LAON SE
. établie, on voit clairement l’hystérie, l’'hypocondrie, l’aliénation mentale et d’autres névroses manifester la diathèse pendant un certain temps de la vie du sujet ou chez les divers membres d’une génération ; les lésions phtisiques reparaissent avant et après les névroses, dans la chaîne héréditaire, et rétablissent ainsi {a filiation et la parenté de tous les accidents aux yeux des moins clairvoyants.,
Si la diathèse tuberculeuse peut ainsi se manifester par des névroses, il faut admettre qu’elle peut être directement, dans bien des cas, la raison des paroxysmes éclamptiques chez le jeune enfant issu de parents phtisiques.
De nombreux auteurs, dans des travaux récents, se sont occupés à nouveau de la question et ont été plus affirmatifs encore.
BÉCHET a constaté les maladies pulmonaires, la tuberculose en particulier, d’une manière fréquente dans les antécédents des épileptiques.
Rossi, après avoir compulsé un millier d’observations de phtisiques et de nerveux, aboutit à des conclusions semblables : “Il existe, dit-il, des rapports marqués entre les maladies nerveuses et la tuberculose. Ces affections s’influencent l’une l’autre, alternant dans les familles qui dégénèrent. , Selon lui, il y a lieu d'expliquer les rapports entre la névropathie et la tuberculose par les “ troubles vaso-moteurs et les troubles de Ia nutrition que les perversions du système nerveux apportent dans les organes. ,
Durour insiste tout particulièrement et établit même un rapport de causalité entre les deux maladies :
“ La tuberculose est un grand facteur d’affections nerveuses indépendamment de sa localisation spécifique sur le tissu nerveux . ..... Hystérie, neurasthénie, épilepsie éclosent fréquemment sur un terrain tuberculeux. ,
LHotTe, dans un travail très documenté, s’est fait le champion de la même thèse. Il a trouvé l’hérédité tuberculeuse dans 55,62 0,0 des cas d’épilepsie qu’il a étudiés. Dans plusieurs de ses observations, des convulsions sont notées chez des enfants issus de familles où il n'avait pu découvrir comme tare qu’une infection tuberculeuse.
Dans ces dernières années, HuuE GriFrITrH, d’'Edimbourg, signale encore l'importance de l’hérédité tuberculeuse. L'auteur, se basant sur l’étude des antécédents familiaux de 154 malades, s'attache à faire ressortir la grande fréquence des antécédents tuberculeux chez les parents et alliés des épileptiques.
Il conclut nettement à l'importance capitale de la tuberculose comme cause prédisposante des crises convulsives chez les descendants.
Enfin, dans nos observations, nous avons pu constater plusieurs fois la tuberculose des géniteurs signalée chez nos épileptiques qui avaient fait de l’éclampsie de l’enfance.
L’hérédité dystrophiante de la tuberculose est maintenant prouvée cliniquement (LAENNEC, SCHNEE- VOST, BRŒHMER, BENEKE, HANOT etc.) et expérimentalement (Laxpouzy et LŒDERIcH). Chez les descendants de tuberculeux, la croissance est troublée; laction dystrophiante porte sur les os, le thorax en particu-
lier, les muscles, les organes génitaux, ie cœur, le système artériel, le système respiratoire, le rein, le foie, en un mot sur l'organisme entier. Pourquoi ne pas admettre que cette action dystrophiante puisse se faire sentir également sur le système nerveux et créer ainsi une hyperexcitabilité, une aptitude couvulsive des centres qui se traduira dans l'enfance par des crises éclamptiques et plus tard par de l’épilepsie ?
2° Syphilis. — La syphilis héréditaire “ ne fait pas que de la syphilis. , Même lorsqu'elle ne se transmet pas en tant que syphilis aux enfants, produisant chez eux ses lésions spécifiques, elle peut apporter néanmoins dans leur organisme, des perturbations profondes, des dystrophies organiques, des prédispositions morbides. Outre la cachexie fœtale qui amène si souvent la mort in ulero du produit de conception, c'est l’athrepsie, ce sont toutes les maladies infectieuses qui viennent assaillir le nourrisson, chétif, frappé de déchéance générale, qui n'offre qu’une résistance insuffisante aux agents d'infection et d’intoxication ; ce sont enfin des manifestations pathologiques multiples et variées, parmi lesquelles les manifestations éclamptiques entrent à coup sùr pour une grande part. Cette opinion a été soutenue par de grandes autorités, telles que FOURNIER et BISWANGER qui se dit convaincu que la vérole, envisagée comme facteur d’un terrain convulsif, peut, dans certains cas, agir sur le germe “ comme diathèse, par un cortège de troubles de la nutrition ,, dans d’autres par infection syphilitique directe du germe. D'ESPiNE partage le même avis et admet que la syphilis des parents
“ parait créer chez les enfants une disposition convulsive. ,
Nous admettons donc avec HADDEN, que la syphilis héréditaire, à côté des lésions si fréquentes du système nerveux central, provoque encore des convulsions épileptiformes, qui peuvent d’ailleurs parfois guérir par le traitement spécifique et qui sont dües à l’intoxication des centres nerveux.
