COMPLICATIONS AURICULAIRES
Les complications auriculaires sont beaucoup moins fré-
- quentes que les complications oculaires dans la leucémie myé-
loide. C’est la raison pour laquelle elles sont restées si longtemps mal connues. Cependant, dès le début des études sur la leucémie des observations de surdité avaient été rapportées. Vidal dans sa statistique en cite trois cas, Isambert quatre. Mais jusque là la pathogénie de l'affection échappait faute d'examen anatomique. Il faut arriver à l'observation présentée par Politzer au congrès de Bâle en 1884 pour avoir des notions plus précises. Nous trouvons encore une étude anatomopathologique dans le mémoire de Gradenigo et les deux cas de Steinbrügge (dont l’un concerne d’ailleurs une leucémie lymphoïide). Ces quatre autopsies sont les seules que nous ayons trouvées. Entre temps de nombreux cas cliniques étaient publiés, intéressants, mais manquant du contrôle anatomique. Blau rapporte l’histoire d’un malade ayant présenté à plusieurs reprises du vertige de Ménière. Gellé publie l’observation d’un malade qui eut une paralysie de la face en même temps qu'il devint sourd.
Toutes ces observations sont recueillies dans le mémoire publié par le Professeur Lannois en 1892, mémoire auquel nous avons fait de nombreux emprunts. Nous n’avons trouvé
aucun travail d'ensemble publié depuis cette époque. La sur-
dité est encore citée incidemment dans quelques observations
entre autres’ celles de Sabrazès, de Barié et de Lian, mais l'examen détaillé de l’oreille manque et on ne semble pas s'être soucié de rechercher les lésions à l’autopsie.
Le syndrome clinique semble varier d’un cas à l’autre, comme d’ailleurs les lésions. Cependant le tableau le plus fréquemment observé semble être celui d’un vertige de Ménière plus ou moins typique. Brusquement le malade voit tout tour-
ner autour de lui, il est précipité à terre en même temps que des sifflements, des bourdonnements intenses se produisent dans une ou dans les deux oreilles. Souvent ce syndrome s’accompagne de vomissements. La durée en est variable, de quelques minutes à plusieurs jours. Puis quand le vertige disparaît le malade s’aperçoit qu'il est sourd.
Les deux oreilles peuvent être prises en une seule fois. Il semble plus fréquent que si la surdité doit être complète, elle s’établisse en deux étapes, comme si la lésion, hémorragique ou autre s'était produite sur une oreille puis sur l’autre. C’est du moins ce qui semble s'être passé pour notre deuxième malade.
Ces cas correspondent à une lésion du labyrinthe; la brutalité du début ferait plus volontiers songer à une hémorragie, cependant la plupart des auteurs parlent d'infiltration leucémique, Mais il semble facile d’après ce que nous savons du sang leucémique de confondre les deux lésions. Plus dif-
‘ficilement explicables semblent les lésions curieuses qui paraissent exister d’une façon à peu près constante, ces proliférations osseuses comblant à demi les canaux semi-circulaires et parfois même le limaçon.
D'autre fois les phénomènes cliniques sont moins frappants. Le vertige manque ou est très atténué et passager.
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La surdité plus ou moins complète et durable reste le seul symptôme. C’est le malade de Steinbrügge qui ressent seulement quelques bourdonnements et aussitôt devient sourd, c'est notre premier malade qui éprouve un peu de vertige, quelques bourdonnements et devient sourd d’une oreille. Chez lui d’ailleurs les lésions devaient s'améliorer beaucoup, et l'examen pratiqué quelques mois plus tard par le D' Texier ne montrait plus que des troubles très légers.
Il faut enfin placer à part l'observation de Gradenigo où 1l n'existait pas de lésion du labyrinthe mais seulement des hémorragies dans la caisse, et où la surdité était incomplète.