RÉVISION DE LA FAMILLE DES OLIONIDES
Les éponges perforantes qui vivent dans les différentes mers se distinguent sinettement desautres Silicisponges par leur biologie et sont toutes si semblables entre elles qu’il était naturel de les réunir, comme l’a fait J.-E. Gray en 1867, dans une famille à part pour laquelle le nom de Clionidae était tout indiqué.
Les genres quicomposent cette famille ne sont pas nombreux, mais l’un d’eux, le genre Cliona (Cliona Gr., Vioa Nard.), est riche en espèces ; malheureusement la liste des noms quis’y rattachentest en réalité bien plus longue quecelle de ses espèces connues, d’où l'impossibilité dedresserrigoureusementletableau des Clionides.
De certaines Cliona nous ne savons que le nom ; d’autres ont été décrites sans la moindre indication des caractères de la spicula-
tionqu’on sait être les moins variables et dont on doit tenir compte avant tout ; enfin l'existence de très petits spicules des membranes, découverte par Hancock en 1867 seulement, a été ignorée de quelques auteurs, de sorte qu’une même éponge a pu être plusieurs fois dénommée. J’aurais voulu apporter un peu d'ordre dans cette nomenclature, mais la comparaison des descriptions ne m’a souvent permis que d'émettre un doute, et l’on comprendra que j'aie agi avec la plus grande circonspection. Les naturalistes qui ont en leur possessionlestypesd’auteurs sont seuls capables de compléter la révision que j'ai cru devoir entreprendre.
Une excursion faite en septembre 1886 surles bords de la Méditerranée m’a misà même de rapprocher la faune des Clionidesde nos côtes de Provence de celle de la Manche et de l'Océan. Quant aux espèces exotiques que j'ai étudiées, elles proviennent de plusieurs
sources : M. Joyeux-Laffuie a bien voulu m’autoriser à examiner
les perforations des doubles de coquilles que possède le musée de Caen ; M. Lennier, conservateur du Muséumdu Havre, m'a communiqué quelques spécimens intéressants : enfin, au cours de deux voyages au Mexique, M. M. Touret, capitaine d’un trois-mâts long Courrier, a eu la complaisance de draguer à mon intention sur le banc de Campêche.
Parmilesmatériaux misà ma disposition, j'ai rencontré quelquesunes des Clionides décrites par Hancock et plusieurs formes nouvelles. Toutefois le nombre des espèces dontj'aipu prendre connaissance de la sorte est petit, comparé à celui des coquilles qu’il m'a fallu fouiller. À part quelques Cliones très communes et fort répandues, j'avais peu de chances de retrouver les autres, qui n'avaient été vues qu’une ou deux fois ; leur recherche devait être d’autant moins fructueuse que la plupart des coquilles de collection ne contenaient plus trace des éponges qui les avaient perforées, sans doute parce que celles-ci avaient péri avant qu’on les recueillit ; leurs galeries avaient alors été lavées si bien par la mer qu’il ne restait pas, même dans leurs lobes les plus profonds, de spicules leur ayant appartenu : je n’y trouvais que des grains de sable, quelques spicules introduits accidentellement et des cadavres d’Acariens.
Les Clionides desséchées ne ressemblent guère aux autres éponges dans les mêmes conditions, car leur squeletteest insuffisant à maintenir leur forme ; elles se présentent comme des revêtements membraneux minces des galeries, le plus souvent jaune pâle, quelquefois brunâtres, notamment s’il s’agit de la Cliona celata ou de toute autre espèce dont les cellules conjonctives pleines d’une graisse colorée rancie apparaissent comme autant de points jaune foncé.
Il peut arriver qu'uneéponge libre remplisse après coup les lobes laissés vides par la mort du premier occupant, mais l'absence de corpuscules calcaires dans sa masse et la disposition même de ses spicules sont des caractères ausquels on ne saurait se méprendre.
Les orifices arrondis des trous de quelques annélides {Leuco-
dores) sont de même dimension que les papilles de beaucoup de
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Cliones et se trouvent parfois en si grand nombre à la surface des coquilles qu’il est très difficile de distinguer leur groupement par
deux; mais en enlevant une esquille à l’objet perforé, on voit queles canaux ne conduisent dans aucune dilatation semblable à un lobe et qu’il est inutile d’y chercher les restes d’une Clione. Il existe d’autres causes d’erreurs momentanées sur lesquelles il serait oiseux d’insister : on arrive à reconnaître du premier coup d’œil la nature des perforations diverses. .
