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OBSERVATIONS SUR LA BIOLOGIE DES CLIONES

Ki

Par quel procédé les Clionides parviennent-elles à creuser leurs retraites ? C’est ce qu’on ne saurait dire exactement. Des recherches récentes ont montréque des corpuscules calcaires dont la forme est plan convexe sont détachés, puis rejetés à mesure que l’éponge grandit et s’enfonce, mais on ignore s’il s’agit simplement d’un phénomène mécanique difficile à expliquer, ou si ce phénomène est accompagné d’une action chimique; on se demande enfin quelle influence détermine la forme constante des corpuscules.

Maintenant que nous connaissons bien l’être qui perfore, l’examen d’un corps perforé devient indispensable. La solution du problème doit nous échapper encore, mais du moins cette étude ne sera pas infructueuse : elle nous révèlera certaines erreurs commises par les auteurs concernant l’état de la surface de l'éponge au contact des parois de ses galeries et nous permettra de discuter avec avantage le rôle d’un acide dans l’acte de la perforation.

Le choix s’est porté sur une valve supérieure d’Ostrea edulis,

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parce que, composé de plusieurs couches bien définies, ce corps

semblait propre à fournir des indications intéressantes.

Etude d'une valve supérieure d’Ostrea edulis perforée par une Clione.-— Des lames calcaires solides et transparentes constituent, comme on sait, la majeure partie de la valve. La figure 1, pl. IV, représente, arrachée à l’une de ces lames, une esquille dont la surface est irrégulière à cause des cassures provoquées. On y voit, du côté gauche, la paroi d’une galerie large creusée de fossettes relativement vastes correspondant aux corpuscules détachés par l'éponge. De tout corpuscule la face qui vient d’être mise à nu est arrondie, mais l’autre porte les empreintes de ceux que la Clione a dû enlever pourarriver jusqu’à lui. Ou comprend que ceux-là seuls soient réellement plan-convexes que l’embryon a découpés en entamant la surface sur laquelle il s’est fixé. Les autres reçoivent des formes dont la figure 13, pl. III, donne une idée. Des striations fines s’observent souvent à leur surface, qui sont dues simplement à la texture du calcaire. La Clione contient presque toujours une grande quantité de corpuscules dans ses canalicules au voisinage des parties sur lesquelles s’exerceactivement sonpouvoir destructeur (fig. 12, pl. LIT) ; ils suivent les méandres du système aquifère et sont évacués avec les matières non assimilables. Dès qu’une éponge perforante, placée dans une eau bien calme, ouvre ses orifices, le courant exhalant rejette les corpuscules qui s’entassent en une poussière blanche au pied de chaque papille osculaire.

Pierres, coraux ou coquilles, les abris divers sont minés de la même façon par toutes les Clionides, et l’aspect des parois des galeries est partout semblable. Les fossettes dont nos trois espèces indigènes pointillent leurs paroïs mesurent le plus souvent environ 45 x de diamètre. Mais le volume des corpuscules varie beaucoup avec les points observés,comme le montrent, dans la fig. 1, pl. IV,la coupe d’une petite galerie et le dessin d’une galerie en formation ;

et, si l’on excepte la Cliona quadrata Hane. dont les logettes sont

plutôt cubiques que sphériques, il semble bien difficile de reconnaître les espèces d’éponges perforantes à l'inspection des cavités qu’elles creusent.

Entre les assises calcaires normales sont intercalées par places des lames de conchyoline plus ou moins étendues qu’on ne saurait déchirer sans un effort appréciable. Leur teinte varie avec leur épaisseur qui, généralement assez faible, est cependant susceptible de mesurer près d’un demi-millimètre (cela dans certaines huîtres exotiques). Elles sont donc, suivant les cas, jaune verdâtre, jaunes ou jaune orangé, presque rouges. Ces lames tantôt sont homogènes et tantôt contiennent, enfouis dans leur substance, une grande quantité de très petits cristaux cubiques de carbonate de chaux qu’on ne peut énucléer qu’au moyen d’un grattage violent. Le calcaire, au contact de la face externe de ces lames, ne présente aucune modification d'aspect, mais, du côté interne, il est, sur très peu d'épaisseur, lactescent, semi-fluide. Les couches adjacentes de part et d'autre laissent un dépôt blanchâtre abondant quand on les traite par l'acide azotique..

