‹ Contribution à l'étude des ClionidesChapitre 4 sur 28 · C. — Cliona celata massive · texte numérisé non relu

C. — Cliona celata massive

Beaucoup d’éponges perforantes sont, comme la Cliona celata, capables de s’accroître en dehors de leur abri primitif, Les transformations qu’elles subissent dans ce but s’opèrent, comme on le voit, progressivement, et la division en Clione revêtante et Clione massive ne correspond pas à des stades limités. Il a paru bon cependant de distinguer ici la Clione revêtante, pour faciliter l’étude du type et surtout pour bien marquer l'intermédiaire qui relie naturellement la C/iona celata perforante à ce qu’on a souvent appelé et qu’on appelle quelquefois encore le Raphyrus Grifithsii.

G. Johnston avait pourtant, dès 1842, considéré simplement la forme perforante et la forme massive comme deux variétés de l'Halichondria celata. Mais Bowerbank, frappé dé la constitution du squelette de la forme massive, pensa que c’était une éponge rapprochée à tort de la Cliona celata Gr. et la décrivit sous le nom de Raphyrus (n. g.) Grifithsi (n. sp.).

N'ayant pas vu cette forme, O. Schmidt était incapable de relever l'erreur, et pour lui (1) Raphyrus Grifithsii est une espèce distincte qu’il croit même reconnaître dans sa Papillina suberea.

J.-E. Gray (2) ne paraît pas l'avoir vue davantage ; il sépare

avec raison la Papillina suberea Schm. de l'éponge massive décrite

(1) Spong Adriat. Suppl. II, p.18, et Sp. Atlant. Geb. p. 71. (2) Proc. Zool. Soc. London, 1867, p. 516.

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par Bowerbank, mais il augmente la confusion en appelant d’une part Raphyrus Grifithsii la Papillina suberea de Schmidt, et d'autre part Raphyrus celatus le Raphyrus Grifithsii de Bowerbank.

Il faut arriver jusqu’en 1884 pour voir H. Carter rétablir en termes catégoriques le rapprochement opéré par Johnston : « La Cliona celata, après avoir détruit la coquille qu’elle perfore, vit sous

la forme libre que Bowerbank a appelée Raphyrus Grifithsü (1). >

Après avoir entièrement recouvert son ancienne demeure, la Cliona celata se montre de forme essentiellement variable etacquiert souvent de grandes dimensions (2). C’estune éponge généralement libre de toute attache au sol, toujours massive, aux contours arrondis, à la surface assez régulière et lisse entre les papilles. Elle est ferme au toucher et sa couleur offre deux tons, les papilles étant colorées en jaune plus intense que les intervalles qui les séparent. Ces papilles sont nombreuses, et on reconnaît parmi elles les différentes formes que nous avons étudiées, papilles osculaires et papilles à plateau entier ou percé d’un orifice évacuateur (PI. I, fig. 1). Elles ont d’ordinaire la même taille que dans la Clione perforante ; cependant, dans certains échantillons, les oscules prennent une importance spéciale : ce sont alors de larges orifices, arrondis ou à bord diversement découpé et assez peu mobile, occupant le sommet de petites tubérosités et donnant accès dans de vastes canaux qui pénètrent jusqu'au plus profond de l’éponge. Les oscules peuvent être épars, ou groupés par places, ou encore alignés le long d’une crête. En s’épanouissant, les papilles deviennent légèrement sail-

lantes au-dessus de la surface générale ; elles s’enfoncent au

(1) Proc. Acad. Nat. Se. Philad. part II, p. 207. — Cutaloque of marine sponges collected by M. Jos. Willeoæ on the west coast of Florida.