La description précise du spécimen presque toujours unique des espèces exotiques (Cliona Carpenteri, C. millepunctata, ete.) constitue peut-être la plus sérieuse difficulté de la détermination des Cliones. Il faut savoir, comme nous l'avons appris sur nos éponges indigènes, combien varient les rapports entre les diffé rentes sortes de spicules, et la forme et la distribution des papilles et des lobes, pour ne pas se croire obligé d'établir une foule d’espèces nouvelles.
I. — Je consignerai d’abord le résultat de mes recherches sur
des coquilles de toutes provenances.
Genre CLIONA, Grant.
Cliona celata, Grant. (PI. VII, fig. 1.)
Je l’ai retrouvée, d’une part sur une Tridacna et sur un Spondylus de l'Océan Indien, et d’autre part sur un Pecten du golfe du Mexique. Les échantillons possédaient des faisceaux de spicules
acérés grêles. Deux variétés se rattachaient à cette espèce:
1° Cliona gorgonioides.— En1849, Hancock en faisait une espèce distincte, mais il avouait en 1867 que ce n’était probablement qu'une simple variété de Cl. celata. Il n’y a pas lieu de conserver cette désignation, car la description de l’auteur montre clairement
qu'elle s’appliquait à des individus à spicules plus courts que de
à na 4 ù coutume, comme il est si fréquent d'en observer dans les coquilles minces.
2° Cliona linearis, Sollas. — Cette variété doit aussi disparaître, puisque la Cliona celata typique présente les spicules grêles qui la caractérisaient.
Cliona vastifica, novo sensu. (PI. VIL, fig. 8.)
Nous avons exposé les motifs qui portent à réunir les Cliona northumbrica et vastifica de Hancock. L'espèce ainsi comprise est l’une des plus répandues. Elle abonde sur les côtes d'Angleterre, sur nos côtes de la Manche, de l’Océan (Concarneau) et de la Méditerranée (Toulon) ; elle habite aussi l'Océan Indien, l'Océan Pacifique (N°!*-Zélande), le golfe du Mexique.
Cliona gracilis, Hancock.
Un seul spécimen avait été trouvé sur un Pectén mazimus &provenant probablement des Orcades », 1849. J’en ai vu un second sur un Zwrbo de l'Océan Indien. |
Eponge jaune à l’état sec ; papilles très petites, galeries fort étroites, radiées. Spicules en épingle = 150 » de long, spic.
en zigzag — 15-20 y.
Cliona Carpenteri, Hancock. (PI. VII, fig. 4.)
C’est l'espèce que j'ai le plus souvent rencontrée dans les collections. Leseul échantillon signalé jusqu’à présent provenait de Mazatlan (Océan Pacifique). Elle habite le golfe du Mexique, l'Océan Indien (Ceylan), la côte orientale d'Afrique (Gabon).
Elle se distingue des deux éponges précédentes à trois sortes de spicules par ses spicules des membranes généralement droits, fusiformes, munis de nodosités plus ou moins marquées, quelque-
er ; See fois éparses, le plus souvent disposées sur plusieurs lignes cireu
Jaires. Les spicules de tension sont forts et atteignent habituelle-
ment les deux tiers de la longueur des spicules du squelette.
Cliona lobata, Hancock. (PI. VII, fig. 2.)
Habite les îles Anglo-Normandes (Guernesey), les côtes occidentales d'Ecosse, les côtes du Calvados et les côtes de Provence (Toulon). Je l’ai encore trouvée sur un Triton varieqatum et sur une grande Ostrea de provenance inconnue.
Nous savons que le court mucron obtus qui rend trilobée la tête des spicules en épingle s’efface fréquemment, aussi la valeur des espèces créées par Sollas et Ridley pour des individus à tête globuleuse paraît-elle discutable. En premier lieu, la distinction établie entre la Cliona subulata, Soll. (un spécimen, localité ignorée) et la Vioa Carteri, Ridl. (un spécimen, S.-E. du Brésil) semble inutile, puisqu'elle n’est basée que sur des différences dans la longueur et la largeur relatives de la tige des spicules en épingle de ces deux éponges. En second lieu, si le nomde Cliona subulata, qui a la priorité, devait être conservé, il ne servirait à désigner, si j'en juge
bien, qu’une simple variété de la Cliona lobata.