Les propriétés de la conchyoline sont connues : la résistance de cette substance aux acides est ici particulièrement intéressante,

Toutes les fois qu’en se ramifiant une Clione rencontre une lame de conchyoline, elle la traverse pour s'étendre, quelles qu’en soient d’ailleurs l’épaisseur et la consistance. Si la lame est mince, l’éponge la découpe en prismes polygonaux qui ont son épaisseur pour hauteur (PI. IV, fig. 3); mais si la perforation ne peutêtre achevée d’un seul coup, la Ülione procède en détachant des corpuscules semblables à ceux qu’elle taille dans les assises calcaires (PI. IV, fig. 7). Les prismes et les corpuscules n’ont pas les mêmes dimensions dans tous les points attaqués.

Lorsque la conchyoline est parsemée de petits cristaux, bien que ceux-ci soient éminemment destructibles par les acides, l’éponge ne cherche jamais à en tirer profit et les lignes de découpure peuvent

remplir tout l'intervalle entre deux cristaux voisins. Jamais on ne

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voit sur les contours des corpuscules extirpés de vides correspondant à des cristaux dissous (PI. IV, fig. 4). La conchyoline ne paraît nullement entraver la marche de la Clione, et l’on rencontre des perforations de minces lamelles de cette substance qui continuent directement celles du calcaire situé à leur contact (PI. IV, fig. 8).

A travers la couche nacrée qui limite la valve intérieurement s’aperçoivent des régions irrégulières, très blanches, où, au lieu d’être disposé en plaques solides et transparentes, le calcaire se montre très friable, riche en matière organique, formé d’un enchevôtrement de petites aiguilles et opaque sous une faible épaisseur ; il est encore stratifié, mais ses assises, séparées par des lames transparentes, paraissentstriées verticalement. Ces régions sont perforées comme le reste de la coquille et les corpuscules dont la Clione prend la place n’ont en eux rien de remarquable (P]. III, fig. 14).

À l’extérieurs’étendentdeslames feuilletées brunâtres confondues vers la charnière, mais indépendantes vers le bord postérieur de la coquille. La matière organique qui entre dans leur composition forme des mailles remplies de calcaire, colonnettes prismatiques, faciles à diviser dans le sens vertical et dans le sens horizontal. On réussit à étudier l’action de l’éponge sur cette couche des prismes en cherchant des feuillets minces qui sont quelquefois interposés entre les lames épaisses. La Clione, sans tenir compte des alternances de calcaire et de conchyoline, taille dans la masse des corpuscules composés qui ont le même volume et la même forme que de coutume (PI. IV, fig. 2).

Les perforations de la face interne méritent davantage d'attirer l'attention. Quand le mollusque producteur de la valve est mort avant que les galeries de la Clione n’aient atteint la nacre, l’œuvre de destructrion s’achève naturellement, comme s’il s’agissait des couches profondes (PI. IV, fig. 8). Mais si l’huître est encore vivante au moment où l'éponge menace d'établir des papilles sur cette face, les choses ne se passent pas de la même facon. Certains mollusques

1 . . . , suttent contre l'invasion du parasite en déposant un bouchon cal-

caire sur chaque blessure : l’intérieur des coquilles d’Haliotides, notamment, estsouvent couvert de tubérosités qui n’ont pas d’autre raison d’être. Dans l’huître, que nous étudions, la coquille subiten chaque point attaqué une modification qui consiste en l'apparition d’une lame mince et étroite de conchyoline sans cristaux, visible à l'œil nu comme une petite tachejaune verdâtre (PI. IV, fig. 10). Les annélides qui pénètrent dans les valves d’huîtres provoquent exactement le même phénomène et les parois de leurs trous sont aussi colorées en jaune verdâtre par la conchyoline. J’ajouterai que la face interne des valves du Pecten maximus, qui semblent être rarement perforées du vivant de l’animal, offre des taches brunes ayant la même signification lorsque les prolongements des Cliones essaient de se frayer un passage à travers elle. Nous savons que la conchyoline ne peut être considérée comme un obstacle sérieux au développement de l’éponge qui, de fait, la morcelle avant ou après la mort du mollusque (P1. IV, fig. 9). Dans ce dernier cas, elle peut en toute liberté agrandir ses papilles, et celles-ci deviennent peu à peu aussi importantes que celles dont le côté externe de la valve est criblé.

