‹ Contribution à l'étude des Délires de Zoopathie interneChapitre 9 sur 42 · PRO · texte numérisé non relu

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renfermait de la fougère mâle. Lorsqu'elle se fut crevée dans l'estomac, il sentit que quelque chose montait par secousses à la gorge. C'était le « plongeur ». Depuis cette époque le plongeur est là. Il habite en dehors de l'intestin, dans la poche des intestins. Le matin, lorsque le malade presse dans l’aine gauche, il sent que çà monte et çà descend en même temps que çà fait « couac, couac ». C’est le plongeur. Celui-là a des crochets, des aiguillons. Une fois il l’a saisi à travers la peau du ventre, il a senti les aiguillons, c'était comme un crabe, çà lui a fait mal et ça à fait « couac, couac »; le plongeur est aussi très gros et très long.

Le troisième ver est appelé par C..., le « voyageur >, Le voyageur est survenu au mois de janvier 1894, à l'hôpital de St-Germain en Laye, dans les mêmes conditions que le précédent. On lui avait donné des capsules de fougère mâle au calomel contre son tœnia. Après les avoir absorbées, point de côté gauche au niveau du cœur, coups d’aiguilles. C'était le voyageur. Ce ver n’a accompli jusqu'ici que deux ou trois pérégrinations. La première date du 13 ou 14 avril. Le malade à senti un besoin d’avaler. Plus il avalait, plus çà lui faisait mal. C'était le ver. Il à fait le tour de la gorge. Puis il est monté dans la tête, a entouré le cerveau, est allé percer une petite peau du côté de l'oreille, puis est revenu se loger dans la « palette » (luette), puis dans le côté droit du cou où il à fait une plaie et où il l’a vu dans une glace, «comme un fil blanc». Il a pris de l’alun, de la tisane de bourgeons de bois d'érable, Çà l’a fait partir, mais il est remonté dans la tête, où il resté cette fois trois jours. Il s’est promené dans le crâne et a perforé le cerveau. Çà lui a fait passer une nuit blanche et il est resté & bloqué » comme étourdi. Actuellement, il le sent dans le nez. Il fait « tu, tu, tu ». Le nez lui démangeait tellement hier qu’il à humecté avec de la salive une allumette et en à frictionné l’intérieur des deux narines. Il à pu ainsi rester tranquille et dormir.

Le tœnia est le plus gros et Le plus terrible. Il se nourrit de « foutre » comme le plongeur. Celui-ci est moins terrible depuis qu’il se fatigue. Quant au voyageur, il vit dans le sang et se nourrit de ‘sang.

Ces animaux l’affaiblissent. Il éprouve des mouvements de reptation dnns son ventre, des craquements dans la tête, des douleurs diverses, des picotements dans les yeux qui s’élargissent de plus en plus par le « reflet du tœnia ». Il a peur qu’ils n’arrivent à le faire mourir. Quand

CHDQUES

il mange des asperges, ils se mettent en danse et produisent des grognements. Il voudrait bien s’en débarrasser, mais n’ose pas espérer réussir. Il s’est composé un remède qui produirait bon effet; il faudrait faire une mixture avec 300 grammes de sel gris et d’ail avec addition de 200 grammes de tabac calciné, suivi de purge. Mais il n’a pas osé expérimenter ce remède parce qu’il a peur que çà ne lui fasse mal à la verge. Le malade interrogé sur l’origine première de son tœnia, déclare que depuis sa jeunesse, il était sujet à des malaises, surtout à des coliques et à des maux de tête pour lesquels il a consulté des médecins à cette époque, sans savoir ce dont il s'agissait. Mais il se souvient maintenant que vers l’âge de douze à treize ans, il y avait chez son voisin un bouledogue qui jouait avec lui, le caressait et le léchait. Ce chien rendait des vers, il en à vu des morceaux qui pendaient à son derrière. C’est à ce moment et de cette façon qu’il à dû attrapper son tœnia.

Examen physique. — On peut constater chez ce malade :

19 Un trouble assez apparent de la parole, constitué plutôt par un tremblement qu’une hésitation. Les mots d'épreuves peuvent être dits ;

20 Une écriture tremblée ;

30 Un tremblement fibrillaire marqué à la langue qui, la bouche ouverte, s'étend aux lèvres de façon à constituer la trémulation labiolinguale de la paralysie générale progressive, gagnant même à certains moments les muscles périorbitaires. Le même tremblement plus marqué encore occupe les mains;

4° Les réflexes sont exagérés surtout les réflexes rotuliens ;

50 Une certaine obtusion mentale avec obnubilation de la mémoire.

On note également chez C.., des symptômes d’alcoolisme ; dyspepsie alcoolique, vomissements glaireux en fusée, langue chargée, constipation, crampes et fourmillements dans les pieds, rêves délirants professionnels. Il s’est vu une nuit en conversation avec la femme de son patron qui le chasse, enfermé dans une chambre... se voit au four faisant le pétrin.

On trouve également des stigmates de dégénérescence existant chez C..., voûte palatine profonde et ogivale, lobule adhérent...

D’après les renseignements qui nous sont fournis par M. Decorse, interne à l’asile, le malade entré à Cadillac le 26 mars 1896, y meurt le 9 novembre de la même année d’une cirrhose atrophique, ayant toujours conservé les mêmes idées délirantes.

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