Cliona millepunctata, Hancock.
Le seul spécimen connu perforait un Cassis tuberosa de provenance non indiquée. J'en ai vu un second sur un Murex sp. ? de l'Océan Indien. Les papilles assez petites sont excessivement nombreuses et pressées les unes contre les autres. Les spicules sont en forme d’épingle avec une tête elliptique ; ils mesurent 225-250 » de long et 4-5 y de large ; ils sont droits ou très légèrement cour-
bés.
Cliona quadrata, Hancock.
Hancock dit en avoir vu un ou deux individus sur une 7yi-
dacna gigas ; c'est aussi sur une Zridacna gigas que j'en ai trouvé
un nouvel échantillon. Il est facile de reconnaître les spicules, longs d'environ 425 «, dont la tête est grosse et toute ronde, et dont la tige se renfle et atteint son maximum de largeur (15-18 x) uu peu plus bas que son milieu, pour s’atténuer ensuite. Les papilles sont assez grandes. La couleur brune après dessiccation est due à l’existence dans la Cliona quadrata comme dans la Cliona celata de cellules conjonctives contenant une graisse jaune qui brunit par oxydation.
Cliona labyrinthica, Hancock.
Sur Tridacna gigas. Epongejaune pâle ; papilles petites, disposées sansordreapparent ;lobes petits; spicules acérés fusiformes,courbés
au centre, longs d'environ 100 », larges de 4 x.
Cliona Michelini, n. sp. (PL. VII, fig. 7.)
Le spécimen type de cette espèce crible un Murex de l'Océan Indien.
Les papilles porifères, excessivement nombreuses, n’atteignent pas 15 de millimètre de large; les oscules, épars, mesurent à peu près le double. Les lobes sont petits et pressés les uns contre les autres.
Deux sortes de spicules : 1° spic. du squelette capités, courts (150 ) et assez grêles (2 « 1/2), droits ou flexueux, à tête trilobée ou ronde ; 2° spic. des membranes petits {10-12 « ) et grêles, finement et entièrement épineux, généralement droits, extrémités tronquées.
La Vioa Michelini de Nardo ne doit pas être conservée, comme il sera dit plus loin; aussi ai-je cru pouvoir, pour rendre hommage à la mémoire de Michelin, quis’estun des premiers occupé des éponges perforantes, donner une appellation ancienne à une espèce nou-
velle,
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Cliona thoosina, n. sp. (PI. VII, fig. 6.)
Un échantillon surun Pectunculus en partie agglutiné par un Phorus. Couleur jaune. Papilles peu nombreuses, larges d’un demi-millimètre. Spicules de 2 sortes : 1° spic. du squelette, à tête nettement trilobée, forts, longs de 200 en moyenne; 2° spic. des membranes très remarquables par leur variété : les uns sont des bâtonnets cylindriques couverts de petites pointes obtuses ; d’autres plus courts et spiralés, armés d’épines robustes, ressemblent à ceux de la Cliona euryphylle; enfin la plupart rappellent les corpuscules nodu-
leux des T'hoosa.
Cliona Lesueuri, n. sp. (PI. VII, fig. 8.)
Deux échantillons sur des Æaliotis deprovenance inconnue. Papilles très nombreuses ayant à peine ;; de millimètre delarge. Lobes à peu prèéscubiques, serrés les uns contre les autres, mesurant 1 millimètre en moyenne dans chaque dimension. Spiculation : 1° les spicules du squelette sont tout à fait caractéristiques, car ils sont acués sansle moindre passage à la forme capitée;ils sont légèrement courbes ; l’une de leurs extrémités étant arrondie, l’autre porte une pointe courte mais aiguë ; longueur moyenne = 180 », largeur = 8 ; 2°les spicules des membranes sont spiralés, entièrement et finement
épineux : longueur = 16-18 », largeur = 2 L.
Genre THOOSA, Hancock.
T'hoosa bulbosa, Hancock.
L'étude en est particulièrement intéressante. Hancock avait trouvé (1849 )sur une Tridacna gigas ce qu’il a considéré comme le type de l'espèce. Je n’ai rien à ajouter à la description générale
, . . ! ‘ , de cette éponge, que j'ai retrouvée sur une Zridacna gigas éga-
lement et dont j'ai dessiné la spiculation PI. VII, fig. 10.