Tout ce qui vient d’être dit s'applique aussi à cette plaque épaisse, dure, riche en matière organique traçant des bandes rougeâtres parallèles, sur laquelle prend insertion le muscle adduc-

teur des valves.

On chercherait en vain dans les excavations faites par la Clione les indices d'agents spéciaux de la perforation.

Tout ce qu’il est possible d'observer parfois au voisinage des galeries, ce sont de longs filaments jaune verdâtre ou verts qui se ramifient dans les parties non encore attaquées de la coquille , se dilatent légèrement de place en place et s’anastomosent ou s’entrecroisent en toussens. (On voit un de ces filaments en #4 de la fig .1, pl. IV). Nassonow, en étudiant sa Cliona stationis, les a considérés

(L. c., p. 302) comme des prolongements très fins, sans cellules

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visibles et sans squelette, du corps de l'éponge, dont le rôle serait de marquer les points où doit s'exercer l’action perforante. Leur coloration indiquerait que le mésoderme contribue pour une grande part à leur formation, car le pigment est contenu exclusivement dans les éléments de cette couche (1). Enfin l’auteur constate que leur existence fournit la seule explication convenable des intervalles que laissent entre elles les cellules ectodermiques : ce seraient autant d’orifices ménagés pour le passage des filaments qui partent de la surface de l'éponge et pénètrent dans le calcaire. |

Mais nous savons que les intervalles auxquels il est fait allusion sont essentiellement changeants et dépendent de l’amæbicité des cellules contractiles. De plus, nous avons constaté que, dans les Cliones, comme aussi d’ailleurs dans les autres éponges (voy. 2° partie), le pigment est contenu à la fois dans les cellules digestives et dans les cellules vibratiles.

À première vue, ces sortes de pseudopodes de couleur variable, munis d’une membrane d’enveloppe facile à mettre en évidence au moyen de l’acide chlorhydrique, ne sont pas en rapport avec ce que l’on connaît de la structure intime des éponges ; et l'hypothèse émise à leur sujet semble elle-même peu admissible : elle leur attribue un rôle inutile, puisque les Cliones creusent leurs galeries toujours de proche en proche.

En essayant de déterminer si ces prétendus prolongements périphériques du corps de l’éponge naissent surtout des parties jeunes et actives, j'ai constaté, d’une part, qu’ils peuvent manquer complètement dans les coquilles qu’une Clione ravage durant Ja vie du mollusque (valves de Pecten opercularis, de Pecten maximus, par exemple), et, d'autre part, qu’ils sont abondants dans toutesles vieilles coquilles imperforées.

() « Zn ikrem Bau das Mesoderm eine grosse Rolle spielt, da Pigment ausschlieszlich nur die Elemente des letzleren enthalten. »

La bibliographie (1) m’apprit que, considérés comme indépendants des Cliones, ces filaments sont connus depuis longtemps et ont été figurés dans plusieurs mémoires ayant trait à la constitution des coquilles. On les a découverts dans une foule de corps marins, coquilles, coraux, écailles de poissons, etc., dans divers débris fossiles, dans les gastéropodes d’eau douce ; enfin je les trouvais récemment dans des valves d’Unio de l’Orne.

Les auteurs s'accordent à les regarder comme des parasites végétaux. Aloues ou champignons, ce sont, en tout cas, des Thallophytes perforants qui profitent des canaux des Cliones, comme aussi des trous de vers, pour gagner directement la profon-

deur des coquilles où ils enfoncent leurs ramifications.

Au contact des excavations l'éponge a saconstitution normale, et le'nitrate d'argent montre qu’elle est limitée de ce côté par un revêtement continu de cellules contractiles (PI. IL, fig. 3).

Tout cela ne nous fait pas comprendre le phénomèneintime de la perforation. On ne peut cependant pas admettre que les spicules jouent un rôle dans ce travail mystérieux. Hancock lui-même, qui émet en passant cette hypothèse, la reconnaît si mal fondée qu’il cherche, sans plus de succès, comme nous le dirons bientôt, d’autres agents d’une action mécanique. D’ailleurs Nassonow nous

apprend que les spicules de la jeune Clione n'apparaissent qu’à

(1) Carpenter. Report of the brit. Assoc. for the advanc. of Science, York.

John Quekett. Lectures on Histology, vol. 11, 1854.