Hérédidé toxique
1° Alcoolisme. — L'observation clinique a montré depuis longtemps d’une façon saisissante l'influence de l'alcoolisme des parents comme facteur de la diathèse convulsive chez les descendants.
Des tares organiques de toute sorte du système nerveux ont d’ailleurs été observées chez les descendants des buveurs ; toutes ses modalités fonctionnelles peuvent être adultérées et perverties. Mais le trouble dynamique le plus fréquemment relevé peut-être est l’exagération de l’excitabilité réflexe, qui rend compte de l'apparition des désordres moteurs convulsifs atteignant les jeunes enfants des alcoolisés à l’occasion des excitences les plus minimes.
L’éclampsie des enfants était commune au pays d'Arles au xvi° siècle, ainsi qu’en témoigne Jean TaxIL dans son traité de l’épilepsie en 1612 (cité par GÉLi- NEAU). Il raconte qu’il n’était guère de maisons à Arles « où cette maladie n'ait occasionné quelque catastrophe » et il attribuait cette fréquence à l’usage immodéré que faisaient les parents des vins “furieux, de
Pre
la Crau. Il ajoute que l’on avait coutume, pour conjurer “ la gouttele aux enfants , de cautériser le sinciput de “ ces tendrelets , au fer rougi.
Mais le rôle de l’hérédité alcoolique a été surtout envisagé au cours du siècle dernier. MorEz, un des premiers, nous a fait connaître certaines modalités de l'alcoolisme héréditaire dans son immortel Traité des dégénérescences humaines.
Depuis lui, d'innombrables travaux se sont succédés, tant en France qu'à l’étranger, qui ont précisé toute l’étendue de la dégénérescence individuelle et sociale, imputable à l'alcoolisme. Qu'il nous suffise de citer les travaux de MARCÉ, CONTESSE, MASsÉ, La- VAREAU, LANCEREAUX, H. MARTIN, DEMONE, FÉRÉ, la thèse d’agrégation de DÉJERINE et, plus récemment, lcs recherches de BouRNEvILLE, les ouvrages de LE- GRAIN, SOLLIER, les thèses de DESFORGES, NicLouUx, La- DRAGUE, GUÉNARD, RENAUT, GELMA, la monographie de TRIBOULET, etc.
Parmi les étrangers, les auteurs les plus importants à citer sont, FOREL, LADAME, COMBE, DEMME (Suisse), VAUCLEROY (Belgique), Kerr (Angleterre), Bar (Allemagne), ÉCHEVERRIA (Amérique).
MAssÉ rapporte le casier familial de deux alcooliques. Le premier a eu 16 enfants : 15 sont morts, dont 10 de convulsions avant l’âge de 3 ans; le seul survivant est épileptique et scrofuleux.
Le second s’est marié deux fois. De la première femme, il a eu 16 enfants; 15 sont morts avant l’âge de 1 an dans des convulsions, le dernier est épileptique. La deuxième femme lui a donné 8 enfants :
7 ont succombé à des convulsions dans l'enfance; le seul qui reste est scrofuleux.
DÉJERINE, dans sa thèse d’agrégation, proclame la fréquence des troubles convulsifs chez les enfants des alcooliques. |
La statistique recueillie par Hipp. MarrTiN dans le service des épileptiques à la Salpêtrière est bien démonstrative.
Sur 83 enfants ou adolescents examinés, 60 fois les parents étaient alcooliques, 23 fois seulement l’ivrognerie ne fut pas constatée.
Dans les 60 familles auxquelles appartiennent les individus de la première série, le nombre des enfants était de 301, dont 132 étaient morts au moment de l’observation. Malheureusement l’auteur n'indique pas, pour ces 132 cas, la proportion, probablement assez élevée, de convulsions infantiles qui ont entrainé la mort. Sur les 169 survivants, 43 enfants avaient eu des convulsions dans leur jeune âge, il y avait 60 épileptiques et 64 enfants seulement pouvaient être considérés comme indemnes. |
Ecxeverria (in thèse LADRAGUE) donne la statistique suivante : sur une descendance de 68 hommes et de 47 femmes alcooliques et sur un nombre d'enfants de 476, il note : 107 morts par convulsions infantiles et 96 épileptiques. |
D’autres étaient idiots, hystériques, choréiques, paralytiques généraux, ataxiques ; 79 seulement étaient sains. Il ne signale pas le nombre de cas d’éclampsie infantile qu'ont sans doute présentée ces derniers sujets, frappés ou non d’affections nerveuses,
LEGRAIN a trouvé, sur 761 descendants de buveurs, 325 dégénérés, 151 aliénés, 131 convulsifs.
