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L'alimentation artificielle serait certes en tous points préférable pour l’enfant à un allaitement mercenaire par une nourrice qui ne présenterait pas toutes ces conditions ; encore faudra-t-il s'assurer que le lait de vache ou de chèvre qu’on emploie ne provient pas d'animaux sujets à des attaques d'épilepsie. C’est à dessein que nous avons exposé un peu longuement ces considérations sur le traitement prophylactique à instituer ; car notre intime conviction est que nous pourrons ainsi arriver à détourner, dans la mesure de nos moyens, de la tête de ces enfants issus d’individus tarés, le plus funeste des héritages. On diminuera ainsi l’impressionnabilité de leur système nerveux, on le mettra à l’abri des causes d’excitences anormales qui pourraient le solliciter, ou tout au moins on le rendra mieux apte à les supporter. On préviendra de la sorte dans beaucoup de cas l'explosion des accidents éclamptiques, qui ne sont trop souvent, nous l’avons vu, que le prélude d’une épilepsie future.
Il est bien évident que si, malgré toutes les précaurtions que l’on a prises, l'enfant est un jour atteint de convulsions, on devra leur opposer le traitement le plus énergique. Nous ne nous étendrons pas sur la question du traitement particulier des convulsions de l’enfance, qui devra répondre à une double indication : diminuer l’hyperexcitabilité du système nerveux, s'adresser à la cause déterminante. La première indication est remplie par l'administration des médicaments antispasmodiques, bromures, chloral, antipyrine, par les inhalations de chloroforme et d’éther, par la balnéation. On traitera la cause : on assurera
l’antisepsie intestinale par la diète hydrique, les purgatifs salins, le salacétol dans les convulsions liées aux troubles digestifs ; on luttera contre la maladie infectieuse par tous les moyens en usage, les injections de sérum ou la médication spécifique s’il y a lieu, quinine dans le paludisme, sérothérapie dans la diphtérie, cure mercurielle dans la syphilis, salicylate dans le rhumatisme ; on administrera un anthelminthique dans l’éclampsie vermineuse.
Mais cette première manifestation de la tare épileptogène devra rendre le médecin plus circonspect encore à l’avenir et lui commander de redoubler de de prudence et d'efforts, afin de soustraire le malheureux enfant, manifestement prédisposé, aux accidents épileptiques qui le menacent.
Le prédisposé fuira autant que possible la ville, la grande ville surtout, pour vivre à la campagne où l'air est plus pur et où il trouvera plus facilement le calme complet dont il a besoin. L'air de la mer est évidemment recommandable à l'enfant scrofuleux, lymphatique : il serait à déconseiller au contraire à l’enfant sujet à une exacerbation nerveuse facile. La chaleur et le froid extrêmes seront soigneusement évités.
On donnera à l'enfant des vêtements larges et chauds, qui ne gèneront pas sa circulation et le préserveront des brusques changements de température.
On évitera les étoffes colorées dans lesquelles certains produits toxiques font partie de la teinture (mordant arsenical, jaune au chromate de plomb, couleurs d’aniline).
On le lèvera et on le couchera à des heures régu-
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lières, tard le matin et tôt le soir. On veillera avec soin sur son sommeil, pour lui éviter les insomnies et les terreurs nocturnes que l’on traitera au besoin par les antispasmodiques ou les hypnotiques habituels.
Sa chambre sera suffisamment spacieuse, aérée et chauffée modérément en hiver. L'usage des poêles mobiles est absolument à rejeter à cause de l’intoxication oxycarbonée à laquelle ils exposent.
Une des questions les plus importantes est celle de Palimentation. Ce sera pour l'enfant qui vient de quitter le régime lacté complet, le lait et les œufs, facilement digestibles et assimilables, qui ne l’exposeront pas aux putréfactions intestinales et aux troubles digestifs. Pour l'enfant plus grand les repas seront réglés et le souper en particulier sera frugal. On supprimera de l’alimentation du prédisposé, comme on l’a fait pour sa nourrice, les conserves, le gibier, la charcuterie, les choux, champignons, asperges et épices. On proscrira surtout le vin et les boissons alcoolisées si funestes à l'enfant, déjà trop fréquemment frappé par une hérédité alcoolique. Nous avons parlé des “ trempettes fortifiantes , que l’on donne aux jeunes enfants dans certains pays: nous y ajouterons l’alcoolisation par les vins médicamenteux. On défendra également le café, agent puissant d’excitation cérébrale, surtout chez les jeunes prédisposés.