Rose. Quart. Journ. Micr. Soc., n° 10, p. 7, 1855.

Weld. Sitzungsb. d. Kaiserl. Akad. d. Wissensch, — Math. Naturw. Classe xxx111 Bd. Wien, 1859.

Külliker. Ann. and Mag. of nat. hist. 3e série, t. IV, 1859, p. 300.

Stirrup. Proc. of the Lit. and Philos. Soc. of Manchester, vol. xI, 1872, Dr187

Moseley: Proc. Roy. Soc. vol. xXIV, 1815, p. 64.

Duncan. Journ. R. M. Society, 1881, vol. I, n°5 4 et 5.

Id.. Proceed. of the Roy. Soc. London, vol. xxvV, 1876-1877.

W. Roux. Zeitsch. f. wiss. Zoologie, XLV Bd,

ARGH, DE ZOOL. EXP. ET GÉN. — Ÿ SÉRIE, — T. Vbis, suppz. 1887, — 4e Mém. 54

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partir du moment où celle-ci s’est mise tout entière à l’abri dans l’objet attaqué. Ce fait est, il est vrai, en désaccord avec ce que l’on constate dans les autres éponges siliceuses, dont les embryons sont armés de spicules bien avant leur fixation, mais il faut remarquer combien l'embryon de la Cliona stationis Nass. diffère de ceux qui ont été décrits chez les Kilicisponges et ressemble au contraire à ceux des Eponges gélatineuses par tous ses caractères : par sa coloration uniforme, par l'existence dans son intérieur d’une grande cavité centrale limitée par une seule assise de cellules, enfin par la présence de cils sur ses grosses cellules postérieures. Nousn’avons pas ici de raison de douter des descriptions de M. Nassonow, et l'opinion qu’elles nous suggèrentest confirmée par cet autre fait qu’une éponge perforante, la Thoosa cactoides de Hancock, possède pour toute spiculation des corpuscules siliceux noduleux dont les tubérosités arrondies sont relativement grosses

et par suite incapables de pratiquer de fines incisions.

Hypothèses émises au sujet du mode de perforation.

Quelques auteurs ont essayé d’expliquer le phénomène.

En 1840, Duvernoy s’exprimait ainsi à propos de sa Spongia terebrans (Cliona celata Gr.) : « Ici les moyens mécaniques sont évidemment nuls. Il n'y a que les moyens chimiques qui puissent être mis en jeu par un organisme privé de toute force motrice apparente. »

Contrairement à cette hypothèse, Hancock remarquait en 1846 que «les Cliones jouissent d’un pouvoir contractile tellement énergique qu'elles semblent, par cette qualité, s’élever beaucoup au-dessus des autres Spongiaires »; il ajoutait que l’extrême simplicité de leur structure organique étant connue il est impossible de croire à une action chimique de leur part. Il formulait par conséquent une conclusion inverse : € /n the siliceous granules of the surface and in the contractility of these sponges, we thus find an

explanation of their excavating powers. »

Malheureusement les observations sur lesquelles est basée cette manière de voir sont entachées d’erreurs relevées fort justement par Bowerbank et reconnues en partie par l’auteur lui-même, qui avouait en 1867 que les grands granulessiliceux (siliceous granules) ou corps cristallins (crystalline bodies, comme il les appelait aussi) trouvés à la surface de la Cliona celata & sont simplement des fragments du tissu corné membraneux de la coquille d’huître perforée ». J'ai déjà insisté sur ce point que les grands corps cristallins ont seuls été abandonnés. Des siliceous granules de deux sortes avaient été découverts : les plus grands mesuraient,t; et les plus petits."de pouce de large. Or il est très facile de reconnaître dans les figures représentant ces corps (1) que les uns et les autres

proviennent de lames de conchyoline plus ou moins dissociées.

Une rectification incomplète n’a rien changé aux effets d’une méprise malencontreuse : Hancock a continué à considérer les petits corps cristallins comme les principaux agents d’un travail mécanique et, sur la foi de ses déclarations, Duchassaing et Michelottien 1864 et Fischer en 1868 ont répété ses conclusions.

