OBSERVATIONS
OBSERVATION I (résumée) ‘ à
D'S Hamant et Cornu
(publiée dans la Revue Médicale de l'Est des 15 août et 19 septembre 1920)
H... Ernest, 42 ans, monteur électricien, gaucher. Le 1° juillet 1920, il eut à vérifier un contact dans une sous-stalion de distribution de courant triphasé à 3.000 volts, 50 périodes. Par erreur, le courant qu'il croyait avoir été coupé passait. Sa main gauche toucha un conducteur, le milieu de son avant-bras étant en contact avec la porte en tôle du placard des prises de courant. Ainsi, par sa main et la tôle, il se produisit une dérivation à la terre. Le blessé se rappelle avoir vu jaillir un arc électrique entre sa main et le conducteur.
À ce moment, il à éprouvé dans tout le corps une sensation indéfinissable de choc, mais il n'a pas perdu connaissance. Toutefois, il ne peut évaluer le temps qu'a duré le contact. En tous cas, il y eut rapidement fusion des plombs coupe-circuit et c’est à ce moment que le blessé tomba à terre. On se porta rapidement à son secours et il fut transporté à l'infirmerie de l'usine.
\ucune sensation locale au moment du contact. Mais, à son arrivée à l'infirmerie, il commence à sentir de violentes douleurs dans le bras, Un pansement aseplique fut appliqué
et le blessé transporté à Nancy dans le service de M. le professeur Weiss, environ » heures et demie après l'accident.
A son arrivée, le blessé est loquace, énervé : il grimace et se plaint de violentes douleurs dans le bras et l'épaule gauche, L'attitude du membre supérieur gauche est frappante l’avant-bras est inerte mais fixé en demi-flexion sur le bras : la main est également en demi-flexion sur lavant-bras et fortement déviée sur le bord cubital. Les doigts sont crispés dans la paume de la main. Tout l'avant-bras et la main sont froids. Il n'y a pas de pouls radial perceptible.
Le pansement une fois enlevé, toute la main et la moitié interne de l'avant-bras apparaissent violet-rose ; sur ce fond se détachent des plaies qui siègent, d'une part, sur la face dorsale du poignet, empiétant sur la partie cubitale du dos de la main, et, d'autre part, sur le bord cubital de l’avantbras, sensiblement à son tiers supérieur.
Au poignet : perte de substance ovalaire de 3 cent. 1/2 sur 3, en cratère, à bords taillés à pic, à l'emporte pièce, présentant des aspérités noirâtres qui tranchent sur la graisse jaune d'or des parois du cratère. Le fond est irrégulier, rougebrique, parsemé de débris brunäâtres, et, dans sa moitié cubitale, on reconnait un des tendons extenseurs à demi-roussi, brunäâtre.
Tout autour de celte lésion se trouve une auréole de 5 à 10 mm. de diamètre, déprimée, de teinte vieil ivoire, sèche, dure et escharrotique. Autour de cette zone, du côté de la main, il existe une zone rose vif, un peu suintante, piquetée d'un fin pointillé hémorragique, limitée enfin par un épiderme décollé, violacé, tel que nous l'avons décrit plus haut.
A J’avant-bras : autour d’une zone vieil ivoire, subsiste une collerette épidermique mortiliée, limitant un véritable sillon. Au-dessus existe un bourrelel rose vif limité à son tour excentriquement par une nouvelle zone épidermique, . blanchâtre et décollée, comme si une phlyctène sous-jacente avait été vidée.
Au niveau de l’avant-bras, tiers supérieur et bord cubital, la perte de substance a une surface double de celle du poignet,
Triangulaire, elle a des bords taillés à pic dans le derme carbonisé et elle est entourée d’une triple auréole analogue à celle de la main. On remarque en plus, au niveau du bord supéroexterne du triangle, une phlyctène à demi affaissée, à contenu sero-hématique., Le fond de la plaie est constitué par du tissu musculaire rouge non suintant.
Le bras a une coloration normale, Toutefois, il semble tuméfié quand on le compare au bras droit sain. Les mensurations donnent de 1 à > centimètres de différence entre les deux. La palpation du bras gauche fait constater l'existence de crépilation gazeuse qui remonte à la face interne du bras jusqu’à l'aisselle, sur le trajet du paquet vasculo-nerveux.
Après nettoyage à l’éther du bras et de l’avant-bras, on panse aseptiquement l’avant-bras à l'aide de compresses imbibées d'huile de vaseline stérile el on attend.
Le soir. — Température : 36°6. Agitation. Douleurs lancinantes à intensité croissante dans le bras gauche.
0 centicub. d'huile camphrée. Un centigramme de morphine.
> juillet. — Cinq grosses vésicules apparaissent sur le dos de la main. Il ÿ a eu insomnie et les douleurs augmentent.
Urines : 150 centicub. seulement depuis la veille ; très foncées, renfermant de l’hémoglobine sans globules. Température : 39°2. Morphine. Huile camphrée.
3 juillet. — Rougeur diffuse du bras avec phlyctène suppurée au coude. Un sillon d'élimination se dessine dans la zone rose vif. On décide d'enlever les tissus sphacélés correspondant exactement à la zone vieil ivoire du premier jour, autour de la brûlure de lavant-bras. Pansement au tulle gras.
Température : 39°4. Urines : 300 centicub, Insomnie. Enervement. Toujours de la crépitation gazeuse à la face interne du bras.
4 juillel. — Température : 33°6. Urines : 1200 centicub., foncées. L'insomnie persiste malgré la morphine, Devant l’état général défectueux, on se décide à faire l’amputation sous chloroforme. Incision ovalaire externe suivant à un centimètre environ les lésions cutanées, On sectionne le cubitus à huit