OBSERVATION XV
Dilatation de l'estomac. — Crises tétaniformes, — Mort dans le coma.
Müller. Zhid.
Marie D..., 47 ans, manouvrière. Souffre depuis trois ans de vomissements, surtout après les repas et quand la malade a bu beaucoup, vomissements de couleur brunâtre. Elle se livre fréquemment à des excès d’eau-de-vie. 51 -1i?
Le 2 octobre 1887. — Elle vomit environ deux litres de liquide ; le 5 octobre, après avoir eu des malaises dans la
journée, surviennent soudainement le soir des douleurs en
ceinture très vives suivies de vomissements abondants. Constipation et diminution de la quantité des urines.
Entre à l'hôpital le 7 octobre. Elle est très amaigrie et le visage est anxieux. Pouls très petit. L'estomac est très dilaté. Ce jour même lavage de l’estomac qui ramène trois litres de liquide brunâtre.
Traitement. — Peu de liquide, bouillon, viande rouge, petits morceaux de glace. Fees
Le 9 oclobre. — Apathie et insensibilité du pouls. Deux autres lavages.
Le 10 octobre. — Malgré le régime ordonné elle boit beaucoup, ce qui nécessite un lavage; encore vomissements dans Ja journée. Après le deuxième lavage : crampes dans les mains qui sont légèrement étendues sur le poignet, les doigts fléchis en forme de griffe, les muscles de l’avant-bras el ceux des extrémités inférieures sont contractés et saillants. Les mouvements volontaires sont presque impossibles. La pression des nerfs à la partie interne du bras augmente les contractures et la griffe.
Le 11 octobre. — L'état général s’aggrave: les contractures gagnent la face, qui prend un aspect grimaçant, les commissures labiales sont tirées et la bouche agrandie. Les membres restent comme la veille, L’excitabilité des muscles et des nerfs aux courants galvanique el faradique est augmentée. On observe le signe de Trousseau au bras et à la jambe sur le nerf péronier.
Dans la soirée la malade a du délire, tombe dans le coma ; le hoquet survient et elle meurt dans la nuit.
À l'autopsie. — Eslomac très dilaté et plein de liquide : cicatrices d’ulcère à la petite courbure. Torsion sur son axe.
OBsERvATION XVI
Dilatation de l'estomac. — Crises tétaniformes. — Guérison‘ Paliard. Revue de médecine, 1888, p. 406.
G... Mathieu, 43 ans, mineur. Excès alcooliques. Troubles digestifs débutent en 1886; vomissements quelquefois sanglants, gastralgie.
En février 1888 les douleurs ont reparu très vives.
Il entre à l'hôpital le 7 mars; il est amaigri, pâle et ressent de vives douleurs au niveau de l'estomac. Pas de dégoût pour la viande ; vomissements. Le régime lacté l’améliore rapidement.
Le 25 mars. — Après un écart de régime et après avoir mangé de la viande les douleurs reparaissent avec les vomissements et une légère hématémèse. Fourmillements très passagers, dans les extrémités des membres, et qui deviennent, à une heure de l’après-midi très intenses dans les doigts et les orteils et s’accompagnent de raideur puis de contracture ; là face est également envahie. Les parties contracturées sont très douloureuses.
A quatre heures, il est dans l’état suivant : faciès pâle, peau froide, sueurs profuses. Température rectale 389,8. Tous les muscles de la face sont contractés, rictus très accusés, mâchoires fortement serrées. Les yeux sont fermés et les pupilles rétrécies.
Aux membres supérieurs la contracture a le type de flexion mais peut être facilement vaincue ; la main est légèrement fléchie et ne peut être redressée ; les doigts sont fortement fléchis mais seulement au niveau de l'articulation métacarpo-phalan-
gienne, les autres étant étendus.
Les membres inférieurs sont en extension et les cuisses sont énergiquement rapprochées l’une de l’autre, le pied est étendu et déjeté en dehors, les orteils fléchis. La contracture est très marquée et ne peut être vaincue.
Le tronc est indemne, la sensibilité conservée partout et l'intelligence intacte. Les contractures sont permanentes, mais avec paroxysmes très rapprochés. Les muscles sont rigides et saillants, ils sont le siége de vives douleurs.
Cette crise dura six heures; l’état du malade fut amélioré
par la suite et il partit relativement guéri.
OgservaTION XVII
Dilatation de l’estomac. — Crises tétaniques. — Mort dans le coma. Læœb. Deut. arch. f. Klin. méd., 1890, p. 95.
Appelé le 6 mars 1889 auprès d’un fabricant âgé de 64 ans. Ce malade avait eu, pour la première fois, en septembre 1880, un violent vomissement de sang ; et depuis, les vomissements étaient légèrement sanglants. Au commencement de cette année les douleurs de l’estomac sont devenues plus vives et ces derniers jours les vomissements sont quotidiens.