Deux hypothèses contradictoires sont, en somme, tout ce qui a été écrit sur la matière jusqu'en 1883. Or Nassonow, qui a repris la question à cette époque, se trouve, lui aussi, réduit à des suppositions : il a bien vu l'embryon dépourvu de tout instrument de perforation ïinsinuer dans l’abri choisi des prolongements charnus de sa masse et tailler les corpuscules dont il prend la place, mais, pour expliquer de quelle façon le calcaire est entamé, il est obligé d'admettre « qu’ilse dégage un acide dontla forte réac- « tion alcaline de l’eau de mer empêche de constater la présence ».

Diverses considérations font douter de l’intervention d’un acide dans le travail de la Clione.

On connaît la principale : la conchyoline est perforée exac-

tement comme le calcaire.

() L. c., 1849, pl. x11, fig. 2 et 5. à a

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Ona remarqué aussi que les cellules contractiles en contact avec lesp arois des galeries n’affectent aucune disposition spéciale et qu’il en faut un certain nombre pour tapisser chaque logette (PI. IL, fig. 3). Eh bien! si un acide était exsudé ou exhalé par ces éléments dépourvus de membrane, ce devrait être par toute leur surface, ou tout au moins en des points multiples de la couche appliquée contre le calcaire, ce qui ne permettrait nullement à l'éponge de détacher des corpuscules de forme et de diamètre peu variables. En outre, l'acide serait dégagé aussi par les cellules qui revêtent les canaux et agirait sur ceux des corpuscules qui ne sont pas rapidement expulsés au dehors. J’ai constaté au contraire qu’au bout d’un très long temps on retrouve ceux-ci avee leurs arêtes vives dans des fragments d’éponge rétractés maïs continuant à vivre.

. Que conjecturer dans ces conditions ? La puissante contractilité des éponges perforantes reste seule indéniable, mais comment affirmer qu’elle leur suffit pour entamer le calcaire et la conchyoline et que les cellules contractiles pénètrent par leur énergie propre

dans ces substances suivant des lignes déterminées par la fonction ?

Trritabilité et vitalité des Cliones. — Les expériences auxquelles C.de Merejkowky soumettait la Rinalda arctica (1) donnent ici les meilleurs résultats, car la moindre irritation, le fait, par exemple, d’agiter ou de renouveler l’eau des cuvettes où sont placées des Cliones, ou même d’y mettre en suspension des granules de carmin, provoque l’occlusion relativement rapide des papilles.

La température exerce une influence évidente sur ces éponges, et j'en ai souvent vu contracter énergiquement leurs papilles quand elle s'abaissait vers 0° centigrade, pour les rouvrir dès qu’elle

s'élevait de nouveau.

() Etudes sur les Eponges de la Mer Blanche. Mém. Acad. de Saint-Pétersbourg, vire série, t. XXVI, n° 7, 1878, p. 13.

Toutefois c’est l’étroitesse des orifices qui paraît, plutôt que cette sensibilité, assez délicate il est vrai, mais dont les manifestations se produisent toujours progressivement, être un obstacle à l’entrée des petits animaux dans le système aquifère. Les œufs d’un petit crustacé (Copépode ?), introduits sans doute par l'aspiration des pores, se développent fréquemment, jusqu’au stade nauplien, dans les Cliona celata et vastifica. Ce Nauplius est le seul être qu’on rencontre communément dans nos espèces indigènes.

Une gêne persistante finit par imprimer des aspects bizarres aux papilles: les unes, saillantes maïs sans orifice apparent, portent alors un plateau à 3, 4, 5 angles bien marqués correspondant à autant de côtes verticales ; et les autres, arrondies à la base, se terminent par une pointe molle et effilée, longue souvent de plus de 2"°,et composée de cellules contractiles et de cellules conjonctives qui ont enlevé à la portion basilaire une alignée de spicules constituant leur charpente.

A l'inverse des autres Eponges, les Cliones sont faciles à conserver en aquarium, de sorte qu’on peut suivre sur elles, et surtout sur la Cliona celata, ces alternatives d’activité et de contraction.

D’autres expériences prouvent leur puissante vitalité.

Quand on brise une pierre ou une coquille perforée, chaque fragment d’éponge peut continuer à vivre : il suffit pour cela qu'il ait une certaine épaisseur, car les parties voisines de la surface mise à nu se rétractent et s’organisent en un système protecteur. Les cellules contractiles et conjonctives s’accumulentau dehors en une couche jaune clair, très mince, qui, comme on sait, se transforme peu à peu en une cuticule sous laquelle tous les spicules de la région s'entre-croisent et composent une écorce solide (1).