Sur lamême coquille avec letype supposé, dontil existait plusieurs échantillons, l’auteur anglais avait découvert une seconde forme que j'airencontrée moi aussi, dans des conditions semblables, sur la valve de Tridacna où j'avais déjà reconnu la première (PI. VIL, fig. 11). Les deux éponges étaient séparées.
Cette singulière coïncidence n’était pas faite pour dissiper ces doutes exprimés par Hancock : « Z have not yet been able to determine whether the specimen ( 2° forme) provided with these curious spiculais distinct or not, though I am inclined to believe that it is. » Mais il faut désormais tenir compte de l’observation suivante :
J’ai vu, perforant la valve inférieure d’une Ostrea du Gabon, une éponge dont la spiculation représente à la fois celles des deux Thoosa précédentes, et même se trouve être encore pluscompliquée.On n'y compte pas moins de six sortes de spicules (PI. VII, fig. 9). Les spicules les plus nombreux sont les corpuscules noduleux, avec leur forme grêle ; puis viennent les spicules à 2 ou 3 branches pointues et recourbées et les étoiles dont les rayons, terminés par une sorte de bouton, sont couverts d’épines ; puis, groupées par endroits, les grandes étoiles à forts rayons armés d'une pointe conique à leur extrémité; les spicules ovoïdes épineux ne sont pas non plus répandus partout ; quant aux grands spicules acérés, qui mesurent 625 de long et 10-12 de large, ils sont réunis par places pour constituer la charpente squelettique.
Sommes-nous en présence de trois T'hoosa distinctes ou de trois variétés d’une même espèce? C’est ce que nous essaierons de déter-
miner en dressant le tableau des Clionides.
Thoosa Hancocci n. sp. ( PI. VII fig. 12.)
Enfin, entrelacée avec la Cliona quadrata dont j'ai parlé plus haut, j'ai découvert une autre Thoosa, à spicules de deux sortes : les uns sont ces corpuscules noduleux qu’on voit dans toutes les Thoosa
ARCH., DE ZOOL, EXP. ET GÉN. — 2 SÉRIE. — T. V bis, supp, 1881. — 4° Mém. 6
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connues, un peu plus petits ici que d'ordinaire ; les autres sont des étoiles irrégulières dont les branches grêles, en nombre variable, partent d’une souche épaisse et se terminent par deux ou trois
crochets recourbés.
II. — L’examen des coquilles recueillies par M. Touret sur le banc de Campêche m’a révélé l'existence de cinq Cliones dans
cette région du golfe du Mexique :
1° Cliona celata, Gr.
2° Cliona vastifica, n. se.
8° Cliona Carpenteri, Hanc.
4° Cliona vermifera, Hancock.
Sur un Spondylus dragué en décembre 1886. Cette éponge contient des cellules conjonctives remplies d’une graisse jaune comme celle de Cliona celata et de Cliona quadrata. Entre les lobes sont tendus des diaphragmes dont le squelette est formé de spicules vermiformes lisses très nombreux et de quelques spicules
en épingle tournant leur pointe vers l’orifice central.
5° Cliona euryphylle, n.sp. (PI. VII, fig. 5.)
Sur un Madrépore et sur un Chama. Eponge jaune pâle, à Pétat sec, dans ses parties profondes, plus foncé dans les papilles. Papilles de taille variable, les plus grandes mesurant 5mm. de diamètre. Cette espèce se distingue nettement de C. celata par l'absence totale de spicules de tension et par la présence de spicules des membranes chez l’adulte. Les spicules du squelette, généralement courbes, ont une tête elliptique ; ils sont longs et forts : longueur 300 » ;largeur = 4-5 ». Les spicules des membranes, peu nombreux, relativement gros (longueur = 354, largeur = 54), sont armés d’épines robustes. Les diaphragmes ont l'aspect de ceux de Cliona celata ; on y
aperçoit de plus quelques spicules des membranes. Enfin les cellules conjonctives sont adipeuses, autant qu’on en peut juger sur des spécimens desséchés.
IL. — I] me reste à dire quelques mots des Cliones de nos côtes de Provence.
Sept Clionides étaientconnues dans la Méditerranée : cinq espèces d'O. Schmidt (Vioa viridis, V. Grantii, V. Hancocci et V. Johnstoni 1862, V. celata 1864, et deux variétés de VW. Johnstoni 1868 et 1570) et deux espèces de Hancock(Cliona angulata 1849 et C. globulifera 1867).
