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3° Complications tertiaires
Nous avons à envisager les rétractions cicatricielles et
les troubles nerveux tertiaires définitifs.
Rétractions cicatricielles
Si, comanc le dit Besson, « la cicatrisation des brûlures électriques est généralement rapide et d’une merveilleuse régularité ; si la peau cicatricielle est entièrement souple, légèrement rosée, lisse et complètement mobile sur les plans sous-jacents », il faut cependant reconnaître qu'on n'observe de semblables résullats qu'avec les brûlures superficielles, dans lesquelles l'absence fréquente de suppuration n'entraîne pas de pertes de substance étendues où profondes, Mais, comme le dit Cayla, « lorsqu'au lieu d’une escharre, il existe un de ces cratères si caractéristiques, le fond, d'aspect noirâtre, s'élève peu à peu, mais jamais assez pour combler la perte de subslance el pour éviter les rétractions des téguments voisins, les déformations et les impotences plus où moins graves qui en résultent ». [en est de mème à plus forte raison, lorsqu'une brûlure à atteint en profondeur tous les tissus d'un segment de membre.
Du fait que les muscles, aponévroses et tendons sont lésés à mort, il s'ensuit fatalement une réparation par du lissu inodulaire et des rétractions, comme pour toutes les lésions traumatiques de l'appareil musculaire. Ce que l’on a surtout observé, ce sont des rétractions musculo-
lendineuses laissant les membres en attitudes vicieuses,
lésions qui s'accentuent encore dans la suite, par l'apparition des troubles trophiques résultant des névrites et alleignant muscles où peau que l'on aurait pu croire respectés : troubles sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir.
Ainsi Cayla, dans sa thèse (obs. I), parle de rétractions consécutives à une brûlure qu'appareils redresseurs ou manœuvres sous chloroforme ne purent vaincre.
Troubles nerveux tertiaires
Is sont nombreux et résultent de l'atteinte profonde du système nerveux, tant périphérique que central. Nous devons dire cependant que les névrites occupent à elles seules une très grosse place dans ces complications de dernière heure. |
On rencontre tout dabord des troubles moteurs : des paralysies, telle Fhémiplégie rapportée par Mason et Lester (anals of Surgery 1609), laquelle ne survient que 20 jours après une brûlure de l'os pariétal. Telles encore cette parésie faciale droite et cette hémiparésie des membres du côté gauche, survenues chez le blessé de notre observation HE (Barthelémy), environ un mois après l'accident, et qui auraient persisté vraisemblablement s'il eût survécu, élant données les lésions trouvées à l'autopsie.
Les contractions cloniques ne sont pas rares non plus. Vibert, comme nous l'avons déjà vu plus haut à loccasion de l'action réflexe du courant, rapporte le cas d'un ouvrier, qui, brûlé au poignet gauche et à l’aine gauche, fut d'abord paralysé de tout le corps pendant une heure environ ; puis fut pris de secousses convulsives intermit-
tentes, bientôt localisées au côté gauche :; ces secousses
persistaient encore quinze mois après l'accident. Elles étaient alors douloureuses et plus fréquentes de nuit. Le blessé de notre observation HT (Barthelémy) présenta également ces secousses cloniques pendant les dix jours qui précédèrent sa mort.
On à aussi noté du {remblerent, même chez les petits brûlés ; et dans cette même observation de Vibert, il est dit que le blessé « présentait un tremblement continuel de Ja tête ». Il coexistait aussi du vertige sous forme
d'accès se répétant plusieurs fois par jour.
Les troubles sensitifs se manifestent soit sous forme d'anesthésie persistante, soit sous forme de douleurs également persistantes.
Nous ne reviendrons pas sur cette anesthésie du rectum et de lanus (Vibert) qui durait encore dix-neuf mois après l'accident. Nous dirons seulement que Mauclaire à rapporté lui aussi un cas d'anesthésie persistante chez un de ses brûlés : « la sensibilité au toucher, à la température et à la douleur était disparue à la face dorsale et palmaire de la troisième phalange de l'annulaire, par contre Il Y avait hyperesthésie très marquée au niveau de la première et de la deuxième phalanges de l'annulaire, et cela, plus d'un mois et demi après l'accident, (Thèse. Cayla : obs. VII.)
De même le blessé d'Oliveira Néry (th. :obs. 1) présentait deux mois après l'accident, au niveau du bras lésé et audessous de la cicatrice, une anesthésie complète dans la zone du radial et du musculo-cutané.
Les douleurs persistantes ont été fréquemment obser-
vées surtout en tanl que manifestation de névrites consti-
ho
tuées. On à cité aussi plusieurs cas de céphalée intense persistante.
Vibert (obs. I) parle de violents maux de tête, de douleurs surtout nocturnes au niveau des doigts brûlés, cicatrisés depuis longtemps ». Mauclaire (Th. Cayla obs. VIT) « de maux de tête et de cauchemars » dont se plaignait son blessé plus de six mois après l'accident ; en mème temps que la pression sur le bord interne du biceps (brûlure de la main) était toujours très douloureuse.
Nous pourrions encore citer d'autres exemples, mais il nous semble que ceux-là suffiront pour montrer que la douleur, dont nous avons déjà fait une complication primitive, loin de disparaître avec la suppuration, sil y en à eu, et même avec la cicatrisation de la lésion, peut
persister un temps indéfini, tout comme la névrite.