BouRNEVILLE a constaté l'existence de 244 enfants atteints d’épilepsie dans 163 familles, où le père ou la mère s’adonnaient aux boissons alcooliques.
Kovazewski a compté 100 épileptiques dans 60 familles de ce genre. Pour LADAME, les deux tiers des enfants de ces familles sont frappés de diverses formes du mal comitial.
LAvaREAU a établi la statistique suivante : Dans 83 familles où le père ou la mére ou les deux géniteurs étaient éthyliques, il a relevé la naissance de 410 enfants. Sur ce nombre, 100 enfants sont morts en basâge de convulsions, 83 sont devenus épileptiques, 69 sont morts d’affections du système nerveux, 21 sont survivants.
On pourrait multiplier ces statistiques. Les méfaits de l'alcoolisme héréditaire, au point de vue qui nous occupe, sont également démontrés par la grande mortalité, peu de temps après leur naissance, des enfants dont les parents sont adonnés à la boisson.
D'après la statistique de DEMME, dans 10 familles d’alcooliques choisies au hasard, 25 enfants sur 57 meurent dans la première semaine. À Paris, à Londres, à Saint-Pétersbourg, à Bruxelles, dans presque chaque ménage d’ouvriers, où l'alcoolisme sévit si gravement, les enfants meurent en bas âge en quantité considérable, le plus souvent de convulsions.
L'alcoolisme de la mère pendant la gestation est particulièrement néfaste. La femme enceinte qui s’alcoolise, alcoolise l’enfant qu’elle porte (GUÉNARD), qui
devient ainsi comparable aux embryons d'animaux que FÉRÉ a soumis dans l'œuf aux émanations d'alcool, réalisant ainsi des monstruosités ou des arrêts de développement. NicLoux a décelé l'alcool en nature dans le placenta.
Mais la forme la plus grave peut-être que réalise l'alcoolisme héréditaire est celle qui frappe l'enfant conçu pendant l'état d'ivresse de l’un ou des deux géniteurs. Ce mode particulier de l’action de l’alcool sur le produit de conception est connu depuis la plus haute antiquité. Est-il besoin de rappeler la parole de DioGÈNE à un adolescent stupide et idiot : “ Jeune homme, ton père était ivre quand ta mère t'a concu !,
À Carthage, une loi défendait toute autre boisson que de l’eau le jour de la cohabitation maritale.
Une foule d'auteurs, EsQuiIRoL, SÉGUIN, MOREL, Voisin, DEMEAUX, DEHAUT, DÉJERINE, RŒSCH, LiPPiCH, BOURNE- VILLE, BURDACH, FLEMMING, HUFELAND, LANCEREAUX, LADRAGUE.. ont rapporté de ces faits d’alcoolisme conceptionnel, manifesté fréquemment sous la forme de convulsions. On connaît le sort “ des enfants du dimanche ,. Car, chose terrible, il peut suffire d’une heure d'ivresse, même chez un sujet indemne d’alcoolisme chronique, pour que la conception, effectuée à cette heure précise, donne lieu à un produit frappé par l’intoxication.
L’expérimentation nous en a fourni une explication. Niccoux à pu retrouver l'alcool en nature dans les glandes génitales: les testicules, la prostate, l'ovaire, et aussi dans les produits de sécrétion : le sperme, le
liquide vésiculo-prostatique, lovule.
Il y a lieu de remarquer d’ailleurs que les enfants des alcooliques présentent fréquemment des altérations anatomiques des centres nerveux, souvent des malformations grossières, anencéphalie, hydrocéphalie, porencéphalie, microcéphalie, ou des lésions de sclérose, surtout d’origine artérielle, fréquemment une asymétrie cranio-faciale assez marquée, en même temps que leur organisme tout entier reste intimement et définitivement atteint.
Nous nous sommes assez longuement étendus sur ce sujet qui nous paraît de la première importance et l’hérédité alcoolique est aujourd’hui considérée comme un des principaux facteurs de la dégénérescence et en particulier de l’hyperexcitabilité nerveuse qui engendrera chez l'enfant les convulsions et, plus tard, l’épilepsie.
2° Saturnisme. — Tout ce que nous avons dit du rôle de l'alcool pourrait être répété pour le plomb. La descendance des saturnins est frappée d’une infériorité manifeste des fonctions du système nerveux.
Les cliniciens anglais ont appelé l'attention sur la fréquence des convulsions chez les enfants des potiers du Staffordschire. RENNERT signale que sur 79 enfants issus de 9 familles de potiers, 49, soit 62 ‘/,, ont eu des convulsions. Dans deux de ces familles 17 enfants sur 19 ont présenté de l’éclampsie.
RoOQUE, dans une série d'observations prises à la Salpêtrière et à Bicêtre, a relevé de nombreux cas du morbus comitialis sous ses différentes formes chez des enfants issus de parents saturnins non alcooliques.
Il est hors de doute que des constatations sembla-