PAPE RUES
Et D’Esrixe conclut :
1° Un fait avéré est la coïncidence du rachitisme et des convulsions, variable d’ailleurs suivant les différents observateurs et suivant leurs conceptions ;
2° La proportion des enfants rachitiques atteints de convulsions est très faible par rapport au nombre total des rachitiques (de 5 à 10°’, en France);
3° La coïncidence fréquente des convulsions et du rachitisme s'explique par le fait qu'ils sont des produits de la même cause : l’auto-intoxication gastrointestinale. Le rôle prépondérant de l’auto-intoxication gastro-intestinale dans la pathogénie du rachitisme a été parfaitement mis en lumière par les travaux de BoucHaRp et de ComBy, ainsi que par notre maitre, le professeur Louis SprzLManx, de Nancy, qui considère le rachitisme comme “ une maladie générale, d’origine gastro-intestinale probable, au cours de laquelle des poisons partis de l'intestin viennent provoquer au niveau du squelette des lésions d’'ostéite ,.
Ces considérations étiologiques un peu longues, marquent le terme de l'étude des causes prédisposantes de l’éclampsie de l’enfance. Nous nous sommes attaché à faire ressortir l’importance prépondérante de la prédisposition héréditaire, élargissant ce terme d'hérédité pour lui faire comprendre à côté de l’hérédité névropathique pure, les hérédités toxique, infectieuse, diathésique, dont le rôle est également manifeste. Nous avons voulu seulement, pour essayer ensuite d’en tirer les conclusions pratiques qu’elle comporte, donner un aperçu de l’état de la question à notre époque, car les anciens avaient bien entrevu
déjà ce lien redoutable, noué entre les hommes par l'hérédité et nous terminerons en citant le vieux verset de Jérémie :
Les pères ont mangé des raisins verts
Et les dents des enfants en ont été agacées.
(JéRÉMIE, XXXI, 29-30).
CAUSES DETERMINANTES
Nous serons plus bref dans l’étude des causes déterminantes. Nous devrons nous réduire à n’en faire qu'une énumération qui pourrait d’ailleurs presque se confondre avec celle des maladies de l'enfant, car chez lui tout est matière à convulsions et la cause occasionnelle est d'autant plus minime que la prédisposition est plus grande.
a) Les causes déterminantes peuvent agir par un mécanisme RÉFLEXE. Il est évident qu’il faut alors une prédisposition particulièrement forte. Notons les douleurs vives, telles que celles qui résultent d’un traumatisme, d’une brûlure, d’une piqüre, d’une chute sur la tête ou sur le ventre. Il est classique de citer l’épingle dans les langes, l'application trop prolongée de sinapismes qui ont provoqué des convulsions. Une fissure anale, un prolapsus rectal, une heraie, surtout un bandage mal appliqué, un érythème fessier, un phimosis, un testicule en ectopie, des corps étrangers des oreilles, du nez, du tube digestif ont pu amener l'apparition d’attaques éclamptiques. Deux causes méritent de nous arrêter plus longuement, car elles ont donné lieu à des discussions passionnées : la dentition
et l’helminthiase.
L'influence de la dentition était admise sans conteste par les vieux cliniciens, par Ricrietr et BarrTHEz. Elle a été niée depuis par Ma@iror, suivi par un grand nombre de médecins d'enfants, en particulier par CouBy, qui s'appuie sur le fait que les convulsions sont surtout fréquentes avant l’âge de six mois, c’està-dire avant l’éruption dentaire. Mais il nous semble, comme le fait remarquer Moussous, que si l’on accorde le rôle de cause déterminante aux corps étrangers, à ur simple phimosis, il est bien difficile de refuser le même rôle au travail laborieux de la dentition, qui apporte ainsi au système nerveux du prédisposé une excitence au moins aussi forte. On possède d’ailleurs des observations irréfutables de convulsions guéries par la scarification des dents.
L'éclampsie d’origine vermineuse, pour rare qu’elle soit sans doute, n’en est pas moins indiscutable et MarTHA à pu en réunir 22 cas à l'abri de toute discussion. Dans un certain nombre de cas, l’éclampsie a disparu après l'administration d’un vermifuge et l’expulsion des parasites. Le tœnia et les ascarides sont surtout à incriminer. CHANSON est d'avis que les accidents convulsifs sont plutôt de nature toxique, car il a observé des attaques épileptiformes chez des cobayes à qui il avait injecté du suc d’ascarides sous la peau.
b) ASPHYXIE. -- D'ESPinE attire particulièrement l'attention sur l’asphyxie par l’oxvde de carbone, due le plus souvent aux poëles mobiles dont le tirage est défectueux.
L’asphyxie est encore la cause de la plupart des convulsions que l’on observe dans la coqueluche, dans la
bronchite capillaire, dans la broncho-pneumonie et dont le pronostic est si redoutable.