Et les troubles trophiques de la peau, des muscles, et des os, maintes fois constatés, viennent encore confirmer l'importance des névrites qui pourront, à elles seules, le cas échéant, assombrir considérablement le pronostic.
D'ailleurs, pour nous résumer à propos de toutes Îles complications tertiaires précédentes, nous ne pouvons mieux faire que rappeler ce que Besson écrit de lexamen d'un de ses blessés, sept ans après l'accident : « Ta main gauche présente un aspect caractéristique : ce qui frappe immédiatement c'est la maigreur, linfantilisme de la main, et de plus la déviation considérable du pouce ; celui-ci est en opposition permanente ; la cause en est dans la rétraction cicatricielle considérable qui à suivi la perte de substance due à la réparation des cratères de
la paume de la main. L'index, le médius et l’annulaire
y VS
sont en hyperextension marquée, par suite de l'élimination des tendons fléchisseurs. Les ongles sont exubérants. Les téguments sont pâles, bleuâtres, insensibles au niveau de la face palmaire de l'index et du médius. La mensuration de l'avant-bras gauche donne une infériorité de 3 centim. vis-à-vis de l’avant-bras droit. » Et de même, Cayla (obs. IV : prof. Terrier) dit « qu'il persislait de l'atrophie des deux membres supérieurs, que les éminences thénar et hypothénar étaient effacées ; que les doigts étaient effilés, froids et violacés ; que, dix mois après l'accident, le malade n'avait pas repris le travail et qu'il se plaignait d'avoir complètement perdu la force de
ses bras ».
A côté de ces troubles moteurs et sensitifs, à côté de ces troubles trophiques faciles à constater, il faut faire une place à part à l'asthénie progressive.
Une première forme, rare, n'a été observée jusqu'ici qu'après action du courant continu. Elle n’est signalée, à notre connaissance, que dans l'observation du prof. Terrier ; et le prof. G. Weiss, après ses expériences sur la grenouille, pense qu'il s'agit 1à d’un trouble dû à la polarisation musculaire.
Mais la forme habituelle, rencontrée après action du courant alternatif, semble pouvoir être attribuée aussi à l'intoxication où à un trouble nerveux psychique.
Il est très possible en effet que celte asthénie persistante ue soit qu'une manifestation de l'auto-intoxication de l'organisme, analogue à celle qu'on observe à la suite des toxi-infections aiguës qui agissent par lésion toxinique du système neuro-musculaire (diphtérie, botulisme,
pellagre). Même avec les brûlures légères, les contractu-
res et les asphyxies plus où moins localisées qui en sont la conséquence suffisent à expliquer la production de toxines d'origine musculaire (par ce mécanisme sur lequel nous avons insisté antérieurement).
Dans certains de ces cas, et dans les cas de brûlures profondes, on pourrait Y ajouter l'intervention d'un facteur endocrinien, comme on l'a fait pour les grandes toxi-infections précédemment citées. Enfin le chce psychique lui-même peut jouer son rôle dans ces asthénies, à côté des phénomènes toxiques et d'épuisement musculaire.
Il nous reste enfin à signaler les névroses post-lraumatiques des brülés par l'électricité.
Chez ces brûlés, comme chez les autres blessés, accidentés du travail généralement, on peut rencontrer lhystéro-traumatisme, la neurasthénie traumatique et les états morbides intermédiaires, ‘décrits sous les termes d'hystéro-neurasthénie traumanique et sinistrose.
Chez les brülés électriques, on conçoit même que ces névroses soient particulièrement fréquentes, si l'on se souvient de ce que nous avons dit de l'intensité du choc psychique et de la présence fréquente de troubles généraux d'ordre nerveux, à titre de complications primaires ou secondaires : paralvsies, convulsions, tremblement, vertige, asthénie ; troubles qui sont à la base des phénomènes subjectifs des névroses traumatiques.
Comme le dit Martinet (diagnostif clinique), « le choc émotionnel et la suggestibilité qui Faccompagne peuvent très bien engendrer Fasthénie et Finsomnie, tout comme l'asthénie et linsomnie peuvent très bien engendrer ou exagérer à leur tour lémotionnalisme et la sug-
. PL n s a gestibilité, D'où cercle vicieux »,
e Te
Et les circonstances de l'accident, tout comme l'agent mème qui le provoque, font que le traitement électrique, souvent si efficace dans l'hystéro-traumatisme en général, n'est dans ce cas d'aucune utilité. Le blessé, suggestionné par le contact qui lui a valu l'accident, en arrive à redouter l'électricité à un point tel, que toute électrothérapie intempestive, loin de le guérir, ne fera qu'aggraver la lésion première. C'est un fait dont nous aurons à tenir compte dans l'application de la loi sur les accidents du travail aux brûlés électriques.
Ainsi les faits semblent démontrer suffisamment, du moins nous le croyons, l’existence fréquente et la gravité des complications des brûlures électriques.
Loin de prétendre avoir tout dit, en ce qui concerne l'étiologie et la pathogénie de ces complications, nous croyons nous être borné à émettre de ci de là quelques hypothèses, celles qui nous semblaient les plus vraisemblables. Dans ce vaste champ d'observation, il faudra encore bien des recherches avant qu'on ne puisse dépister lé « pourquoi » et le « comment » de ce que nous nous sommes contenté de constater.
Mais ces constatations ont leur importance, car elles nous obligent à des réserves sérieuses dans le pronostic des brûlures électriques, et elles nous engagent conséquemment à envisager leur traitement sous Un jour un peu nouveau.