A Toulon, les pierres et les coquilles sont perforées par trois éponges :
1° L’une est la Cliona celata (1). Je n’en ai pu voir que le moule sur de vieilles coquilles lavées à fond par la mer, mais elle est bien reconnaissable, car, des espèces signalées dans la Méditerranée, elle est la seule qui possède des papilles porifères de 2 à 3mm. de diamètre.
Les deux autres ne se rapportent à aucune des espèces ci-dessus énumérées.
2° La plus commune est rouge orangé et possède trois sortes de spicules : spicales en épingle, spicules acérés épineux et spicules en zigzag épineux ; elle est, par tous ses caractères, identique à la Cliona vastifica de la Manche.
On ne saurait la confondre avec les Cliona angulata et C. globulifera, quin’ont que des spicules en épingle, ni avec les espèces de Schmidt, qui ne sont figurées qu'avec deux sortes de spicules. Cependant, par sa coloration et par deux de ses formes de spicules, l'éponge en question offre de grands rapports avec la Vioa Grantii Schm. ; seule, l'absence dans cette dernière de spicules en zigzag oblige à les séparer. Ne serait-il pas permis, toutefois, de se
demander, tout en rendant au mérite d’O. Schmidt l'hommage qui
(1) O. Schmidt l’a trouvée dans les environs de Cette, (L. c:. 1868, p. 30.)
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lui est dû, si la Vioa Grantii n’a pas été incomplètement décrite ets'il n'y a pas lieu d'identifier ces deux espèces ? En effet, à l’époque où parut le premier mémoiresur les Eponges de l’Adriatique (1862), la première note de Hancock était seule connue, et les spicules en zigzag qui caractérisent plusieurs éponges perforantes n'avaient pas encore été découverts. N’est-il pas possible que, grâce à leur petitesse et à leur rareté ou leur absence même dans certaines préparations, ces spicules, que j'ai cherchés et trouvés dans la Ulione de Toulon, aient passé inaperçus pour l’auteur de la Vioa Grantii ?
3° Enfin la troisième Clione que j'ai trouvée à Toulon est encore une espèce de la Manche : à sa spiculation lâche formée de spicules eu épingle et de spicules en zigzag grands et épineux, et à la disposition de ses papilles, j’ai reconnu notre Cliona lobata.
Il est remarquable que ces trois Cliones composent à la fois la faunede Luc et, en partie du moins, celle des côtes de Provence ; mais nous savons déjà combien ces trois espèces sont répandues
dans les différentes mers.
FAMILLE DES CLIONIDAE.
Ce qui précède nous prépare à l'étude générale des Clionides. Yinq genres ont été créés par les auteurs : le &. Cliona par Grant en 1826, le g. T'hoosa par Hancock en 1849, le g. Euryphylle par Duchassaing en 1864, leg. Samus par Gray en 1867 etleg. Alectona par Carter en 1879. Les autres coupures proposées par Gray n’ont
pas été admises ; il en sera parlé ultérieurement.
GENRE CÜLIONA Grant. — L'histoire des Eponges perforantes nous | a appris que, sans raisons valables, D. Nardo a substitué l’appellation de Vioa à celle que Grant avait choisie. Le nom de Cliona ayant la priorité doit subsister. |
Ce genre est riche en espèces, mais il convient de le débar-
rasser à tout jamais de toutes celles qui n’ont pas été décrites ou qui, du moins, sont absolument méconnaissables.
Les Vioa typus, V.coccinea, V. Clio et V. Pasithea trouvées par Nardo dans l’Adriatique en 1839 ne sont connues que de nom. On ne saurait dire davantage quelles étaient la Vioa Michelini du même auteur ot la Vioa nardina de Michelin (1846). La Cliona hystrix de Gray (1848) n’est qu’un nom tombé dans l'oubli, Il ne faut tenir aucun compte de ces dénominations : les travaux de Hancock et d’O. Schmidt compensent amplement cet abandon.
