OBSERVATION II
Tuberculose ancienne des sommets, fibreuse, avec cavités. — Péritonite tuberculeuse généralisée, granulations trés confluentes ; poussée récente pleuro-pulmonaire. — Ulcérations intestinales récentes.
Tel a été le diagnostic, fait après autopsie dans le cas présenté par la malade qui fait l’objet de l’observation II et que l’on a pu voir à l’hôpital de la Croix-Rousse, salle Sainte-Clotilde, au lit n° 10, au moment où M. Devic faisait le service, L'âge avancé de la malade, comme dans l’observation I, fit admettre l’hypothèse de néoplasme gastrique ; la mort venue très tôt, après six jours de séjour à l'hôpital, comme dans notre premier cas, ne permit pas un examen suivi en vue d'un diagnostic plus ferme.
La malade s'appelle Claudine G..., veuve O... ; elle a soixante dix-neuf ans et demeure à Lyon où elle est née ; elle exerçait autrefois la profession de tulliste. Elle a toujours eu une bonne santé jusqu’à sa maladie actuelle qui remonte au mois de janvier ; elle n’est entrée à l’hôpital que le 9 juin 1894. Depuis de nombreuses années elle ne travaillait plus, ayant quelques ressources; elle ne faisait que son ménage. Elle à eu cinq enfants tous à terme ; trois sont morts de maladie indéterminée. Sans avoir fait de maladie sérieuse, à ce que disent ses enfants, elle toussait et s’enrhumait facilement. Au mois de janvier dernier elle eut la grippe et depuis ce moment sa santé a décliné; elle aurait craché abondamment pendant au moins deux mois, puis l’expectoration aurait à peu près complètement cessé. Elle n’a jamais eu d’hémoptysies. Elle commençait à se lever, lorsque, vers le milieu de mai, elle tomba en voulant monter dans son lit, mais elle n’eut ni vertige, ni perte de connaissance; elle ne put se relever seule. Après deux heures on la remit dans son lit et depuis lors, elle est alitée, |
Les jours qui suivirent sa chute, la malade remarqua de l’œdème des pieds et des mains. Actuellement cet œdème existe très localisé aux deux pieds et à la main droite, Sur les parois thoraciques le stéthoscope laisse une dépression.
L'’amaigrissement est très prononcé et a commencé à se manifester seulement depuis deux mois, mais la malade n’a jamais eu beaucoup d’embonpoint; pour le moment elle est dans un état de cachexie extrême. C’est à peu près depuis deux mois également qu’elle a perdu l’appétit et réduit de plus en plus son alimentation. Elle n’a jamais eu de vomissements ; elle a présenté des alternatives de diarrhée et de constipation ; quelquefois elle se plaignait de coliques, de douleurs abdominales et de faux besoins.
Pendant toute la dnrée du séjour à l’hôpital on n’a pas entendu tousser la malade une seule fois ; il n’y a pas eu d'expectoration. La température prise pendant les trois premiers jours a été trouvée matin et soir normale.
L’urine examinée une fois a été trouvée légèrement albumineuse; elle a du reste été émise en très petite quantité. L'état de faiblesse de la malade qui a été sans cesse en croissant, était tel qu'on ne pouvait l’ausculter convenablement ; elle prenait des lipothymies dès qu’on cherchait à l’asseoir.
Elle répondait à peine aux questions qu’on lui posait ; elle ne présentait pourtant pas de traces de paralysie et la force était en rapport avec l’état d’émaciation de la malade qui était vraiment extraordinaire. Elle ne se plaignait jamais, ne parlait pas et ne faisait que prendre quelques gorgées de lait ou de vin. Elle n’a jamais eu de vomissements ni de constipation ; les selles sont rares mais spontanées.
La palpation de l'abdomen était très peu douloureuse mais difficile à cause du météorisme; on ne sentait ni le foie, ni la rate. Les ganglions axillaires, sus-claviculaires, inguinaux, n'étaient pas augmentés de volume. La langue était un peu sèche, mais sans autre altération.