Un morceau de Clione, privé de toute adhérence au calcaire,

résiste de la même façon : il se contracte promptement et sacrifie

(1) M. L. Vaillant a vu se reformer aussi les parties détruites de la Zethya lyncurium. Compt. rend. Acad. Sc. 1869, p. 86. Note sur la vitalité d’une éponge de la famille des Corticatæ, la Tethya lyncurium.

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une partie de sa masse pour s’entourer d’un revêtement dermique. Qu'on l’abandonne quelque temps, un mois, par exemple, dans une chambre humide, on retrouvera les divers éléments vivants dans son intérieur et on reconnaîtra les cellules contractiles, les cellules digestives et les cellules conjonctives, et parmi elles des corpuscules calcaires parfaitement intacts.

Et s’ils’agit d’une Clionacelata, le seul changement qu'on pourra constater aura porté sur les cellules conjonctives qui seront devenues presque incolores par suite de l'épuisement de leur graisse au profit du fragment tout entier.

Ainsi, perforantes et spontanément ou accidentellement revêtantes, les Cliones ne sauraient se passer d’une écorce périphérique consistante. Toutefois, grâce à l'autonomie de leurs cellules, une dénudation même étendue ne leur est pas funeste. Et l’on drague beaucoup de valves d’huîtres dont les lames externes se sont détachées et dont la surface n’est plus qu'une sorte de treillis calcaire dans les mailles duquel l'éponge a survécu à l’accident et s’est reformé une couche corticale et des papilles.Il n’en reste plus de trace dans les points où la rupture n’avait pas laissé de quoi refaire une enveloppe dermique ; mais au fond de la plupart des mailles fait saillie, entourée généralement d’une aire revêtante, une papille dont la nature dépend vraisemblablement de l’ancienne fonction de la galerie qu’elle termine.

Une telle constatation oblige à rejeter cette opinion émise par Hancock qu'après avoir criblé sa demeure jusqu’à lui ôter toute solidité, la Clione, mise à nu à la fin par une influence quelconque,

meurt de sa propre énergie.

Protégées comme elles le sont par elles-mêmes ou par les murs de leurs retraites, les Cliones n’ont guère à redouter les luttes de la vie sous-marine et poursuivent activement leur œuvre de destruction, rendant inconsciemment, comme Leïidy et Fischer l’ont fait

remarquer, une quantité énorme de carbonate de chaux à la mer.

Leur mort semble résulter surtout des changements que les courants amènent dans les conditions du milieu ambiant : les pierres peuvent être envasées ou ensablées, et les coquilles roulées et morcelées à l'infini, quelquefois rejetées à la grève.

Presque toutes les coquilles sont susceptibles d’abriter les Cliones et quelques-unes seulement, trop minces ou trop nacrées, par exemple celles de nos Mytilus edulis, Donax trunculus, etc., demeurent ordinairement intactes. Pour la plupart, elles ne sont perforées qu'après la mort du mollusque qui les a produites ; mais les Huîtres(1) et les Haliotides sont attaquées vivantes ; il en est souvent de même du Pecten opercularis ; enfin j'ai constaté pareil fait une fois sur le

Pecten maximus.

Les Cliones et l'Ostréiculture. — Il est remarquable que les Huitres ne perdent pas de leurs qualités, et qu’elles restent grasses et produisent du naissain alors même que leurs valves sont criblées jusqu'à la lame interne ; on ignore même si elles succombent à un empoisonnement ou à cette décomposition de leur coquille dont elles ne paraissent nullement souffrir. Cependant, au témoignage de tous les ostréiculteurs, les atteintes des Cliones leur sont funestes. La citation suivante que j'emprunte à M. Giard (1. c.) donne une idée du préjudice que la Cliona celata, entre autres, est capable de causer aux huîtrières : € Il y a cinq ans, à Saint-Vaast-la-Hougue, les dragueurs d’huîtres avec lesquels Je vivais m'ont plusieurs fois parlé de ce fléau qu’ils connaissent bien et qu’ils nomment la maladie du Pain d'épices (à cause de la couleur jaune, visible même sans briser les coquilles, sur les papilles qui font saillie par les ouvertures superficielles ). Ils m'ont affirmé qu’en peu de temps des bancs entiers avaient été détruits par ce parasite qui, selon eux, fait plus de tort aux huîtrières que la pêche en temps prohibé. »

Les bancs naturels sont surtout ravagés. En 1880, les ostréicul-

(1) Je n’ai jamais trouvé une seule éponge perforante sur les valves de l'huître portugaise (Gryphæa angulala).