Il est impossible de ne pas écarter aussi de la liste des Eponges perforantes connues les trois Vioa que Duchassaing et Michelotti ont découvertes dans la mer Caraïbe. Ces auteurs n’ont examiné que la forme et la disposition des lobes, qui sont si variables dans une même espèce, et n’ont pas donnéles caractères dela spiculation. Qui pourrait dire quelle estla Olione qu’ils comparent aux Vioa nardina et Michelini et qu’ils appellent Vioa Duvernoyst ? Leur Vioa dissociata est bien étrange : ses lobes seraient isolés ou réunis par petits groupes tout à fait indépendants ; s’il ne s’agit pas d’une agglomération de jeunes Cliones, semblable à celle observée par Hancock sur sa Chona Fryeri, il y a certainement là une erreur, car on ne peut imaginer un être dont le corps se fractionne à un moment donné et dont les parties vivent séparées sans que le calcaire où elles sont enfoncées conserve la marque de leurs liens primitifs. Enfin leur Vioa Strombi est une éponge dont les lobes sont pressés les uns contre les autres et superposés dans les points où la coquille est épaisse ; à combien de Cliones ne se rapporte-t-elle pas ? Ilest évident que Duchassaing et Michelotti se sont occupés fortuitement des Eponges perforantes, puisqu'ils n’en ont remarqué que sur des Pinna et sur des Sérombus gigas dans une mer où elles abondent.
Rappelons ici que les Cliona vastifica et C. northumbrica Hance. doivent être réunies, queles Cliona gorgonioides Hanc. et C. linearis Soll. sont à supprimer, et que nous sommes tenté de considérer
comme des formes de la Cliona lobata Hanc. les Cliona subu lata Sol].
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et Vioa Carteri Ridl. A joutons que la Clionastationis Nasson. paraît êtrela Cliona vastifica n. se., dont l’auteur a vu, sans en soupçonner l'importance, les petits spicules des membranes, qu’il a placés au même rang que les spicules monstrueux (1. c., fig. 8, r, pl. XIX). Faisons observer enfin que la Cliona Mazatlanensis Hanc. ne dif-
fère, à proprement parler, de la même Cliona vastifica que par son
habitat.
Si maintenant nous essayons de dresser le tableau des espèces du genre Cliona, nous remarquerons que la spiculation de la plupart d’entre elles est composée d’après un type générique facile à définir : dans sa plus grande complication, elle comprend trois sortes d’organites, des spicules du squelette en forme d'épingle, des spicules de tension fusiformes acérés, enfin des spicules des membranes spiralés épineux, dont les aspects divers servent à la spécification.
Entre les espèces absolument conformes àce type et celles moins nombreuses qui s’en écartent par la modification de l’une quelconque des trois sortes de spicules, on peut, pour la commodité de l'exposition, marquer une séparation en somme assez naturelle dans l’état actuel de la science, et appeler les premières Æuclionae
et les dernières Paraclionae.
Euclionae. La spiculation des Æuclionae n’est complète que dans quelques cas; beaucoup d'espèces ne réunissent que deux de ses éléments ; d’autres même ne sont pourvues que d’une seule sorte de spicules.
Euclionae à spiculationcomplète. — Ce sontles Cliona corallinoides Hanc., C. gracilisH., C. abyssorum Crtr., C. vastifica n. se., enfin C. celata Gr., étudiée aux diverses époques de sa vie.
Euclionae à deux sortes de spicules. —1° Les unes possèdent des spicules du squelette et des spicules de tension. Elles sont nom-
TJ: CO U breuses : Uliona dendritiva, C. spinosa, C. canadensis, C. Fryeri,
C, rhombea, C. muscoides de Hancock, C. Grant de Schmidt (sur laquelle nous avons fait nos réserves ) et C. pontica de Czerniawsky. Mais quelques-unes (C. muscoïdes et canadensis) ont été créées d’après un spécimen unique dont les particularités se résument dans une de ces anomalies que présentent si fréquemment les spicules et qui ont une tendance à se répéter au point de prédominer dans toute une éponge. De plus, il existe entre plusieurs de ces espèces une ressemblance frappante dans leur spiculation qui aurait peut-être conduit à les identifier si la variabilité de leurs autres caractères n'avait été méconnue. Les zoologistes apprécieront d’après des séries d'échantillons l'opportunité de ces rapprochements.
2° Les autres ont à la fois des spicules du squelette et des spicules des membranes: Cliona lobata Hanc., C. Howsei H.(ceux des spic. en épingle quiportent deux renflements consécutifs vers leur extrémité élargie ne rentrent nullement dans une catégorie à part), C. vermifera H., C. Michelini n.sp., et C. euryphylle, n. sp.