On traitera sans retard les moindres troubles digestifs, la constipation, source d’auto-intoxication, qui peut réveiller l’irritabilité spéciale du système
nerveux.
Si l’on a des raisons de soupçonner la présence d’ascarides, d’oxyures dans le tube digestif, il est bien évident qu'il y aura lieu de donner immédiatement à l'enfant un anthelminthique, a dose modérée toutefois, car nous avons vu que la santonine pouvait par elle-même être une cause d’excitence pour un système nerveux prédisposé et provoquer des accidents convulsifs.
On surveillera avec le plus grand soin l’état des reins, car il est essentiel que ces organes fonctionnent largement et facilement, car c’est là le moyen le plus rapide, la voie la plus prompte et la plus largement ouverte à l'élimination des toxines.
Dans le même ordre d’idées, une toilette minutieuse assurera la régularité des fonctions de la peau. On prendra un soin particulier de la bouche et des dents et il sera nécessaire de donner à l'enfant au moins un grand bain tiède par semaine. Nous sommes peu partisan des douches ou des tubs froids, dont l’action brusque est à redouter.
On fera autant que possible à l’enfant une vie calme, bien réglée, exempte d’émanations et de frayeurs. Les écarts de conduite et de caractère seront réprimés avec une sage fermeté, sans remontrances brutales, sans moyens de coercition, sans châtiments corporels violents qui pourraient avoir sur ce cerveau prédisposé les effets les plus funestes par le choc moral qu'ils entrainent. Il faut en particulier éviter avec soin aux enfants la vue d’un épileptique tombé et se débattant dans la rue. L’impression de terreur qu'ils ressentent à cet aspect, peut, on l’a vu dans bien des
cas, devenir chez ces prédisposés le germe de cette névrose qui aura trop affecté leur esprit.
On surveillera les relations avec les camarades pour éviter les taquineries. Les promenades et les jeux au grand air sont à recommander, mais l’enfant devra s'abstenir des jeux bruyants, des courses désordonnées.
Les exercices du corps sont utiles pour rappeler la chaleur et le sang aux extrémités, pour aider au bon fonctionnement et au développement normal des organes. La gymnastique suédoise est parfaitement indiquée. Mais il faudra proscrire tous les exercices qui peuvent être une cause de congestion du cerveau ou qui exposent aux traumatismes, surtout craniens (trapèze, sauts, équitation), ou aux trépidations, ainsi que le recommande M. le Professeur Paris, qui défend à ce titre l’usage de la voiturette pour promener l’enfant prédisposé.
Le travail intellectuel sera réglé avec une sage modération, de façon à inculquer progressivement à l’enfant les connaissances scolaires dont il a besoin. C’est surtout à cette époque scolaire qu’on observe les premières manifestations psychiques de ce qu’on a appelé l’épileptoïdisme, mentalité et émotivité spéciales, irritabilité, mouvements d'humeur non motivés, sensiblerie, violence, esprit d’indiscipline, qui sont des stigmates d’une tare épileptogène infiniment probable et que l’on pourra même affirmer si l'enfant a fait des convulsions de l'enfance, car cette mentalité constitue chez l'adulte le fondement du caractère épileptique.
Le médecin sera tenu alors de redoubler de surveil-
lance et d’instituer immédiatement un traitement plus sévère, qu'il complétera s’il le faut par l'administration de bromure, de laxatifs. [’instituteur devra être prévenu de la signification de ces troubles du caractère, de cette indiscipline dont un traitement peut presque toujours avoir raison. Il conservera l’enfant à l’école pour lui assurer les soins spéciaux que réclame son état. Si l’on ne peut compter sur la vigilance ou l’intelligence des parents, l’instituteur prendra lui-même en main la direction de ce traitement et il sera ainsi possible de donner à l’enfant un certain développement intellectuel et une certaine éducation.