(2) Bowerbank cite un spécimen qui mesurait environ deux pieds de long, et un autre qui égalait à peu près la moitié d'une grosse noix de coco. Le volume de ceux que j'ai vus jusqu'à présent sur les côtes du Calvados n’excédait pas 8 centimètres cubes.

contraire en se contractant. La figure de la Monographie de Bowerbank (L e.,t. II, pl. LXIV) a été dessinée d’après un individu desséché ; elle ne saurait donner une idée de l'éponge vivante. Une couche corticale spiculeuse, épaisse et résistante, revêtue d’une cuticule jaunâtre, limite le corps de la Clione entre les papilles et se continue par sa face interne avec des piliers qui forment le squelette de la masse. Dans cette charpente, les spicules en épingle, cimentés de la même façon que ceux de l'écorce, se disposent suivant l’axe des piliers avec une faible obliquité, et de leur inclinaison en tous sens résulte un faisceau compact : on ne peut pas dire que leur direction soit constante, mais il est manifeste que la plupart d’entre eux tournent leur pointe vers l'extérieur. À chaque papille correspond une galerie qui contient les parties actives de l'éponge et ressemble absolument à celles qui sillonnent les coquilles perforées ; il n’y a de changé que leurs parois formées ici par les piliers spiculeux qui, en s’enfonçant, se divisent et laissent entre leurs branches des communications entre galeries voisines (PI. I, fig. 2). Un canal central parcourt la galerie ; il est divisé en segments par des diaphragmes cellulaires. Les parties charnues sont soutenues par des spicules en épingle qui ne diffèrent pas sensiblement de ceux des piliers ; les uns et lesautres sont très longs et mesurent 330-340 » en moyenne. On y trouve aussi des spicules capités grêles et de longs spicules acérés grêles, qui semblent manquer toujours dans les piliers. Les piliers forment un système continu traversant le corps de part en part, ou bien ils s’appuient sur ce qui reste de la coquille où la Clione s’est développée. Le squelette peut encore être compliqué par des cailloux siliceux , des tubes de Serpules ou de petites coquilles que l'éponge englobe en croissant. Il est remarquable que, dans la plupart des cas, les corps calcaires ainsi introduits dans la masse sont à peine attaqués, même ceux qu’on trouve àune assez grande distance de la surface. D’autre part, depuis le moment où elle a commencé à s’étendre au dehors, c’est

fort lentement que la Clione continue à cribler son abri primitif.

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Tout indique que l’activité perforante de la Cliona celata diminue dès lors au profit de son activité revêtante.

En résumé, la Cliona celata est une éponge perforante très polymorphe qui doit sa coloration à un pigment jaune d’or dont l'effet est amoindri par la présence à toute époque d’une matière grasse jaune pâle dans ses cellules conjonctives. Ses papilles ordinairement de grande taille sont de trois sortes, bien distinctes : papilles osculaires, papilles porifères et papilles mixtes. Ses galeries souvent irrégulières sont composées de lobes dont les cloisons calcaires sont fréquemment éliminées et remplacées par des diaphragmes contractiles soutenus par une charpente rayonnante de spicules. Il existe trois sortes de spicules, mais la production des spicules des membranes, courts, spiralés, épineux, cesse de bonne heure ; les spicules de tension avortent à peu près complètement et ne sont représentés tout au plus que par quelques rares faisceaux de spicules acérés, grêles et lisses ; les spicules du squelette, en forme d’épingle, remplissent donc l’emploi des spicules de toutes sortes ; ils sont longs et forts et courbés à l’union du tiers antérieur et des deux tiers postérieurs de leur tige. Dans la Manche, la Cliona celata déborde souvent de son abri calcaire et devient revêtante, puis massive, s’enveloppant alors d’un système dermique inattaquable et se constituant un squelette au moyen de piliers spicu-

leux solides.

$ 2. — Cliona vastifica novo sensu.

Parmi les nombreuses espèces créées par Alb. Hancock, il en est deux, Cliona northumbrica et C. vastifica, qu’une foule de raisons portent à réunir, ainsi qu'on s’en convainera bientôt. C'est l’espèce unique provenant de cette fusion que nous allons maintenant étudier.

La Cliona vastifica (novo sensu) est une éponge en toutes propor-

tions plus petite que la Cliona celata ; elle est presque aussi

commune qu'elle dans les eaux de Luc, mais elle s'approche un peu moïrs du littoral et ne se rencontre pas fréquemment sur les rochers qui découvrent aux syzygies. Des caractères ont plus de fixité que ceux de cette autre espèce : dans tous les individus, ses trois sortes de spicules existent en abondance et les lobes des ga-

leries restent limités par des septa calcaires.

