‹ Contribution à l'étude des Calculs AmygdaliensChapitre 7 sur 21 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Description et Anatomie pathologique

Avant d'aborder l'étude intrinsèque des calculs des amygdales, nous nous permettrons de parler, sans trop nous y attarder, de la glande amygdale elle-même. Nous chercherons à mettre particulièrement en lumière les particularités anatomiques et pathologiques susceptibles de jouer un rôle dans la genèse et les accidents des calculs.

Les amygdales ou tonsilles, constituées par des groupes de follicules clos, si nombreux dans la région pharyngienne, sont au nombre de quatre : les deux amygdales palatines situées entre les piliers du voile du palais, l’amygdale linguale, située à la base de la langue, et l'amygdale pharyngienne ou glande de Luschka, placée sur la paroi postérieure du pharynx, assez près des orifices des trompes d'Eustache.

Nous nous occuperons particulièrement des deux amygdales palatines qui sont les plus importantes, bien qu'à la rigueur les deux autres pourraient également être affectées de concrétions.

Les nombreux follicules clos qui constituent ces glandes

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sont séparés par des trames de tissu conjonctif que serpentent de nombreux vaisseaux sanguins et lymphatiques. Par leur face interne et libre, on voit une douzaine d’orifices qui correspondent à autant de lacunes situées dans le sein de la glande. Ces dernières appelées encore cryptes, de dimensions diverses suivant les individus, présentent des diverticules et sont tapissées par un épithélium semblable à celui de la muqueuse bucco-pharyngienne.

Sur leur paroi, l'examen microscopique Dit également découvrir les orifices de nombreuses glandes acineuses qui versent, dans l’intérieur des cryptes, leur produit de secrétion, destiné à lubrifier, comme les autres glandes de cette région, la cavité buccale et le bol alimentaire. Ces cavités ne sont pas uniformément réparties dans toute la glande. En effet, d'après le docteur Harrisson-Allen, de Philadelphie (1), il y a lieu de distinguer deux parties dans l'anatomie normale de l’amygdale pharyngée, une supérieure qui contient les cryptes et une inférieure qui n’en contient pas et dont par suite la surface est lisse. Entre ces deux portions bien distinctes, il y a toujours un espace plus ou moins considérable, une crypte recouverte d'un épithélium semblable à celui du pharynx.

Si nous insistons particulièrement sur le siège et les dimensions de ces lacunes, c’est parce qu’elles servent de réceptacle aux concrétions pierreuses. Il est bien évident que plus leurs dimensions seront considérables et leurs parois lâches, plus les concrétions pourront gagner en volume et plus les accidents de voisinage seront à redouter.

En effet, la glande amygdale repose par sa face interne

(1) Moure (Annales de laryngologie, rhinologie et otoscopie).

sur une couche de tissu cellulaire lâche qui communique librement, d'une part, avec celui du voile du palais ; de l’autre, avec le tissu cellulaire du cou. De plus, elle n’est séparée que par un plan musculo-fibreux très mince du paquet vasculo-nerveux constitué par la carotide interne, la veine jugulaire, le pneumogastrique, le grand hypoglosse, le glossopharyngien. On comprendra aisément qu’un corps étranger, placé dans l'amygdale, soit dangereux dans ces conditions; rugueux comme le calcul, 1l peut arriver à éroder, à perforer ce plan musculo-fibreux et aller irriter le tronc vasculo-nerveux.

L'amygdale, par suite des contractions musculaires que nécessitent la déglutition, la toux, le bäillement, la phonation etc., est soumise aussi à une série de mouvements assez étendus; le calcul qu’elle contient suivra aussi tous ses mouvements et, par suite de l'irritation qui s'y produit, il se formera une loge beaucoup plus étendue que ne le comporte son volume. Les grands mouvements de l’amygdale se faisant de haut en bas, la loge se formera dans la méme direction et, ou le calcul perforera l’amygdale et sera peut-être expulsé à la suite d’un effort quelconque, ou il se logera dans le plan musculo-fibreux comme cela est arrivé dans le cas que nous rapportons (Obs. 1).