La malade a succombé dans un état d’affaiblissement progressif. Elle a été auscultée deux fois sans qu’on ait jamais entendu de ràles aux sommets, mais uniquement un murmure vésiculaire très
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affaibli, surtout aux sommets où l’on a trouvé de la submatité à la percussion.
Au cœur, on ne constate qu’un peu d’irrégularité surtout dans la force des battements plus que dans leur durée. Il n’y a pas de souffles.
Il n’y a pas d’escarre sacrée.
La malade est décédée le 15 juin 1894, après six jours de présence à l'hôpital,
Le diagnostic porté sur la feuille d'observation avant l’autopsie était : Cachexie extrême. Néoplasme gastrique ??
Autopsie, — Ce qui frappe à l’ouverture du cadavre, c'est une éruption extrêmement abondante de petites granulations tuberculeuses qu’on trouve semées sur l'intestin et sur le péritoine pariétal et viscéral. Le grand épiploon est recoquillé et réduit à une corde de la hauteur de 2 centimètres ; il est épais. Pas une cuillerée de liquide dans le petit bassin, La capsule surrénale gauche est en état de migration : on la trouve accolée à la grande courbure de l’estomac dans le grand épiploon. Mais il existe aussi une autre capsule surrénale gauche à sa place normale, ainsi qu’une droite physiologiquement placée.
L’éruption de granulations tuberculeuses existe jusque dans le petit bassin, tapissant la vessie et les organes génitaux.
Poumons. — Lésions anciennes du sommet, tant à droite qu’à gauche. Adhérences pleurales des deux côtés. Quelques nodules relativement récents mais à tendance fibreuse dans le poumon gauche. Pas de cavernes très volumineuses; aucune dans les
parties correspondant à la région sous-claviculaire. Beaucoup d’œdèine. Cœur. — 215 grammes.
Intestin grêle. — Petites ulcérations arrondies, cupuliformes, souvent réunies deux à deux, non entourées de zone de congestion. Pas d’adénopathie mésentérique, Rien au pylore. | Foie. — 750 grammes, un peu gros. Vésicule sans calculs, Reins. — Un peu gros ; poids, 115 grammes pour chacun, Rate, — 70 grammes ; pas de tubercules.
SAT! MES Estomac et duodenwm non dilatés; muqueuse non ulcérée ; pylore intact.
Poids du sujet, 28 kilogrammes ; taille, 1°61.
OBsERVATION III (Woillez).
Phitisie pulmonaire, arrivée à sa période ultime; absence complète des signes de cavernes à l'auscultation : autopsie ;
cavernes nombreuses aux sommets des poumons qui sont très volumineux.
Le 18 mai 1862, fut admis à l’hôpital Saint-Antoine, un homme âgé de quarante-cinq ans, dans un état de marasme extrême, avec dyspnée, toux, expectoration de crachats opaques assez nombreux. Le dépérissement avait été graduel et la maladie datait de plusieurs mois ; le pouls était fréquent et filiforme, la prostration considérable.
À l’auscultation, rien n’annonçait une lésion grave du côté du poumon; le bruit respiratoire était faible avec expiration prolongée aux deux sommets et il existait de l’aphonie sans trouble notable des autres fonctions.
Le marasme, joint aux phénomènes fonctionnels thoraciques fit admettre l’existence de cavernes aux sommets des poumons caverneux malgré l'absence de respiration et de pectoriloquie,
A l’autopsie, les deux poumons étaient très volumineux et ne se rétractèrent pas à leur sommet à l'ouverture du thorax; des cävernes nombreuses non béantes à l’incision du tissu pulmonaire existaient au sommet des poumons; deux de ces cavernes assez superficielles auraient pu loger une noix.
OBsERvATION IV (Woillez).
