‹ Contribution à l'étude des Déformations Tardives Consécutives aux Fractures du Membre InférieurChapitre 15 sur 17 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Fracture du fémur droit.— Consolidation angulaire. — Impotence absolue du membre. — Ostéotomie cunéiforme et résection

du cal.

Léon G... âgé de trente-trois ans, est entré le 27 octobre 1905 à l’hôpital Necker, salle Malgaigne n° 20.

Il présente une fracture du fémur droit qui s’est terminée par une consolidation vicieuse et qui l’empêche absolument de marcher.

C’est le 15 octobre 1904, que dans une chute il s’est fracturé

le fémur. En cherchant à se relever, il a fait sortir le fragment inférieur du fémur au travers de la peau. Transporté à l'hôpital de Corheil, il a été soumis à l'extension continue par des poids, après que l'on eut réduit le fragment qui avait fait issue par la plaie. Celle-ci s'est, paraît-il, cicatrisée en trois ou quatre jours, sans quil y ait eu suppuration.

Pour les tractions, on a recours à l'appareil de Tillaux quia été trois fois réappliqué pendant la durée des soixante-dix jours où on l'a laissé en place.

Puis on a recours à un appareil plâtré. Ce ne fut que le 6 Janvier 1905 que CG... commença à se lever avec des béquilles et qu’il sortit de l'hôpital.

Son membre lui paraissait alors être moins raccourci qu'il ne l'est actuellement.

Aujourd'hui ce qui frappe à première vue c'est l’énorme saillie que présente la cuisse vers sa partie toute supéricure. Cette saillie se présente en avant et en dehors où l’on sent le fragment supérieur du fémur soulever les téguments.

Il existe en effet une consolidation angulaire : le fragment supérieur s’est porté en avant et en dehors, l’autre fragment est placé derrière lui et presque inaccessible à ia palpation. Cesfragments sont d’ailleurs réunis par un cal excessivement gros et qui paraît très solide, [Il n'y à pas trace de mobilité anormale de la fracture. La saillie du cal est situé à 15 ou 17 centimètres audessous du grand trochanter.

La cuisse est très atrophiée, les muscles de la cuisse sont aussi très réduits de volume. |

Les mouvements du genou droit sont presque intégralement conservés.

La mensuration donne :

Vollet : ” à

côté droit côté gauche Epine iliaque À. S. à la malléole interne 27 2 fouet Dee RENE GERS 0,86 Epine iliaque À. S. à la malléole EX ICTNe Ne ARR ES NE ER 0,815 0,885 Grand trochanter à l'interligne |

articulaire du genou. PONT 0,45

Cette dernière mensuration est faite avec un ruban métrique qui suit la convexité de la fracture,

Le raccourcissement du membre est donc de 7 à 8 centimètres, dont 3 au moins sont dus au déplacement angulaire des fragments, le reste au chevauchement,

La marche, même avec une semelle surélevée est tout à fait impossible. C’est à peine si le malade peut s'appuyer sur son membre inférieur droit, en se servant de béquilles. IL en est empêché non seulement par l'insuffisance de longueur du membre, par la sensation de manque d'équilibre qu'il ressent, mais aussi par une douleur très vive qui le prend dans la région interne et postérieure de la cuisse dès qu'il essaie de s’appuyer sur la jambe fracturée, É

Comprenant qu'il n'y a rien à espérer ni de l’expectative, ni d'aucun autre moyen de traitement, C... demande instamment qu'on redresse son membre par une opération.

L'ostéotomie cunéiforme du fémur est résolue et pratiquée le 24 novembre 1905 par M. le Professeur Berger.

Une incision de 15 centimètres de longueur découvre la saillie du cal, en traversant le vaste externe du triceps fémoral. Le périoste est incisé jusqu’à l’os. Le cal est dégagé et isolé du périoste avec la rugine. Ce temps de l’opération est labo-

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rieux et accompagné d’un écoulement sanguin notable, surtout au moment où l'on isole le côté interne de la fracture.

On constate qu'une masse éburnée très volumineuse réunit les deux fragments. On procède à la résection avec le ciseau et le maillet d'un coin osseux interposé entre les fragments. La section des os est exclusivement difficile et longue. On se sert pour le faire, principalement du ciseau « ondulé » d'Hennequin, sur lequel il faut frapper avec toute la force possible pendant plus d’une demi-heure pour arriver à détacher complète ment le coin osseux très compact qui est en quelque sorte enclavé dans l’intervalle des fragments.

On supprime à peine une mince tranche du Ro SUPÉ= rieur et du fragment inférieur. La résection cunéiforme faite, il est difhicile encore de remettre les fragments bout à bout, plus difficile encore de les y maintenir ; le fragment supérieur se porte sans cesse en avant et tend à reproduire ainsi le déplacement. Pour s’y opposer, on établit entre ces deux fragments dont les surfaces correspondantes sont assez obliques une réunion avec un cerclage formé de trois très forts fils d'argent réunis qui entourent les fragments et les maintiennent au contact.

La réunion de l’incision est faite par-dessus un très large drainage du foyer.

Le membre redressé est placé dans un appareïl à extension continue d'Hennequin.

L'opération a duré plus d'une heure et demie et a été des plus pénibles, \

Suites de l'opération. — Le pansement est renouvelé tous les jours, à cause de l'abondance du suintement sanguin.

Malgré la rigueur des précautions aseptiques que l’on a mises

en œuvre, dès les premiers jours, la plaie s’infecte et la suppuration survient. Elle est fort abondante pendant trois ou quatre semaines, nécessite le drainage très large du foyer par deux gros tubes et des lavags quotidiens à l’eau oxygénée.

Grâce à des soins minutieux et quotidiens, la suppuration diminue ; les fragments osseux que l’on sentait à nu au fond de la plaie, se recouvrent de bourgeons ; au bout de deux mois on peut retirer le tube à drainage ; mais il persiste un trajet fistuleux qui conduit sur le fil métallique.

L'extension continue a été maintenue pendant plus de trois mois. | 1

Au bout de quatre mois, l’opéré se mit à marcher avec des béquilles. Il quitta l'hôpital avec un membre sur lequel il peut s’appuyer pour marcher avec l’aide d’une simple canne ou même sans canne. La mensuration comparée des deux côtés ne donne plus que r centimètre de raccourcissement du côté droit.

GC... est rentré dans le service six mois plüs tard pour se faire retirer le fil d'argent qui entourait les fragments et qui déterminait la persistance d’un trajet fistuleux d’ailleurs peu gênant. Celui-ci s’est fermé immédiatement après l’ablation du

fil qui a été très facile.

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