Spiculation. — Chaque sorte de spicules remplit une fonction spéciale, et l'on distingue ici des spicules du squelette, des spicules de tension et des spicules des membranes.

Les spicules du squelette ont, comme eux de Cliona celata, la forme d’épingles. Leur tête est d'ordinaire parfaitement sphérique ; quelquefois elle devient ovoïde, cubique ou trilobée, ces déformations pouvant affecter tous les spicules d’une éponge entière. Leur tige est droite et s’atténue graduellement pour se terminer en une pointe aiguë (PI. VII, fig. 3). Leur longueur varie beaucoup avec les individus ; en moyenne, elle mesure 240 à 250 .

Les spicules de tension, bien plus nombreux, sont fusiformes, légèrement courbés vers le centre, terminés par deux pointes effilées et chargés de petites épines si mal marquées dans certaines Cliones qu’il est fort difficile d’y constater leur présence. Un canal très fin occupe leur axe, mais les épines permettent rarement de l’apercevoir. Il n’y a pas de rapport constantentre la longueur des spicules en épingle et celle des spicules acérés. Ceux-ci égalent tantôt le quart, tantôt la moitié, et, le plus souvent, le tiers de ceux-là. J’ai trouvé parfois des groupes de spicules de tension enyeloppés dans une couche de kératode jaunâtre.

Dès 1849, Hancock avait signalé les spicules capités et acérés ; nous savons que c’est en 1867 seulement qu’il découvrit ceux que nous considérons comme les spicules des membranes. Ces derniers sont très courts et leur longueur, qui ne mesure en moyenne que

13-15 #, n’atteint guère que 8 # dans certains cas. Comme Cliona

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northumbrica et C. vastifica ont été séparées surtout à cause de prétendues différences dans les petits spicules, il est nécessaire d'indiquer les formes diverses que ceux-ci sont susceptibles de présenter. Si l’on observe des échantillons choisis aussi semblables que possible, dans le plus grand nombre on trouve les petits spicules spiralés, nettement ou faiblement épineux, avec les extrémités arrondies et légèrement recourbées ; sous cet aspect, ils sont, au dire de Hancock, propres à la Cliona northumbrica.

Dans les autres, ils caractérisent la Cliona vastifica et se montrent épineux, droits pour la plupart ou bien deux ou trois fois coudés et tronqués aux deux bouts. La profonde ressemblance des échantillons examinés faisait naître sur l'opportunité de la distinction établie des doutes que vient confirmer la considération suivante : on rencontre quelquefois les deux formes réunies dans un même individu.

Dans quelques spécimens de Cliona vastifica n. s., chaque sorte de spicules possède une forme grêle ; les spicules acérés grêles sont lisses et ne différent pas, non plus que les spicules capités grêles, de ce qu’on voit dans la Cliona celata. Quant aux petits spicules grêles, ils ont ceci de remarquable qu'ils se rapportent aux spicules de Cliona vastifica Hanc., alors même que les spicules

développés sont ceux de €. northumbrica Hanc.

Histologie. — La description des cellules contractiles et vibratiles de Cliona celata convient aux mêmes éléments de Cliona vastifica. |

Les cellules conjonctives de cette dernière sont, comme celles de la plupart des Eponges, incolores et composées de petites sphérules protoplasmiques brillantes, parmi lesquelles on entrevoit un noyau clair.

Ainsi que les cellules vibratiles, les cellules digestives contiennent des granules d’un pigment rouge orangé, insoluble dans

l’eau douce, soluble dans l’alcool et l’éther : c’est une variété de la

zoonérythrine : une goutte d’acide sulfurique transformeen bleu sa coloration et le sulfure de carbone le dissout sans changement de couleur ; mais si on le traite au préalable par un acide, par une base et par l’alcool absolu, il se dissout dans le sulfure de carbone en donnantune coloration rose (1).

La plupart des Cliona vastifica étant d’un beau rouge orangé, quelques-unes sont seulement jaunâtres ; les quantités relatives de pigment déterminent ces variations individuelles. Par la dessiceation l'éponge peut devenir d’un jaune d’ocre pâle ou se décolorer complètement.