3° Enfin la Cliona Schmidt (Vioa Schmidti, Ridl.= var. de V. Johnstoni O. Schm. 1870) est le seul exemple connu d’Æucliona munie de spicules de tension et de spicules des membranes.
Euclionae à une seule sorte de spicules. — 1° Les unes n’ont que des spicules du squelette: Cliona radiata H., C. angulata H., C. globulifera H. (entre lesquelles des fusions pourraient bien être opérées par la suite), C. insidiosa H., C.millepunctata H., C. quadrata H., C. Alderi H. (la distinction établie à son, sujet par Hancock est inutile: il s’agit encore ici de variations du renflement terminal des spicules en épingle) et C. viridis ( Vioa viridis Schm.).
2° Les autres n’ont que des spicules de tension: Cliona nodosa H. et C. labyrinthica H. |
Paraclionae. Groupons-les de la manière suivante :
A. Il y a 3 sortes despicules. — Dans larègle, ce sont les spicules
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detension qui doivent soutenir les diaphragmes contractiles, aussi n'est-il pas douteux que, dans les Cliona mucronata et C. ensifera de Sollas, ce ne soient eux qui se trouvent modifiés et représentés par des formes d’organites dérivant de celle des spicules du squelette.
La Cliona Curpenteri H. s’écarte moins du type, et ce sont les spicules des membranes, fuseaux chargés de nodosités, qui different de ce qu’on voit dans les Euclionae.
B. Il y a 2 sortes de spicules. — 1° Les spicules du squelette normaux sont accompagnés de spicules de tension modifiés, irréguliers dans Cliona cervina H., acués, épineux à la base, dans C. Hancocci (V. Hancocci Schm.).
2° Ou bien ces spicules du squelette sont accompagnés de spic. des membranes de plusieurs sortes: C. thoosina, n. sp.
3° À des spicules de tension normaux s'associent des spic. des membranes étoilés : C. Johnston (Vioa Johnstoni Schm.).
4 Enfin avec des spic. des membranes normaux les éponges présentent des spicules du squelette dérivant des spic. en épingle,
acués dans la €. Lesueuri n. sp., cylindriques dans la C. purpu-
rea H.
On le voit, l’une des formes despicules au moinsse rapporte toujours au type, et l'examen des Paraclionae montre combien sont grandes les affinités des espèces du g. Cliona entre elles. Aussi devons-nous nous garder de démembrer ce genre,commeGray le proposait en 1867. D'ailleurs l’histoire de la (‘liona celata, à laquelle on ne connut longtemps qu’une seule sorte de spicules et qui en réalité en possède trois, nous enseigne à quels remaniements sont sujettes les subdivisions introduites pour plus de clarté dans les Æuclionae et les Paraclionae, et nous empêche de les élever, à l'exemple de Gray, à la
hauteur de véritables genres.
GENRE THoosa Hancock. — Ce genre est à neine connu. Les
espèces rencontrées jusqu’à présent ne sont pas nombreuses, et l’on n’a guère pu étudier que leur spiculation, moins que cela encore, que la spiculation des parties sarcodiques accolées par dessiccation aux parois des lobes. Les papilles de celles de ces éponges que j'ai examinées étaient détruites et leur cadre lui-même avait disparu. Hancock n'avait pas eu plus de chance avecle spécimen unique de sa Thoosa cactoides, et il n’a décrit que les ouvertures par où font saillie les papilles de sa Thoosa bulbosa.
Dans toutes les espèces, on a constaté l'abondance d’une sorte de corpuscules siliceux noduleux qui consistent en de fortes tiges terminées à chaquebout par un renflement globuleux et entourées de deux anneaux de renflements semblables équidistants des extrémités. L'existence de ces corpuscules est la caractéristique du genre. Hancock croyait constante aussi dans les T’hoosa l’absence de grands spicules ; mais nous avons vu des grands spicules acérés servir de charpente aux parties élargies des lobes d’une Thoosa qui minait une huître du Gabon.
Ici comme dans les Cliona, les espèces sont reconnaissables aux spicules dont elles sont pourvues et semblent se rattacher à untype.