La cyanose congénitale peut également provoquer des convulsions d'origine asphyxique.
c) INTOXICATIONS EXOGENES. — Nous retrouvons encore en premier lieu le rôle de l'alcool. Nous nous sommes suffisamment étendu sur ce sujet pour avoir besoin d'y revenir ici. Signalons l’intoxication par le plomb d’origine médicamenteuse ou alimentaire (par les plats revêtus d’émail), l’intoxication médicamenteuse par la belladone, la. jusquiame (baume tranquille), l’opium, la santonine administrée comme vermifuge, l'acide phénique, l’iodoforme, le bromoforme, l’antipyrine, la strychnine surtout, convulsivant parexcelencé, etc::
d) AUTO-INTOXICATIONS. — Aulo--intoxication gastro-intestinale. — GUINON rapporte à cette cause les deux tiers des cas de convulsions. Toutes les formes de troubles digestifs, l’indigestion simple, les gastroentérites aiguës avec diarrhée verte, l’entérite cholériforme, la constipation opiniàtre (choléra sec d’Hutinel), les gastro-entérites chroniques, l’athrepsie sont à incriminer.
MM. les Professeurs SPILLMANN et HAUSHALTER, de Nancy, ont decelé des poisons convulsivants dans l'intestin. Ayant pratiqué des injections d’un mélange d'extrait aqueux et d'extrait alcoolique de matières fécales de nourrissons normaux à trois lapins, ils les ont vus succomber rapidement après avoir présenté des attaques convulsives.
On conçoit que les troubles digestifs doivent encore
SCACA SU
exalter la virulence des produits de putréfaction intestinaux.
Les travaux modernes de Mya, de CHERNBACH, de ConNcETrTI, de BoLoGniNi, ont appelé l'attention sur l'insuffisance hépatique. Ils ont montré que l’on constatait généralement dans l’urine des éclamptiques une diminution de l’urée, la présence de l’urobiline et une augmentation de l’'ammoniaque, de la leucine, de la tyrosine, de l’indican. CHERNBACH a trouvé cette urine plus convulsivante pour le lapin que celle de l'adulte et de l’enfant normal. Le rôle de l'insuffisance hépatique dans la pathogénie des convulsions de l’enfance est aujourd’hui bien démontrée.
Urémie. — Les néphrites aiguës et surtout la néphrite scarlatineuse sont causes d’urémie convulsive, souvent difficile à dépister, car la scarlatine évolue fréquemment avec des allures bénignes et une durée éphémère, qui la fait passer inaperçue, jusqu’à ce qu'éclatent soudain les accidents convulsifs urémiques.
Nous pouvons, en outre, faire la remarque que, dans toutes les maladies infectieuses, l'insuffisance rénale vient prêter son concours à la toxi-infection en empêchant l'élimination des poisons convulsivants.
Hypothyroidie. —- Certains auteurs tendent à attribuer un rôle à l'insuffisance thyroïdienne. Mais il ne semble pas que l’éclampsie soit plus fréquente chez les myxæœdémateux et les crétins que chez les autres enfants. Notre maître, M. le Professeur Paris, de Nancy, a démontré, au contraire, l'influence convulsivante de l’extrait de corps thyroïde et sans nier que cette insuffisance endocrinienne ne puisse être res-
FAOUT ER
ponsable de certains cas, comme semblent le prouver des observations et des faits expérimentaux récents, nous croyons son rôle bien effacé.
e) MALADIES INFECTIEUSES. -- Les convulsions de l’enfance sont fréquentes chez les prédisposés, lors de la montée rapide et violente de la température du début des maladies infectieuses (pneumonie, bronchopneumonie, scarlatine, rougeole, grippe), où elles semblent remplacer le frisson.
Elles sont plus rares, mais aussi beaucoup plus graves, lorsqu'elles surviennent au cours ou à la convalescence de ces affections et doivent alors être rapportées à une complication méningo-encéphalique.
Une mention spéciale doit être accordée aux convulsions causées par l’otite moyenne suppurée ou non, compliquée ou non de mastoïdite. L’écoulement du pus par paracentèse du tympan suffit le plus souvent à amener la guérison à moins que l'infection ne se soit déjà propagée aux méninges et au cerveau.
Le paludisme est une cause fréquente de convulsions dans les pays à malaria.
f) LES AFFECTIONS DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL forment une catégorie importante parmi les maladies qui engendrent des convulsions.
La première place revient à la polio-encéphalite aiguë de l’enfance qui est la cause la plus fréquente des convulsions persistantes. Elle laisse après elles des séquelles : hémiplégie spasmodique, paralysies diverses, strabisme, idiotie, épilepsie. Il en est même de la poliomyélite aiguë.
Les scléroses cérébrales, sclérose atrophique, sclé-
An le
rose tubéreuse, porencéphalie, par troubles de développement ou encéphalite, sont également des causes fréquentes de convulsions. Elles donnent lieu à des diplégies spasmodiques avec arriération intellectuelle, troubles de la parole et crises épileptiformes que l’on rencontre si souvent chez les malheureux petits malades d’hospice.
Les convulsions, rares dans la méningite tuberculeuse, sont au contraire fréquentes dans les méningites aiguës à méningocoques, staphylocoques, pneumocoques, etc. qu’il est alors facile par les signes associés, céphalée, vomissements et constipation, raideur de la nuque, signe de Kernig, etc..., de rapporter à leur véritable cause.
Mais dans toutes ces affections du système nerveux, les convulsions font partie d'un complexus symptomatique et ne sont plus à proprement parler de léclampsie de l'enfance.
Nous voyons la multiplicité de ces causes déterminantes, mais pour terminer ce chapitre, répétons encore que leur rôle, indispensable, il est vrai, doit cédér le pas à la prédisposition névropathique, acquise quelquefois, le plus souvent héréditaire, qui domine toute l’étiologie de l’éclampsie de l'enfance.