Nous sommes persuadé que cette prophylaxie produira les plus heureux effets et pourra mettre l’enfant à l’abri de la tare que lui ont infligée ses ascendants.
En même temps son système nerveux aura été mis dans les meilleurs conditions pour supporter les causes d'excitations diverses et diversement combinées qui le viennent solliciter de plus en plus à mesure qu’il avance en âge.
Mais notre traitement prophylactique ne devra pas s'arrêter à la fin de la seconde enfance et l’établissement de la puberté demandera des mesures plus minutieuses encore. Monsieur le Professeur Paris a parfaitement démontré ce rôle de la puberté dans l'explosion des accidents comitiaux. Les sécrétions internes de l'ovaire et du testicule, du corps thyroïde surtout, viennent à ce moment réveiller l’impressionnabilité constitutionnelle du système nerveux chez les prédisposés et provoquent ainsi les manifestations convulsives. Aussi à l'approche de l'époque pubère,
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nous prescrirons un traitement bromuré plus régulier et plus prolongé, nous stimulerons l’épuration rénale, les fonctions de la peau, pour assurer l'élimination des produits des sécrétions thyroïdienne, testiculaire, ovarique. et modérer ainsi l’activité glandulaire. Il est indiqué, ainsi que le conseille M. Paris, d’y ajouter les frictions cutanées sèches matin et soir, les laxatifs, le régime lacto-végétarien le plus sévère, le benzoate de lithine, et de prévenir toutes les causes d’excitation et d’irritation des organes génitaux, la masturbation, le phimosis, les vulvites et les balanites, etc.
Chez ces dégénérés la puberté est fréquemment avancée ou retardée. Dans le premier cas, il y aura lieu de modérer l’activité des glandes génitale et thyroïde, comme nous l’avons dit; dans le second cas, au contraire, un traitement opothérapique testiculaire, ovarique ou thyroïdien prudemment conduit, nous paraît parfaitement indiqué. Les bains tièdes et prolongés, le camphre administré à intervalles choisis chez le garçon, un peu avant l’époque présumée des règles chez la fille, amèneront une heureuse sédation de l’hyperactivité des organes génitaux et du corps thyroïde.
Naturellement l’adolescent prédisposé se soumettra aux mêmes règles d'hygiène corporelle et alimentaire que nous avons édictées pour l’enfant. Il craindra les excès de table, le tabac, et avant tout l'alcool, d'autant que l’hérédité alcoolique si fréquente de notre prédisposé le porte naturellement à abuser des boissons fortes.
Le surmenage intellectuel doit-être à cette époque
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absolument prohibé. Les lectures ne doivent pas être prolongées, les fortes études, les émotions des examens seront interdites, même si l’adolescent est intelligent, car la contention d'esprit qu’elles demandent pourrait être chèrement payée.
I s’abstiendra des veilles, des exercices violents, des spectacles qui pourraient être pour lui l’occasion d'émotions pénibles et angoissantes.
Nous en arrivons à ure question d’une importance capitale, le choix d’une profession.
La profession la plus utile et la plus désirable pour notre prédisposé est celle d’agriculteur où il vivra au grand air, en vaquant aux travaux des champs, à la culture, au jardinage, à lentretien des serres et des fleurs. Il y trouvera une tranquillité plus assurée, une santé plus robuste; les membres, constamment en activé, recevront une plus grande quantité de sang, et cela, au profit du cerveau, décongestionné par ce moyen naturel. ‘
Les professions d’épicier, mercier, tailleur, drapier, libraire sont également recommandables.
Les professions qui exposent à une intoxication chronique sont absolument à rejeter.
Ainsi, seront à prohiber les métiers où l’on manie le plomb ou qui exposent à l'absorption des sels de plomb (peintres, broyeurs de céruse, ferblantiers, soudeurs, typographes, etc.) Il en est de même des métiers de doreur, d’étameur de glaces, de chapelier qui exposent à l’hydrargyrisme chronique.
Déconseillons les professions qui obligent au voisinage du feu (chauffeur, fondeur, forgeron, serrurier,