Il n’est pas douteux que les formes de la planche VIT, figures 9, 10et 11, ne soient trois espèces distinctes. L'une (fig. 9) est la plus riche : cette T'hoosa armata, comme il serait juste de l'appeler, rappelleraitles Cliona à spiculation compliquée ; elle contient en effet, aveclesspicules noduleux quetouteslesautres possèdentetqui existent seuls dans 7! cactoides, des spicules du squelette acérés, des spicules spéciaux dont ceux de 7° Hancocci(Pl. VIE fig. 12) sont une transformation, etenfin les spicules caractéristiques de la deuxième forme de Thoosa bulbosa découverte par Hancock.
Entre les deux autres formes, réunies avec beaucoup d’hésitation sous le nom de 7°. bulbosa, les figures des spicules à branches grêles donnéesdans les Annals and Magazineof natural history et les dessins de ces mêmes spicules dans les figures 10 et 11 de notre planche VIT
marquent une différence tranchée. Nous laisserons son appel-
90 ÉMILE TOPSENT,
lation à celle que Hancock considérait comme la véritable T. bulbosa etnous appliquerons à l’autre, à cause de ses grosses étoiles à rayons terminés par une pointe conique, la désignation nouvelle de 7° radiata.
D’après ces considérations, le genre Thoosa comprendrait actuellement cinq espèces : Thoosa cactoides Hanc., T°. bulbosa Hanc., T.
Hancocci n. sp., T, radiata n. se. et T. armata n. Sp.
Genre EurvrayLie Duch. et Mich.— Ce genre est à supprimer: c’est une erreur qui l’a fait établir. Duchassaing et Michelottionteru devoir séparer les éponges qui perforent les pierres madréporiques de celles qui s’attaquent aux coquilles, malgré leur parfaite identité. Dans la règle, les Clionides n’ont pas de support spécial et c’est. sans doute par hasard que les T'hoosa bulbosa et Thoosa radiata n’ont été vues que sur des Tridacna gigas.
Les deux ÆZuryphylle, E. latens et E. dubia, ne sont guère mieux décrites que les Vioa. Pourtant une Clione trouvée sur un madrépore et sur un Chama du banc de Campêche pourrait bien être l’Euryphylle latens de Duchassaing, à en juger par la grandeur de ses papilles et par sa coloration à l’état sec. Dans cette pensée,
j'ai proposé pour elle le nom de Cliona euryphylle.
GENRE ALEOTONA Carter. — Carter a donné (1. c.) une description complète de l’Alectona Millari, seule espèce du genre, dont le spécimen unique perforait une Amphihelia oculata draguée par le Porcupine en 1869 entre le N. de l’Ecosse et lesîles Féroë,.
Je ferai seulement remarquer que, des trois formes de spicules figurées par cet auteur, deux se rapprochent beaucoup de celles des T'hoosa : 1° les flesh-spicules fusiformes, courts, entourés de deux anneaux de tubercules équidistants des extrémités, correspondent aux spicules noduleux de toutes les 7hoosa ; 2 les Spicules dits accessoires du squelette (subskeleton spicules) rappellent les spicules de la fig. 10, pl. VII, de la Thoosa bulbosa. Il existe
entre les deux genres des affinités évidentes.
© Genre SAMUS Gray. — Une espèce : Samus anonyma, Gray. J.-E. Gray donna ce nom en 1867 à une éponge dont les spicules avaient été rencontrés par Bowerbank dans des galeries de perforation et en fit son huitième genre de Clionidae.
Carter en reprit l’étude en 1879 ; seulement, comme les échantillons qu’il examinait, bien que parfaitement distincts et habitant des galeries de perforation, étaient tous accompagnés de la Cliona mucronata Soll. et manquaient de spicules en épingle (caractéristiques, selon lui, des Cliona), il conçut l'idée que Samus anonyma n’est pas une Clionide,
Il faut croire que la découverte de l’Alectona Millari le fit réfléchir, car, dans sa note sur cette éponge, il ajoute à la récapitulation des genres connus qu’il n’est pas douteux que Samus anonyma ne vienne former un autre genre.
Les pores et les oscules sont inconnus. Il y a 3 sortes de spicules, tout à fait spéciales (Ann. and Mag. 1. c., p. 350). — Provenance : Indes occidentales et Australie sur Millepora alcicornis,
et Nouvelle-Galles du Sud sur Séylaster sanguineus.