L'ulcération et l’abcèdation de cette poche peuvent être les conséquences de l’irritation produite et on voit le danger d’un abcès dans une pareille règion.

En dehors des dangers ds voisinage auquel expose la présence d’un calcul dans les amygdales, il faut signaler les inflammations aiguës et chroniques liées à la présence de ce calcul. Nous verrons plus loin, en recherchant les causes de la formation des concrétions pierreuses, que l'hypertrophie

En

et les inflammations de la glande constituent une prédisposition sérieuse. Nous ne nous occuperons dans ce chapitre que des lésions consécutives.

Sous l'influence de ce corps étranger, la glande subira très souvent une certaine transformation. La vascularité en sera augmentée, la trame celluleuse interposée aux lacunes et à leurs diverticules augmentera de volume et gagnera en consistance, la paroi des cryptes sera épaissie, les sécrétions altérées et en même temps on verra apparaitre une augmentation notable des follicules clos. Toutes ces lésions sont bien celles que l'on observe dans l'amygdalite chronique ou hypertrophie des amygdales, hypertrophie telle que ces derhiéres/nse rapprochent lune:, delautre-£t opposent un obstacle sérieux à la respiration.

Il est bien évident aussi que l'inflammation de cette glande ne prendra pas toujours la forme chronique ; on verra apparaître souvent des poussées d'amygdalite aiguë se terminant par suppuration. Cette question des abcès et des inflammations sera traitée plus longuement dans le chapitre de la symptomatologie.Cesabcès sont dangereux pour plusieurs raisons; d'abord ils peuvent causer des accidents asphyxiques; ils peuvent se propager au tissu cellulaire voisin et fuser parfois, selon la remarque de Velpeau, à travers le tissu cellulaire du cou, jusqu'à la clavicule.

Si nous nous reportons à ce qui a été dit plus haut, il nous sera facile de déduire également les dangers que court la carotide interne, qui en présence de ces inflammations réitérées ayant pour effet de relâcher les tissus, se prête merveilleusement au contact rugueux des calculs.

Description.

«Le volume des calculs amygdaliens varie généralement de celui d’un pois à celui d’une noisette; ils peuvent être plus petits, lorsqu'il en existe plusieurs dans la même amygdale, mais ils sont rarement plus gros.

Hoffmann a vu un calcul de l'amygdale dont il nous donne le dessin et qui fut enlevé par excision chez une femme le 12 mars 1715. D’après la figure, ce calcul avait à peu près le volume, la forme et les inégalités extérieures d’une framboise.

Celui de Pomaret avait le volume d'une balle de mousquet; ceux de Baïlheron d'un noyau d'olive, d'une fève de haricot, celui de Knaus, d’nne noisette comme celui que nous avons enlevé. Le poids de ces concrétions varie de quelques décigrammes à deux ou trois grammes (Robin).

Le docteur Yearsley, de Londres en a observé un:qui présentait une disposition coralliforme. Suivant Cox, de New-York, leur développement serait parfois assez considérable pour opposer à l’excision des tonsilles un obstacle sérieux.

Leur couleur et leur consistance sont également assez variables. M. Guéneau de Mussy a rapporté l'observation d’un jeune médecin chez lequel les lacunes tonsillaires et les glandules du pharynx laissaient sortir de petites concrétions, allongées, arrondies, assez semblables pour la configuration aux osselets de l’ouie, les unes dures d’un blanc jaunûtre, les autres molles, comme du fromage, sans odeur, verdâtres et brunissant à l'air.

D’après Liégeois, tantôt ces concrétions sont formées par une matière blanche ou grisâtre, pulpeuse, s’écrasant facilement sous le doigt, exhalant une odeur fétide, tantôt ce sont de véritables calculs.

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