OBSERVATION IV
Mlle Gré... Louise, 31 ans, brodeuse.
Entre à la Charité dans le service du Professeur Sergent, le 13 janvier 1926, parce qu'elle tousse.
Le début de son affection remonte à 1923, trois ans plus tôt. Elle se sent fatiguée et présente des hémoptysies à répétition menstruelle. Elle est hospitalisée durant six semaines, puis fait un séjour de neuf mois dans un sanatorium où elle voit son état s'améliorer, bien que persistent les hémoptysies cataméniales.
Puis elle se soigne chez elle pendant deux ans au cours desquels elle ne présente aucune grosse poussée fébrile. Du reste, elle est généralement presque apyrétique.
Actuellement sa température est aux environs de 37°, mais elle est très maigre.
La toux est fréquente, réveillée surtout par la position verticale. L’expectoration assez abondante contient des bacilles de Koch.
L'examen physique donne peu de signes : des craquements que l’on entend en avant sous la clavicule droite, submatité en arrière dans les fosses sus et sous-épineuses droites.
Un cliché radiographique montre dans l’hémithorax droit l’existence d’une caverne, des dimensions d’une petite orange, croisée dans son milieu par la projection de la clavicule. Audessous et en dehors, une zone claire surmontant une ombre
Nes —
plus foncée avec un niveau horizontal qui peut être une seconde caverne ou un petit pneumothorax enkysté.
Un pneumothorax thérapeutique est commencé le 22 janvier. Aussitôt après les premières insufflations on constate l'existence d’une bride pleurale qui amarre à la paroi externe le moignon pulmonaire où la caverne reste béante.
Le 28 février, on constate le développement d’une nouvelle bride, verticale, allant de l’apex au dôme pleural. On essaie de pousser un peu plus le pneumothorax, mais le médiastin trop souple se laisse refouler.
En juin 1926, début de réaction pleurale avec fièvre. Au début, faible quantité de liquide qui augmente légèrement jusqu’en décembre.
A ce moment, un oléothorax est décidé pour s'opposer à la symphyse menaçante. On voit en effet le pneumothorax s’enkyster entre les brides supérieures et une adhérence qui s’établit entre la base pulmonaire et la partie inférieure de la plèvre pariétale. La symphyse entraîne déjà de la rétraction du poumon droit et l’on voit une attraction de la trachée et de la bifurcation de ce côté.
Le 8 décembre, on commence l’oléothorax et l’on injecte 45 cc. d'huile de paraffine goménolée à 2 ‘}, sans réaction
consécutive.
Le 13 décembre, injection de 45 cc. d’H. G. à 4 %
Le 16 — —- 5) CO — Le 20 — — HTC. — Le 23 — — SÙ CC. Le 10 janvier 19927 — 45 cc. — Le 8 février — HO cc. —
À ce moment le blocage est complet. Mais sous l'huile, on distingue sur la radiographie l’image persistante de la caverne qui n'est pas effacée. La température est normale, l’expectoration persiste, diminuée.
Le 7 avril : 45 cc. avec pression terminale légèrement po- UVOR Et D:
Le 27 avril : 50 cc. : pression terminale nulle.
Le 20 juillet, la toux est fortement diminuée, l’expectoration très réduite ; la température est de 37°5 le soir, 37° le matin. On refait une injection d'huile goménolée à 2 ",, de 50 ce., laissant une pression légèrement positive.
Une radiographie pratiquée à ce moment montre l’apparition, du côté gauche, d’une image en forme de raquette à manche hilaire fortement suspecte de traduire une perte de substance.
Le 20 septembre 1927, dans une crise de fou-rire, la malade éprouve une vive douleur avec sensation de déchirement intérieur et présente une vomique huileuse abondante entraînant un état d’asphyxie. La fièvre s'élève à 39°, et la malade meurt six jours plus tard, le 26 septembre.
Résumé : Pneumothorax artificiel commencé le 22 janvier 1926 pour tuberculose ulcéro-caséeuse du poumon droit. Inefficacité. Symphyse menaçante avec développement de brides. Oléothorax antisymphysaire commencé en décembre 1926. Inefficacité. Le 20 juillet 1927, bilatéralisation. Le 20 septembre, perforation. Décès.