Les œufs mûrissent en septembre et octobre ; ils ne diffèrent

des œufs de Cliona celata que par leur couleur orangée.

Papilles. — Les papilles porifères, dont la distribution dépend de la direction des galeries dans l’objet perforé, font saillie par des orifices dont le diamètre mesure rarement plus d’un demi-millimètre. On aperçoit souvent parmi elles quelques papilles larges d’un millimètre environ, qui servent à l’exhalation ; mais dans beaucoup de spécimens les oscules sont indistincts.

Leur hauteur étant sensiblement égale à leur largeur, ces différents organes s'élèvent fort peu au-dessus du calcaire qu'ils traversent.

Ils ont tous même constitution anatomique. Ce sont des cylindres creux dont la base inférieure est nettement limitée au contact des tissus du lobe sous-jacent, et dont la base supérieure porte une couronne de faux tentacules. Leur charpente se compose de spicules du squelette et de spicules des membranes. Les

spicules acérés ne se trouvent jamais dans les papilles des Cliones,

(1) Par l'emploi de ces réactifs, C. de Mérejkowsky a constaté que beaucoup de pigments (Vélelline, Echinastrine, etc.) sont en rapport intime avec la Zoonérythrine et peuvent être transformés en celle-ci. — Bullet. Soc. Zool. de France, 1883, p. 81. Vouvelles recherches sur la Zoonérythrine et autres pigments animaus.

ARCH. DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — 2€ SÉRIE. —T. V bis, SUPPL, 1887, — 4e Hfém. k.

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si l’on excepte, cela s’entend, certaines espèces, telles que la Cliona labyrinthica, où ils existent seuls. La paroi interne du cylindre, plus ou moins irrégulière, peut, par places, être proéminente dans la cavité centrale, toujours relativement vaste. Le corps de la papille est formé de cellules contractiles et conjonctives et de cellules pigmentées. Une pellicule revêt ses flancs sur lesquels abondent les spicules spiralés épineux. Les spicules en épingle se groupent en faisceaux verticaux au milieu de la masse cellulaire (P1. I, fig. 4 et 5). Les spicules des membranes sont en nombre assez restreint dans les deux tiers inférieurs de cette masse, mais ils s'accumulent dans son tiers supérieur en un bourrelet circulaire épais. En ce point la gorge de la papille est tendue d’une membrane contractile incolore, chargée de ces mêmes spicules, qui s’écarte pour laisser sortir l’eau, s’il s’agit d’un oscule, et qui, dans le cas contraire, se perce d’orifices toujours changeants et joue le rôle d’un tamis au même titre que le plateau des papilles de Cliona celata (PI. IIL, fig. 6). Enfin, au-dessus du bourrelet se découpent les pseudo-tentacules, simples prolongements des faisceaux de spicules du squelette qu’accompagnent des spicules spiralés et qu’enveloppe du tissu contractile. Au fond de la cavité s’ouvre un canal aquifère.

Dans les papilles qui se contractent, les orifices de la membrane disparaissent et les tentacules se recourbent au-dessus de la cavité centrale pour en défendre l’entrée. Pour qu’ellesentrent en activité, les pores dermiques s’ouvriront et les languettes spiculeuses se redresseront et souvent même se rejetteront au dehors.

Quand les spicules fasciculés sont parallèles à l'axe de l'organe, on ne voit, de face, au milieu de la masse cellulaire, que leur coupe optique ronde et brillante. Il semble que Carter ait pris ces points clairs pour les pores des papilles dela Cliona corallinoides (1).

Parmi les papilles arrivées au terme de leur développement, le

(1) Ann. Mag, nat. hist, 4e série, t. VIII.

microscope révèle fréquemment à la surface des coquilles minées par la Cliona vastifica la présence de très petites perforations où s’établissent des papilles nouvelles.

