‹ Contribution à l'étude des Délires de Zoopathie interneChapitre 10 sur 42 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le délire de zoopathie interne est un délire cénesthésique

La cénesthésie de xowvos, commun et «oûnouw, faculté de sentir, « est le nom donné par Reil, à l’espèce de sentiment vague que nous avons de notre être, indépendamment du concours des sens et dont quelques physiologistes ont voulu faire un sixième sens ». (Dictionnaire de Nysten). Cette cénesthésie serait donc constituée uniquement par les sensations internes ou organiques, elle relèverait uniquement du domaine du grand sympathique ; d’après Roy, elle ne serait à « proprement parler que la conscience végétative ou splanchnique, la conscience du grand sympathique ». Cependant, pour M.Deny,de Paris, « les sensations internes ou organiques qui constituent le sens de la vie, la cénesthésie, ne proviennent pas uniquement de nos viscères ; à côté de nos sensations viscérales transmises par le pneumogastrique ou le sympathique, il en existe un nombre d’autres ayant pour point de départ les muscles, les articulations, les os, etc., qui parviennent au cortex par les autres nerfs centripètes ». Pour Morel, cette cénesthésie n’est que « la notion de notre existence fournie par l’ensemble des sensations que nous éprouvons à un moment donné et se succédant, tantôt sous un mode (sensations externes), tantôt sous un autre (sensations internes), tantôt agréables, tantôt pénibles » et cette définition se rapproche de celle de Grasset qui fait de la cénesthésie « la conscience du moi physique » et de celle de Henle qui

Hope en fait « la somme, le chaos non débrouillé des sensations qui, de tous les points du corps, sont sans cesse transmises au sensorium ».

Mais sans entrer dans la discussion soulevée au Congrès de Rennes, au sujet de la cénesthésie, nous admettrons que ces sensations sont transmises au sensorium, sans que, ainsi que dit Roy : « Nous en ayions conscience ou plutôt sans que nous ayions conscience de leur transmission continue ». Et, à ce sujet, tous les auteurs sont d'accord pour admettre qu’à l’état d'équilibre qui'constitue l’état de santé parfaite, la cénesthésie est inconsciente, du moins si l’on veut parler d’une conscience claire, distincte et localement déterminable comme celle des impressions extérieures; mais on peut admettre avec Peisse, que nous en:avons « une conscience latente, analogue à celle des sensutions qui provoquent et accompagnent les mouvements respiratoires, sensations qui bien qu'incessamment répétées passent encore inaperçues »; plus loin, il ajoute : « Ce sentiment est continu, uniforme et toujours égal, ce qui l’empêche d’arriver au moi à l’état de sensation distincte, spéciale et locale »; Séglas écrit : « La sensibilité viscérale qui résulte de la synthèse des impressions en rapport avec les conditions anatomiques des organes internes et l'exercice des différentes fonctions de l’organisme, se résout d’habitude en un sentiment vague de malaise ou de bien-être général; elle ne devient vraiment consciente que dans un état morbide de ces organes, par suite duquel les impressions vagues et non localisables d’où elle résulte, entrent dans le champ de la conscience sous une forme douloureuse ».

D’après Esquirol, trois conditions sont nécessaires pour la perception d’une sensation : « L’intégrité de l’organe qui recoit l'impression, l'intégrité du nerf qui transmet l’impression et l’intégrité de l’instrument qui réagit sur cette même impression ». Nous venons de voir qu’à l’état de santé parfaite, cette sensation provenant d’un viscère ira se placer dans l’inconscience ou mieux dans la subconscience des phi-

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