SYMPTOMES & ÉVOLUTION DES BRULURES ÉLECTRIQUES
Maintenant que nous venons de rappeler dans quelles conditions se produisent les brûlures électriques, nous allons voir sous quels aspects elles se présentent et quelle évolution leur ont attribuée les différents auteurs qui les ont étudiées avant nous.
Nous ne dirons que peu de mots de leur siège habituel. Il est fonction des conditions mêmes qui provoquent l'accident. La main et le bras sont les points le plus souvent atteints, ensuite le pied (point de contact avec le sol, un rail, un toit métallique), et enfin le crâne et le tronc.
Suivant leur gravité, nous pouvons les diviser, avec Oliveira Néry et les autres auteurs, en brûlures superft-
ctelles et en brûlures profondes.
Brûlures superficielles
Ce sont, dit Durand (thèse Paris, 1894), « des taches de petites dimensions, plus ou moins arrondies, quelquefois lenticulaires, de coloration grisâtre ou gris ardoisé, à bords irréguliers avec un petit liseré blanchâtre. Leur
consistance est tantôt dure et parcheminée, leur aspect est
tantôt escharrotique ; tantôt elles sont molles et dépressibles et donnent l'aspect de petites érosions superficielles ». La plupart des auteurs nient l'existence des phlyctènes. Si Besson et Cayla les signalent, ils déclarent n'avoir constaté leur apparition qu'aux cinquième et sixième jours. Nous les avons observées nous-même dans deux cas de brûlures superficielles survenus il y a peu de temps à la C* de tramways de Nancy (obs. V et VI). Ges phlyctènes, qui, par leur orientation rectiligne, semblaient bien être dues au contact direct du conducteur métallique, sont apparues très rapidement après l'accident (2-3 heures), et dans l’un des cas, les témoins nous ont affirmé qu'il n'y avait pas eu « coup defeus.
ne s'agirait donc pas ici de brûlures banales de voisinage dues aux gaz et vapeurs dégagés par le courant, mais bien d'une véritable brûlure superficielle par contact direct.
Brûlures profondes
Elles correspondent à peu près aux quatre derniers degrés de la classification de Dupuytren : mais elles offrent alors une symplomatologie et une évolution toutes parliculières.
Leur aspect. — T1 est un peu différent suivant que la brülure s'est produite avec ou sans escharre (Cayla). Les brûlures à escharre sont d'emblée : parcheminées, sonnant: sec, à bords limités : on les dirait incluses dans
les tissus. Elle sont quelquefois entourées d'une zone de
brülures banales secondaires, plus où moins riche en phlyetères, zone qui peut se mortifier, s'éliminer et agrandir ainsi la lésion escharrotique primitive.
Quant aux brûlures sans escharre, on les à décrites sous forme de « cratères », de « coups de curette », de « plaies à lemporte-pièce ». (Besson.) Nous retrouvons ces mêmes cratères dans nos observations 1 (Hamant et Cornu), I, IV (Faber).
Si la brülure est très profonde, atteint l'os lui-même, cet os pourra être carbonisé. Oliveira Néry a observé chez un blessé une phalange entièrement perforée, « tunellisée ». Gerlach a observé un cas cité par de la Camp où il y avait destruction totale de l'os crânien au niveau de la brûlure et même destruction de l'artère méningée du mème côté, Dans notre observation IV (Faber), le blessé, qui avait eu le pariétal droit en contact avec un conducteur, présentait à ce niveau une lésion osseuse de 7 cent. x2 cent. au fond de laquelle on apercevait une dure mère ouverte sur 3 centimètres, dont les bords étaient très largement décollés. Dans une de nos observations inédites (due à l'obligeance de M. le professeur agrégé Barthelémy), seule la table externe était nécrosée sur une largeur d'une grosse pièce de cinq francs.
Donc, presque loujours, des lésions bien nettes, qui semblent être dues à une brûlure de même degré en quelque point que ce soit de leur surface où de leur
profondeur.
Leurs symptômes généraux. — Hs furent toujours décrits comme peu caractéristiques. On pourrait même dire,
pour être plus exact, que tous les auteurs, à de très
Pre
rares exceptions près, se sont trouvés d'accord pour déclarer que les brûlures électriques, mêm& profondes, évoluaient sans symptômes généraux.
On a tout d'abord insisté sur l'absence de douleur. Cayla déclare que la lésion reste indolore, non seulement au moment de la production, mais même pendant sa cicatrisation. Garçot (thèse Nancy 1912), déjà moins affirmatif, avoue qu'il est peut-être excessif de parler d'absence totale de douleur pendant toute l'évolution son petit malade se plaignait quelquefois, sans que cependant ses douleurs fussent un obstacle à son sommeil.
Or, dans plusieurs de nos observations, la douleur existait ; et c'est un point sur lequel nous aurons l'occasion de revenir plus tard quand nous traiterons les complications.
Il en est de même de l'absence de réaction générale, considérée, elle aussi, « comme un symptôme les plus remarquables des brülures électriques ». « Ici, point de fièvre, point de tendance aux congestions viscérales, réaction générale nulle, en un mot. » (Besson.) L'asepsie, due à la « stérilisation en bloc des tissus, par la haute température » et à la « coagulation instantanée du sang dans les artères el veines du voisinage » (Garçot), serait la cause déterminant cette absence de réaction générale,
Et nous retrouvons le même optimisme lorsqu'il s'agit de l'évolution el de la réparation de ces brûlures.
« Pas de suppuration », déclarent Besson, Cayla, Mall, ou tout au moins, si elle se produit, « elle est loin d'être aussi abondante qu'avec les autres brûlures » (Dubousquel Laborderie). Oliveira Néry compare les brûlures électriques à celles produites par l'application du ther-
mocaulère : « ce sont, dit-il, des fovers secs et définitive
ment sains, fermés à la vie et à l'évolution des germes. »
Et l'on ne s'élonnera pas que les brûlures électriques, évoluant dans des conditions aussi favorables, aient été considérées par tous, à quelques exceptions près, comme devant se réparer très rapidement el avec une régularité remarquable, donnant des cicatrices « souples, sans brides et complètement mobiles sur les plans sous-jacents ».
Quelques complications ont été cependant signalées par ces auteurs, mais toujours considérées comme exceptionnelles. Mallr, Cayla et Garçot les notent au passage sans vouloir leur attribuer un rôle quelconque dans l'évolution des brûlures. Et cependant, des observations que nous avons pu recueillir, il semble résulter que ces complications ne sont pas si rares. Les brûlures profondes, surtout, nous ouvrent à ce sujet un champ d'observation beaucoup plus vaste qu'on à bien voulu le dire jusqu'ici.
C'est ce qui nous à amené à reprendre cette question des complications : et ce sera l'objet de la deuxième par- He de notre travail. Mais, auparavant, nous allons faire l'exposé des observations que nous avons pu recueillir, car ce sont elles qui nous ont guidé dans l'étude de ces complications.