Il reste encore un fait à signaler au sujet des papilles : c’est la différence, constante autant que j'ai pu m’en assurer, de leur coloration sur les deux faces des valves de Lamellibranches attaquées par l'éponge. La face externe des Pecten, des Ostrea, des Cardium, etc., un peu colorée par elle-même, peut présenter des papilles du plus beau rouge orangé, et leur face interne blanche est perforée uniquement par des papilles jaune pâle. Il est bien certain que sur une pierre on verra toujours les papilles les plus foncées du côté qui était exposé à la lumière, mais on ne saurait admettre que les valves détachées reposent invariablement sur leur face interne. Pour quelques coquilles, l'embryon de Clione peut s'être fixé sur leur face externe, maisle retard qui est quelquefois apporté dansla production de papilles à leur faceinterne n’explique pas une différence de coloration qu'on chercherait en vain sur les papilles qui continuent à se former sur la première de ces faces, alors que les ravages de l’éponge se sont depuis longtemps étendus

à la seconde. Peut-être y a-t-il là une accommodation spéciale ?

Galeries et lobes (PI. III, fig. 1). — Les galeries creusées au début de la vie contiennent des ramifications assez déliées du corps de l’éponge ; celles de l'adulte gardent quelquefois leur disposition en réseau, mais la plupart du temps la Cliona vastifica perfore avec énergie et crible les coquilles attaquées au point de ne laisser entre ses lobes que de minces cloisons calcaires. Ces séparations sont toujours respectées, et c’est seulement dans les vastes cavités préexistantes que les lobes s'appuient directement les uns sur les autres. |

A la surface des objets perforés, les lobes communiquent avec l'extérieur par une et très souvent par deux papilles ; dans la

profondeur, ils sont en rapport entre eux par des orifices étroits

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ménagés dans les cloisons, sur lesquels s'étend un diaphragme contractile. |

En moyenne, les lobes mesurent 2 mm. 112 delong sur Z mm. de large et à peu près autant de haut. Leur structure ne diffère que par des détails de ce qu’on a vu dans la Cliona celata : il n’y a dans les diaphragmes aucune orientation remarquable des spicules acérés et spiralés qui les soutiennent ; le revêtement des canaux aquifères est parsemé de petits spicules des membranes, et la chair des lobes est pleine de spicules de tension disposés sans ordre; enfin, représentant le squelette, des traînées de quelques spicules en épingle traversent les lobes et semblent se continuer de chaque côté des cloisons, les pointes marquant presque toutes le sens de l'accroissement de l'éponge.

Les surfaces libres naturelles de la Clione, et, par exemple, celles qui bouchent l’entrée des tubes de Serpules, sont incolores entre les papilles qu’elles peuvent porter ; elles sont couvertes d’une cuticule et présentent les trois sortes de spicules : une quantité considérable de spicules spiralés qui se pressent immédiatement sous le revêtement externe, un assez grand nombre de spicules en épingle perpendiculaires à la surface et tournant leur pointe vers l’extérieur, et, entre ceux-ci, des spicules acérés qui s’entre-

croisent pour augmenter la compacité du feutrage.

Gemmules. — La Cliona vastifica se multiplie par gemmules. Sur la côte du Calvados, presque tous les individus bien développés possèdent de ces corps reproducteurs qui jusqu’à présent ont passé inaperçus, malgré leur taille et leur coloration.

L'existence de gemmules n’avait encore été constatée que dans les éponges d’eau douce et dans une éponge fibro-siliceuse marine provenant des îles Shetland, nommée par Bowerbank Diplodemia vesicula (1). La description des fibres de cette dernière a porte

0. Schmidt à penser que l’échantillon unique de Diplodemia pourrait

(A) L.e.,t. LI, p.357; t. III, pl. Lxx.

être simplement un fragment ou une forme jeune d’une Chalinée (1). Cette hypothèse me paraît confirmée par ce fait que j'ai découvert, pendant l’été de 1887,des gemmules dans deux Chalinées communes à Luc : dans le pied de la Chalina oculata Bow. d’une part, et d’autre part dans la Chalina gracilenta Bow., à la surface des pierres et des coquilles qui lui servent de support. J’ajouterai que ceque H.-J. Carter prenait pour les œufs de Suberites domuncula (2) n’est autre chose que des gemmules au contact du support de l'éponge. On les retrouve encore avec les mêmes caractères dans Suberites ficus. IL existe les rapports de structure les plus étroits entre les gemmules des Spongilles et celles des Chalina, des Suberites et de Cliona vastifica. Mais ces dernières sont toutes dépourvues de spicules spéciaux rappelant les spicules uni ou bi-rotulés des Spongilla recurvata et Sp. fluviatilis, par exemple. Celles des Suberites sont même complètement dépourvues de spicules.