Etat actuel. — Le malade vomit tout, même la plus petite portion de liquide. Vertiges et faiblesse dans les mollets. La parole est difficile et la voix altérée. La face est rouge et les yeux convulsés en bas. Tremblements fibrillaires dans les muscles de la main et des mollets.
À heures de l'après-midi, subitement, des crampes se montrent aux bras et aux jambes. Les mains sont dans l'attitude classique de la tétanie ; le pied est en équin ; les muscles de la partie supérieure des bras et des cuisses sont respectés.
Les parties alleintes sont douloureuses. Le visage est très
coloré et couvert de sueurs. On ne peut prendre la température à cause des contractures ; la peau est chaude sous la main.
Les pupilles régulièrement contractées sont immobiles. Le’
phénomène du facial est très prononcé. Pendant l'examen du
malade, la contracture des muscles du mollet cesse, la crampe
tonique des muscles de l’avant-bras continue et est douloureuse.
Sous l'influence de la teinture d'opium, la crise cesse vers 6 heures dans la soirée.
7 mars. — Le malade a peu dormi après la crise ; le pouls est à 72°, relativement fort, mais irrégulier. Le signe de Trousseau existe, mais non celui du facial. Par la pression de l'artère brachiale des douleurs se montrent à la main droite qui se place en position de tétanie.
Le soir, son état est aggravé; dans le courant de la journée il a encore un accès de tétanie semblable au premier, mais de plus courte durée.
Agitation, renvois et vomissements; perte de connaissance
et mort à 11 heures du soir.
OgservaTioN XVIII
Troubles dyspeptiques. — Tétanie, — Guérison. Ballet. Soc. méd. Hôpitaux, 1889.
G... Ernest, 36 ans ; avoue qu'il a fait des excès de boissons et présente plusieurs symptômes de l'intoxication éthylique chronique : pituites le matin, tremblement des membres et de la langue. Cauchemars.
Depuis un an, les fonctions digestives sont devenues plus difficiles, les renvois sont fréquents, ainsi que les vomissements.
Vautier 8
pres
Vers la fin de mars dernier, il a eu une première attaque de tétanie à la suite de l’exploration, par un médecin, de la paroi abdominale. Elle a duré 10 minutes environ, avec localisation aux avant-bras, et a été suivie dans la journée de cinq à six crises analogues.
Depuis cette époque, le malade a eu de nouvelles attaques, soit la nuit, soit le jour, et coïncidant alors avec des digestions pénibles.
A l'entrée du malade à l’hôpital on constate que la langue est saburrale, le creux épigastrique douloureux, l’estomac n’est pas notablement dilaté. La constipation est opiniâtre.
Le 27 avril, au moment même où l’on examine la paroi abdominale le malade est pris d’une crise de tétanie qui débute par une sensation de fourmillement au niveau des doigts ; bientôt après le pouce des deux côtés se place en adduction et est recouvert par l'index et le médius.
Les doigts raidis sont fléchis légèrement sur les métacarpiens tandis que les articulations des phalanges sont étendues les unes sur les autres.
Durée de l'accès : une dizaine de minutes, puis les muscles redeviennent progressivement souples.
On peut bientôt après constater l'influence de la pression abdominale sur la crise. A peine a-t-on exercé une palpation un peu violente de la fosse iliaque gauche que le malade dit: « Voilà que cela me reprend! » Et en effet les mêmes fourmillements et les mêmes ‘contractures que précédemment réapparaissent. S
Le 29 avril, par la même manœuvre on ne fait apparaître qu'une sensation de fourmillement intense dans les doigts ; le pouce, l'index et le médius se raidissent légèrement sans qu'il y ait tétanie.
Le malade est resté dans le service jusqu’au 1* août. Pen-
dant le reste de son séjour on a constaté la persistance de rémission et d’aggravation des troubles gastriques et de la constipation.
Les crises de télanie se reproduisaient dès que les douleurs d'estomac se manifestaient de nouveau et que la constipation . réapparaissait. :
Au mois d’août le malade sortait considérablement amé-
lioré et ne présentant plus d’attaqués de tétanie.
OBsEervarion XIX
Dilatation de l'estomac. — Tétanie. — Guérison. — Ballet. — Ibid.
B... Jules, avoue des excès alcooliques et présente les divers symptômes d’éthylisme chronique : vomissements pituiteux le matin, tremblement léger, rêves avec hallucinations visuelles. Les fonctions digestives sont mauvaises, les nausées sont fréquentes ; il y a du clapotement stomacal sans qu'on puisse dire que l'estomac soit notablement dilaté.
Depuis deux mois, il se plaint d’éprouver de temps en temps des engourdissements au niveau des doigts. Ces engourdissements s’accompagnent souvent de phénomènes tétaniformes qui se caractérisent de la façon suivante: la main se fléchit sur l’avant-bras, les deux dernières phalanges des doigts sur la première qui, elle, est étendue sur les métacarpiens ; les doigts sont un peu écartés les uns des autres.