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teurs du bassin d’Auray s’émurent de l’envahissement par la Cliona celata d’un des bancs de la rivière d’Auray (le banc de Locqueltas), où ils s'approvisionnent, au mois de'mars de chaque année, d’huîtres destinées à donner du naïssain.

M. Giard proposa à cette époque d'introduire des blocs de calcaire dans le voisinage ou au pourtour des huîtrières, dans l’espoir que les éponges se fixeraient sur ces blocs de préférence aux huîtres mortes ou aux huîtres vivantes. Ce procédé n’a point reçu d'application, et il estdouteux qu’il eût réussi, car, sur nos côtes du Calvados, malgré la nature calcaire du fond, toutes les huîtres âgées sont minées par le parasite.

L'administration de la marine prit d’autres mesures et prescrivit en mars 1882 un nettoyage à fond des endroits infestés. Sans doute les Cliones n’ont pas disparu complètement sur ces points, mais les ostréiculteurs se montrent assez satisfaits du résultat de ces opérations (1).

D'autre part, dans les établissements ostréicoles, où les huîtres sont l’objet de soins constants, les dommages ne sont pas sensibles. D'ailleurs les conditions y sont défavorables à l'existence des Cliones, surtout dans les zones hautes du rivage utilisées pour l'élevage, où elles se trouvent à découvert pendant une partie de chaque marée. On constate en effet à Luc que la Uliona celata ne s’avance guère sur la grève au-dessus du niveau du balancement des marées de syzygie. Enfin chaque année les huîtres de 3 à 4 ans sont livrées à la consommation : on expédie à cette occasion toutes celles qui sont perforées, non sans en avoir soigneusement gratté les coquilles.

Les embryons des Cliones ne se fixent pas sur les huîtres âgées de moins de deux ans, aussi ne sont-ils redoutables que pour ceux

de ces mollusques qui sont placés dans les claires où ils atteignent

(1) Je dois ces renseignements à la bienveillance de M. le commandant Ragiot, ostréiculteur à Auray, qui a présenté dans le Bulletin de la Société ostréicole du Bassin d'Auray, 1881, des remarques au sujet de la Cliona celata, ennemie de l’ostréiculture,

la taille et la perfection désirables. Encore ne serait-il peut-être pas bien difficile d’y prévenir tout dégât de leur part.

Ne pourrait-on pas, par exemple, établir à l’entrée des claires, pendant les mois de reproduction de ces Eponges (septembre et octobre), une sorte de filtre composé d’une accumulation de vieilles coquilles de toutes sortes (1) qu'on aurait eu soin de dessécher au préalable pour être sûr qu’elles ne contiennent pas elles-mêmes de Cliones ? Les embryons ciliés venant de la mer s’arrêteraient tous ou presque tous sur le filtre. En décembre, on jetterait à terre les coquilles qu'on avait entassées, tuant ainsi tout ce qu’elles auraient retenu d’éponges.

En outre, puisqu’on examine etq"1’on nettoie souvent les huîtres, il n’y aurait aucun inconvénient à plonger pendant quelques minutes, et à plusieurs reprises, dans l’eau douce toutes celles qui sont contaminées ; on prendrait soin d’agiter le récipient pour inquiéter les mollusques, et ceux-ci n’auraient nullement à souffrir de ces courtes immersions dans un liquide qui tuerait infailliblement la Clione en faisant éclater tous ses éléments cellulaires.

Enfin les huîtres draguées qui sont envahies par le parasite et qui ont donné du naïssain en juin-août dans les parcs de reproduction devraient, à la fin d’août, subir la même opération avant d’être parquées dans les claires.

J’estime que le fait de préciser aux ostréiculteurs l’époque où ils ont à se mettre en garde contre la propagation des Cliones aurait son utilité ; cette donnée nouvelle pourrait leur suggérer des idées que des hommes privés de connaissances techniques ne sau-

raient concevoir.

() On sait que nos principaux établissements ostréicoles sont situés sur les côtes siliceuses du Morbihan.

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CHA PIELR BAIE

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