Les gemmules de la Olione sont cachées dans les lobes. Leur couleur est rouge vif, ou jaune pâle dans des cas exceptionnels. Leur forme typique est ovoïde, un peu déprimée ; elle peut d’ailleurs varier jusqu’à devenir tout à fait irrégulière. Leur taille n’a rien de fixe, mais est toujours relativement considérable, et fréquemment leur longueur mesure près de 2 mm. et leur largeur 1 mm.lj4.Un petit nombre de lobes seulement renferment des gemmules, et c’est assez l'habitude qu’ils occupent alors une même région de l’éponge ; dans la règle, chacun d'eux ne contient qu’une gemmule, bien qu’il ne soit pas rare d’en trouver deux ou davantage, séparées ou accolées et soudées.

La gemmule adhère fortement aux parois des galeries par sa face profonde qui se moule sur les fossettes dont elles sont creusées ;

cette partie n’a d’autre protection que le calcaire, mais tout le reste

(1) Grundz. Sp. Faun. Atl. Geb. 1870, p. 77: « Diplodemia vesicula scheint ein Bruchstück oder Jugendzustand einer Chalinee zu sein ».

(2) Ann. and Mag. of nat. hist. 5e série, t. XII. On the ovigerous layer o1 Suberites domuncula.

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de la surface, plongé dans la chair de l'éponge, est recouvert d'une membrane anhiste qui prend attache tout autour sur la paroi du lobe (PI. III, fig. 2 et 3). C’est, comme partout ailleurs, une production kératodique transparente, jaunâtre et résistante, d’une épaisseur notable. On met facilement à nu le corps ainsi nettement limité, mais il est moins aisé de le détacher. La masse est compacte, ferme au toucher, l’intérieur étant rempli d’éléments cellulaires serrés et de spicules. Les éléments cellulaires, vivement colorés, ressemblent à ceux des gemmules des Spongilles, des CAalina, ete. ; ils sont gros, polyédriques par compression réciproque, assombris par une accumulation prodigieuse de granules ronds qui cachent le noyau(Pl1. IT, fig. 7). 11 peut y avoir dans les gemmules des spicules des trois sortes, ou de deux sortes seulement, ou même d’une seule sorte, n'importe laquelle ; enfin j’ai examiné quelques Cliones où les spicules y faisaient complètement défaut ; mais, en général, ils y abondent : ils sont surtout nombreux à la périphérie et s’y déposent tangentiellement à la masse et parallèlement entre eux pour doubler la membrane d’enveloppe ; au milieu des cellules, ils sont répandus au hasard.

On trouve souvent parmi eux des productions siliceuses épaisses et courtes qui semblent être des spicules en épingle monstrueux. La figure 8, planche IT, en montre toute une série prise dans une seule gemmule ; on en voit de fort petites, parfaitement sphériques, de plus grosses rondes ou ovalaires, d’autres où s’accuse un rudiment de tête, d’autres enfin dont la tige, présentant un canal axial, s’allonge et se termine en une pointe fort obtuse. Sans en avoir observé une séris aussi complète, Bowerbank avait rencontré de ces spicules monstrueux, car il en signale dans Halicnemia patera les formes spinulées qu’il regarde comme des spicules jeunes dont la tête est développée et dont la tige s’atténuera en

s’allongeant (1). Il paraît hasardeux de partager cette manière

(DAC ET TPS EL Die

de voir, car ces corps siliceux sont rares dans les tissus de Cliona vastfica et des autres Cliones, et ce n’est guère que dans les gemmules en, question qu’ils existent profusément. L'état jeune des spicules en épingle doit être représenté plutôt par les spicules grêles capités qui sont nombreux dans nos trois Cliones, particulièrement dans les Cliona celata à 2 ou 3 papilles et dans les points où cette éponge devient revêtante.

