ASIE
Dans ce triste état, il implora le secours de bien des gens qui lui prescrivirent des purgatifs forts, dont l’usage augmenta le mal. Il se plaignaït surtout d’avoir son estomac habité par un ver vivant qui, par intervalles, grimpait dans l’œæsophage au moyen de ses pattes crochues, et lui causait des anxiétés et des lipothymies. Il disait qu'il pouvait l’empêcher de monter en se pressant la poitrine. Il dépeignait ce ver comme un lézard à deux têtes, avec un corps ovale et une queue tortueuse; il en dessina la figure un peu avant sa mort et pria en même temps qu’on fit l’ouverture de son cadavre. La poitrine et le bas ventre ayant été ouverts, on trouva le foie adhérant par sa face concave à l’estomac, dans la région du pylore, de manière qu’on ne put l’en séparer sans en déchirer la substance et sans y faire un trou par où des vents extrêmement puants s’échappèrent avec bruit et sifflement. Après avoir lié les deux orifices de l’estomac, on fit une incision transversale de l’un à l’autre, le long du dos; on ne trouva rien d’animé, mais seulement une matière sanguinolente et fétide; le pylore était ulcéré, embarrassé par plusieurs excroissances glanduleuses, livides, noires, très puantes, qui bouchaient le passage aux aliments et qui admettaient à peine un petit filet. La vésicule du fiel était plus enflée qu’à l’ordinaire, le pancréas était sec et dur ; tous les intestins étaient vides et gonflés, surtout cette courbure du colon qui est entre la rate et le rein gauche et le cæœcum. Une portion de la rate, de la grosseur du poing, était noirâtre, etc. On demande ce qui en a inspiré au malade pour l’idée d’un lézard ? «Herman conjecture que c’étaient des vents. »
La conjecture d’Herman est très fondée et mérite d’être regardée comme une vérité bien prouvée; car, qu’elle autre chose qu’un vent qui se portait par intervalles en haut aurait pu imiter un animal vivant grimpant dans l’œsophage et en imposer ainsi au malade effrayé ? Dans ce cas, le passage du pylore étant fermé partout de tumeurs qui l’occupaient, et par la portion du foie adhérent à la portion voisine de l’estomac, celui-ci étant continuellement irrité et froncé par l’exulcération et par la préférence des humeursâcres, le spasme devait se porter suecessivement jusqu’à l’œæsophage et repousser l’air en haut, comme par ondées, et par une sorte de mouvement vermiculaire. Alors, la partie du tuyau la plus inférieure et rétrécie par l’éréthisme ayant quelque ressemblance avec une queue, celle qui immédiatement au dessus était
énre dilatée par les vents ayant du rapport avec un ovale, et, enfin, la plus supérieure n'étant ni aussi conservée que la première, ni aussi distendue que la seconde et imitant en quelque façon la tête, donnaient lieu à la fausse idée de la présence du lézard. L’imagination frappée du malade ajoutait aisément les autres traits. Les rapports que le malade avait et l'effet de la pression de la poitrine qui empêchait le prétendu animal de grimper, prouvent que les vents étaient la cause de ce symptôme bizarre; et l’air très puant qui sortit avec bruit et sifflement de l’estomac
percé démontre cette vérité.