Phtisie pulmonaire à sa dernière période, sans signes de cavernes pulmonaires, constatées ensuite à l'autopsie,
Un homme âgé de cinquante-trois ans, journalier; se disant
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malade depuis plus de six semaines est admis le 30 janvier 1863 à l'hôpital Saint-Antoine, salle Saint-Augustin, n° 24. Son amaigrissement extrême démontre qu’il est malade depuis plus longtemps qu'ilne le dit. Il est, en effet, très faible depuis environ un an ; de plus, il a eu cinq ou six ans auparavant une inflammation pulmonaire, dit-il, par suite de laquelle il aurait expectoré perdant quinze jours des crachats sanguinolents ; la toux n’aurait pas continué depuis cette époque, mais serait revenue seulement dans les derniers temps. Quoi qu’il en soit, il a dû cesser ses occupations, il y a six semaines, lorsque de la diarrhée est venue se joindre à sa faiblesse.
A son admission, le malade est dans un état de marasme annonçant la période extrême d’une tuberculisation pulmonaire ; il y a perte complète d’appétit ; la langue est un peu sèche, le pouls petit a 90 pulsations; l'abattement est très grand : il y a dela diarrhée,
Il n'y a pas de douleur de poitrine; la dyspnée n’est pas très . prononcée en apparence et la quantité de crachats muco-purulents ‘ nageant dans un liquide muqueux doit faire admettre qu’il existe des excavations pulmonaires considérables.
Et pourtant les signes physiques sont loin de répondre à la gravité incontestable de la situation ; il existe en avant une submatité légère sous la clavicule droite à la percussion; mais à l’auscultation, l'examen le plus attentif ne peut révéler qu'une faiblesse prononcée du bruit respiratoire au sommet du poumon droit avec expiration prolongée, sans souffle, ni râles, ni retentissement exagéré de la voix.
La même absence des signes caractéristiques accompagne la toux qui provoque seulement un petit sifflet aigu perçu par l'oreille qui ausculte, | :
En arrière, au sommet droit, de même que dans le reste du poumon, on trouve la mème faiblesse du bruit respiratoire, sans autres signes; à gauche même résultat négatif des cavernes pulmonaires ; le bruit respiratoire est seulement moins faible que du côté droit.
Pendant les dix jours que le malade a passés à l'hôpital en s’affai-
blissant jusqu'à la mort, survenue le 9 février, le résultat de l'exploration n'a pas varié.
TR l’autopsie, on trouve que des adhérences intimes existent au sommet du poumon droit. Cet organe, après ouverture du thorax, remplit complètement la cavité qui lui est destinée; sa moitié supérieure est creusée entièrement de cavernes anfractueuses communiquant les unes avec les autres, les plus grandes pouvant loger une petite pomme; il n'existe aucune obstruction des canaux bronchiques qui se rendent à ces cavernes; le tissu pulmonaire est généralement infiltré de tubercules non ramollis.
Des cavernes bien moins nombreuses existent au sommet du poumon gauche qui est tout aussi volumineux que le droit, mais infiltré des tubercules moins nombreux. Cette augmentation de volume des deux poumons n’est pas due à l’emphysème; leur tissu est compact ; il semble que les tubercules ont envahi ces organes en ajoutant leur volume à celui du parenchyme pulmonaire sans en déterminer l’atrophie comme d’ordinaire; le tissu pulmonaire serait plutôt hypertrophié.
OBSERVATION V (Woillez).
Tuberculose pulmonaire; vaste caverne au sommet du poumon gauche, ne donnant liew à aucun signe particulier et constatée à l’autopsie.
Un malade âgé de quarante-huit ans, peintre en décors, d’une constitution médiocrement forte fut admis à l’hôpital Cochin, salle Saint-Jean, n° 6, le 27 mars 1865. Il toussait depuis cinq mois, et éprouvait une oppression habituelle, sans avoir eu d’hémoptysies, ni de douleurs de poitrine. Il avait dans ces derniers temps considérablement maigri et perdu graduellement ses forces; il était survenu de la diarrhée de temps à autre et il éprouvait parfois des frissons et des mouvements fébriles irréguliers presque chaque jour. Depuis une semaine les accidents fébriles et l’oppression avaient augmenté et l'appétit s'était complètement perdu.