Les gemmules des Spongilles s'organisent en automne et évacuent leur contenu au printemps. Dans la Cliona vastifica, elles n'arrivent pas à maturité toutes à la même époque, car on les trouve toute l’année, même pendant que s’effectue la reproduction par voie sexuelle.

Quant à la facon dont elles sont mises en liberté, à défaut de données précises, voici ce qu’on peut supposer à ce sujet : leur enveloppe, ne portant pas la moindre trace d’un orifice naturel, doit se détacher pour laisser sortir son contenu ; et, comme beaucoup d’entre elles acquièrent une taille qui ne leur permettrait pas de passer, rigides comme elles le sont dans leur coque, par les oscules, il est présumable qu’elles se dépouillent de leur revêtement incomplet dans l’intérieur de l’éponge . Toutefois je n’ai pu consigner à l'appui de cette hypothèse qu’une seule observation de membrane vide dans les tissus.

Les gemmules ont une protection tellement efficace qu’elles sont capables de résister à des influences funestes à l’éponge, et l’on drague assez souvent des coquilles où il ne reste d’autres vestiges de la Clione qui les a minées que ces corps rouges adhérant au

calcaire et en parfait état de conservation.

Les premiers essais tentés pour déterminer la Clione à gemmules me laissaient toujours hésitant, car, en tâchant de tenir compte des faibles différences indiquées par Hancock entre les Cliona northumbrica et C!. vastifica, je ne trouvais presque jamais à la fois

tous les caractères de ces deux espèces : coloration intense ou lé-

pe

gère, spicules acérés égaux au tiers ou au quart des spicules en épingle, spicules spiralés arrondis ou tronqués aux deux bouts, etc.

L’examen d’une foule d'échantillons, et, pour diminuer autant que possible les chances d'erreur, d'échantillons possédant des gemmules, a montré : 1° que la couleur de l’éponge peut être rouge (et alors la Clione devient jaune d’ocre comme Cliona northumbrica en se desséchant) (1) ou simplement jaune (et elle est blanchâtre de même que Cliona vastiñca après dessiccation) ; 2° que les papilles sont alignées si les galeries sont peu nombreuses, éparses dans le cas contraire, et que les oscules restent indistincts ou acquièrent un diamètre double de celui des papilles porifères ; 3° que les plus grandes variations s’observent dans les rapports de longueur des spicules acérés aux spicules en épingle ; 4°et que, comme il a été dit plus haut, l’on trouve les spicules spiralés des deux prétendues espèces tantôt séparés et tantôt réunis dans un même individu. Il est nécessaire d'ajouter que tous ces caractères varient indépendamment les uns des autres.

Ces considérations autorisent à opérer la fusion des deux Cliones, dont Hancock n'avait en somme étudié qu’un petit nombre de représentants. Et, bien que les spicules spiralés aient le plus souvent la forme qui devait servir à faire reconnaître Cliona northumbrica et qui semble être typique, le nom de Cliona vastifica a été conservé de préférence à l’autre, parce que, loin d’être localisée sur les côtes du Northumberland, cette éponge habite toutes les mers.

Voici, en résumé, les caractères de Cliona vastifica (novo sensu) : Eponge perforante rouge ou jaune orangé, composée de lobes en série ou pressés les uns contre les autres et communiquant entre

eux par des orifices étroits pratiqués dans le calcaire. Papilles pe-

(1) Hancock n’a eu entre les mains que des spécimens desséchés.

tites, parmi lesquelles ne se distinguent pas toujours les oscules. Spicules de trois sortes, sans atrophies : spicules du squelette spinulés, à tête globuleuse, ovalaire ou trilobée, longs en moyenne de 240-250 « ; spicules de tension acérés, épineux, courbés, atteignant rarement la moitié de la longueur des précédents ; et spicules des membranes très courts (en moyenne 13-15 « de long), spiralés, épineux, à extrémités généralement arrondies et un peu

recourbées. Reproduction par voie sexuelle et par gemmules.

$ 3. — Cliona lobata, Hancock.

