénique, la déviation paraît, jusqu’à un certain point tout au moins, indépendante de la fracture, et c’est à ce titre que ces faits s ’apparentent à ceux que nous décrivons à la période d'état.
Dans ces fractures, en effet, l’os ne paraît pas avoir subi de raccourcissement ou, s’il existe, ce raccourcissement est minime on de 7 millimètres, obs. XXILI\et ne paraît Pas en tout cas pouvoir être rendu responsable des troubles souvent graves de l'articulé dentaire. Nous précisons donc que ce sont
ES
ces Cas, sans perte de substance osseuse d’une part, et sans chevauchement des fragments d’autre part (chevauchement également capable de raccourcir Parc mandibulaire) que nous envisageons ici, à côté des latéro-déviations sans fracture, comine ayant une pathogénie analogue.
Cliniquement, comme le remarquent Réal et Gau-
thier, c’est dans les fractures de la branche horizontale que l’on observe ces latéro-déviations. Il y a Là un fait intéressant à noter et qui distingue à priori ces déviations de celles de la période d'état au point de vue du siège de leurs lésions causales. Nous avons dit en effet que dans ces dernières, les plaies siégeaient surtout dans la région temporale, la région de l'articulation temporo-maxillaire ou la région massétérine, rarement la région cervicale.
Dans ces fractures bien consolidées, l’arcade inférieure apparaît avec sa forme normale, ainsi d’ailleurs que la portion maxillaire. Si l’on prend séparément l’empreinte du maxillaire supérieur et celle du maxillaire inférieur et que sur le modèle on recherche les rapports normaux d’engrènemeni, on constate qu'ils sont faciles à obtenir. A l’examen du blessé, au contraire, les modifications de l’articulé dentaire sont en général très notables dans ces cas, et attirent d’émblée l’attention. Certains caractères distinguent ces déviations de fractures consolidées des déviations précédemment envisagées : dans ces dernières, la latéro-déviation peut exister soit dans Pocclusion, soit dans l'ouverture, et la déviation n’est pas forcément toujours dirigée vers le côté lésé (latéro-déviations alternes). Au contraire, dans les déviations, séquelles des fractures, le sens de la déviation est toujours le mème: elle se fait du côté lésé, à gauche,
si la fracture ét gauche, à droite si elle siégeait à droite. De plus, les modifications sont telles qu’elles sont toujours appréciables dans l’occlusion : les troubles d’engrènement sont toujours assez marqués pour modifier profondément, nous l’avons dit, l’articulé dentaire et souvent il y a entrecroisement complet des arcades supérieures et inférieures qui ne se rencontrent qu’en un seul point dans la région incisive inférieure du côté lésé (obs. XXII). Des degrés moins marqués peuvent exister, mais en général éependant la déviation est plus considérable que dans les déviations sans fractures. Comme dans ces dernières la difformité s ’exagère dans l'ouverture (bouche du chantre de village). Enfin il nous a paru que la constriction était ici moins fréquente que dans les latéro-déviations sans fracture de la période d'état, mais on l’observe cependant (obs. XXII).
La correction manuelle du déplacement peut dans certains cas être obtenue, de même que la correction instrumentale (appareil à bielle) mais cette correction est souvent difficile à effectuer surtout lorsque la déviation est depuis longtemps KEée par un processus ancien.
Ces déviations, séquelles de certaines fractures latérales du maxillaire inférieur, méritaient donc par leurs caractères cliniques, d’être rapprochées des latéro-déviations mandibulaires typiques que nous -avons décrites à la période d'état.