La crise dure environ un quart d'heure; il s’en produit de deux à trois par jour, et elles ont toujours lieu pendant le travail de la digestion, environ une heure après le repas.
Dans l'intervalle des crises persiste une certaine sensation d’engourdissement au niveau des doigts qui s’exagère nette-
EDG Le
ment au moment où l’accès de tétanie est sur le point de se produire.
= Pendant son séjour à l'hôpital, le malade présente cinq ou six crises identiques ; il sort très amélioré après trois semai-
nes de séjour.
OgsEervaTION XX
Dilatation de l'estomac. — Tétanie. — Mort dans le coma. De Beurmann, Soc. méd. Hôp., 1889; p. 166.
R... Ferdinand, coiffeur, 40 ans. Dès 1881 a ressenti des troubles sérieux de dyspepsie: pituites, malaises, vertiges après les repas. L'appétit reste excellent et est même vorace.
Amélioration considérable à la suite d’un régime sévère et de la suppression des alcools. se
En mai 1882 il est repris des mêmes accidents ; il est amaigrieta eu des vomissements alimentaires abondants à plusieurs reprises. Le régime lacté exclusif et le repos lui permettent de reprendre ses occupations. | |
En 1883, il est obligé de se remettre deux fois au régime lacté qui le guérit encore momentanément.
En 1885 il prend un commerce de vins et alors les accidents dyspeptiques redoublent ; il a une énorme dilatation de l’estomac.
En 1886, ces accidents sont encore calmés par Île régime lacté ! |
En avril 1887, nouvelle rechute. La sensation de vertige l'empêche de se tenir debout; son sommeil est interrompu par de vives douleurs à la région épigastrique. L'estomac descend jusqu’au pubis et ne revient pas sur lui-même ni
après les vomissements ni après une abstinence de 12 heures.
LT Après peu de jours de traitement il reprend ses occupations.
Le 17 août, nouvelle crise avec vertiges et faiblesse géné. rale ; puis sensation d’engourdissement et de fourmillements des mains que le malade n’avait pas encore signalée.
Dans la nuit du 25 au 26 août : crampes douloureuses dans les bras et les jambes, puis gêne des mouvements des pieds et des mains accompagnée bientôt de douleurs qui deviennent de plus en plus vives et élendues. La main prend l'attitude classique de la tétanie, les membres se raidissent. Les douleurs sont constantes, mais avec des exacerbations, surtout si, au niveau des parties contracturées on exerce des pressions ou si l’on communique des mouvements qui exagèrent la rigidité de la contracture.
La sensibilité est intacte ; la face pâle et crispée ; la respiration rapide et superficielle, la parole entrecoupée.
Le malade a peu vomi pendant la nuit et son estomac contient très peu de liquide. La température est normale ainsi que le pouls.
Les crampes deviennent de plus en plus continues, la raideur envahit peu à peu tous les membres : les supérieurs sont dans la flexion et les inférieurs en extension.
Vers une heure de l’après-midi commence la sensation de constriction thoracique au moment des exacerbations douloureuses, la respiration devient difficile de plus en plus et le malade succombe dans le coma à cinq heures et demie.
La durée totale de la crise a élé de 13 heures.
S ; OBsERVATION XXI
Dilatation de l'estomac, — Crises de tétanie. — Mort dans le coma. Merlin. Loire médicale, 1890, p. 285.
M..., âgé de 42 ans. N'a jamais eu de maladies graves;
avoue des excès de boissons et depuis quelques années souffre de troubles digestifs intenses.
Le matin au réveil il est accablé, étourdi. Après les repas sensation de poids et de douleurs au niveau de l’estomac : éructations fréquentes.
Il y a deux mois : intolérance absolue de l'estomac et vomissements. :
Le 95 janvier, croyant avoir la grippe, il boit un demi litre de rhum; depuis ce jour l'estomac ne supporte rien et rejette tout espèce d'aliments.
Le 28, — Légère hématémèse.
Le 29. — Il entre à l’hôpital : douleurs très vives localisées au creux épigastrique, ventre souple, estomac dilaté. Bruit de clapotage. T. 38°,8. Vers 3 heures du soir crise très violente de tétanie aux quatre membres ; la face et le tronc sont respectées. La dyspnée est très vive,
Injection de morphine et cataplasme laudanisé calment le malade.
Le 30. — A 7 heures, nouvelle crise d’une demi-heure; mêmes symptômes.
Vers 9 heures 1/2, troisième crise très violente ; contracture des fléchisseurs des deux mains, des avant-bras et des muscles et du mollet. Sensibilité intacte, pas de trismus.
La parole est très difficile, la dyspnée très marquée, et le moindre mouvement paraît très douloureux.
A 11 heures le malade est indifférent à tout ce qui l'entoure ; les contractures des membres éprouvent un certain relâchement. |
A 3 heures du soir, le malade meurt au moment même où surgissait une nouvelle crise.
À l’autopsie : estomac dilaté plein de matières alimentaires