Hancock, qui créa l'espèce, n’en avait vu que deux spécimens desséchés, l’un sur une Æaliotis tuberculata de Guernesey, l’autre sur une Ostrea de la côte Ouest de l’Ecosse. J’en ai, pour ma part, examiné une vingtaine, et je suis certain d’en avoir laissé passer bon nombre dans les dragages. L'espèce n’est donc pas très rare à Luc, maisses papilles pâles et exiguës sontdifficiles à découvrir au milieu des productions diverses dont les vieilles coquilles sont presque toujours chargées.

Par suite de l’atrophie complète des spicules de tension, il n’y a que deux sortes de spicules (PI. VII, fig. 2). Ceux du squelette sont disposés en traînées assez pauvres dans les lobes et constituent la charpente des papilles. Ce sont encore des épingles, courbées ou droites, qui atteignent, dans les Cliones vigoureuses, 250 x de long et 4 « de large au-dessous de la tête. Le plus souvent la tête est surmontée d’une pointe obtuse très courte et se montre trilobée ; mais elle est fréquemment sphérique.

Les spicules capités grêles sont abondants. Pas plus ici que dans les deux éponges déjà étudiées, ils n’entrent jamais dans la composition des papilles.

Les spicules des membranes jouent en même temps le rôle de spicules de tension. Ils sont cylindriques, en zigzag, épineux.

Une même préparation en renferme de toutes dimensions, depuis

La

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des bâtonnets finement et entièrement épineux, droits ou une seule fois coudés, et des petites étoiles de cinq #, jusqu’à des spicules robustes 9-10 fois coudés, presque lisses, à l’exception de leurs angles qui portent quelques pointes aiguës. Ces derniers peuventne pas mesurer moins de 60-65 # de long sur 4» 112 de large ; mais parfois, avec la même longueur, ils sont à peine épais de 1 #et ne sont armés d’épines qu’à leurs extrémités.

Le diamètre des papilles porifères n'excède pas 150 #, et il faut compter le double environ pour celui des oscules ; la hauteur de ces divers organes ne dépasse pas la longueur d’un spicule en épingle. Les papilles de la Cliona lobata sont donc excessivement petites et ne font nullement saillie à la surface du corps perforé ; leur nombre est considérable, mais comme il varie pour chaque lobe, on les trouve irrégulièrement distribuées (PI. III, fig. 8).

D’après ce qui vient d’êtredit, on comprend que dans la charpente des papilles il n’y ait qu’une seule hauteur de spicules; ceuxci se groupent par 5-6 en 7 ou 8 faisceaux et s’orientent, commetoujours,la pointe vers l’extérieur. Lesfaisceaux découpentla papille en autant de pseudo-tentacules capables de s’incliner audessus de la cavité centrale pour en fermer l’entrée. Les spicules des membranes abondent naturellement au milieu des spicules du squelette et s'accumulent autour des pointesde ceux-ci; remarquons pourtant que ce sont surtout les petites formes qui se rencontrent là et qu’il faut chercher les plus grandes dans les galeries. (P1. III, fo-0):

D'ordinaire, la Cliona lobata est branchue et les oscules sont situés aux points où les galeries se croisent. Les lobes, plus ou moins arrondis et larges tout au plus de 1" 112, sont séparés par des diaphragmes contractiles sans structure particulière. Ici comme dans les Cliona celata et vastifica, chaque lobe peut communiquer avec le dehors par des orifices percés dans les deux faces de la coquille attaquée, si celle-ci est assez mince, s’il

s’agit, par exemple, d’une valve de Mactra ou de Pecten opercularis.

‘ Les éléments cellulaires (PL. III, fig. 10), et surtout les cellules vibratiles, sont, dans la plupart des cas, de plus grande taille que ce qu’on a coutume de voir dans les Cliones. Les cellules conjonctives sont incolores. Le pigment jaune de l’éponge est contenu dans les cellules vibratiles et les cellules digestives. I1 nya rien à ajouter à ce que nous avons dit de la répartition des divers éléments dans la Cliona celata.

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Je n’ai pas eu occasion d'observer la Cliona lobata en voie dereproduction.

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