OBSERVATION I
Le malade, âgé de 52 ans, entre dans le service au mois d’octobre 1928, envoyé par M. le Professeur Tixier, pour appendicite.
Antécédents : A été opéré d’une hernie dans le service.
L’affection actuelle remonte à cinq ans ; le malade fut alors pris de malaises, de coliques, phénomènes qu’il rattacha à l’estomac.
Depuis, il éprouva de temps en temps des coliques vraisemblablement appendiculaires durant quelques heures. Il garda toujours un point douloureux dans la fosse iliaque droite. Dernièrement, au début de septembre, il eut des coliques appendiculaires durant une nuit, sans vomissements. Le 20 septembre, véritable crise d’appendicite, état subfébrile (38°) ; la crise céda à une application de glace sur le ventre.
A l’entrée : malade en bon état général, dyspeptique. Abdomen souple, sans contracture.
La palpation décèle l’appendice superficie] derrière la paroi ; dur, douloureux, il roule sous le doigt.
1 te
Foie et rate non perçus.
Ni sucre, ni albumine dans les urines.
La température est tombée ; les fonctions intestinales sont normales. On perçoit au milieu de l’ombilic, trop haut pour être sûrement l’appendice, une masse diffuse, très sensible : il faut agir.
Intervention le 19 octobre 1928. Professeur Tixier, Docteurs Bertrand, Carcassonne.
Grande incision de Jalaguier immédiatement haute. On aperçoit le cæcum : ce n’est pas une appendicite.
Cachée derrière l’angle droit du côlon et l’épiploon, apparaît une grosse vésicule à parois épaisses, sous la forme d’une aubergine bleue. La palpation montre inclus dans le bassinet un gros calcul. Rapidement, on transforme l’incision de Jalaguier appendicite en incision de Jalaguier-Récamier foie. Il y a eu des poussées récentes d'infection vésiculaire. Il faut être prudent, faire le minimum.
1° Ponction et évacuation de la vésicule à l’aspirateur électrique.
2° Large taille vésiculaire.
3° A l’aide de petits tampons imbibés d’éther, on essore la cavité vésiculaire.
Au doigt, on va libérer le calcul qui est enclavé dans le bassinet : on le luxe et on l’amène au dehors.
4° On fixe la vésicule à la paroi.
5° Un gros drain permet à la bile de s’écouler directement au dehors.
6° Fermeture de la paroi.
Réflexion (Professeur Tixier).
a) Une cholécystite hydropique avec calcul unique du bassinet est rare chez un homme de 52 ans.
b) Le foie n’était pas abaïssé ; c’est un homme : cependant, la vésicule était très basse au point de simuler une crise d’appendicite.
RÉ
c) On a pratiqué une cholécystostomie parce qu’on voulait établir un drainage vésiculaire sans agir sur la voie biliaire principale indemne.
Suites opératoires (Docteur Carcassonne) : Alors que tout semblait aller bien, à la 48° heure, dans la nuit, le malade est pris de sueurs profuses; il se cyanose, présente de la dyspnée et un état général grave. Pouls à 100 avec intermittences.
L’écoulement de la bile par le drain est tari. On pense à une complication surtout pulmonaire du type bronchopneumonie massive de Voilez avec défaillance cardiaque plutôt que d’une complication d’ordre péritonéal, car labdomen est souple sans météorisme.
Devant l’état grave du malade, température montante, pouls défaillant, on se décide à instituer une thérapeutique héroïque : ouabaïne intraveineux (1/4 de milligr.), adrénaline (V gouttes par heure), solucamphre (2 ce.).
Le 22 octobre 1928, la température du malade est tombée ; la dyspnée est beaucoup moins intense. Le pouls à 100 est bien frappé, sans intermittence.
Submatité pulmonaire à droite. La pointe du cœur n’est pas perceptible à la palpation, mais l’auscultation montre qu’elle a une situation médiane, nettement déplacée.
On supprime l’ouabaïne vu la régularité du pouls et on la remplace par une potion avec infusion de poudre de feuilles de digitale, XX gouttes d’adrénaline par jour, 2 cc. solucamphre. Malgré la mobilisation du drain, l’écoulement de bile est toujours tari.
Le 27 octobre 1928, ablation du drain.
Le 9 décembre, la fistule s’ouvre à nouveau, laissant écouler un liquide à peine teinté de bile et en très petite quantité.
Le 14 décembre, la fistule se tarit définitivement.
PA | ee
Depuis, état général excellent. Le malade prend du poids. Bon résultat.
Le 22 décembre 1928, il quitte le service comp'ètement cicatrisé. Bonne paroi sans éventration.