ET UE
OBSERVATION XXII (Résumée)
(RourINovrTcn, Annales médico-psychol., Te série, t. XX, 1894.)
Il s’agit d’une femme qui, après de nombreuses crises alcooliques, est amenée en 1891 à Finfirmerie du Dépôt où le docteur Legras rédige le certificat suivant : « Délire mélancolique d’origine probablement alcoolique. Hallucinations de la vue, réticence, insommie, cris à l'assassin. Refus de nourriture. Apathie. Indifférence, idées de persécution. Tremblement des mains et de la langue. » Deux jours après, M. Magnan fait le certificat : « Délire alcoolique avec hallucinations, peurs, craintes, frayeurs, excitation. Tremblement des mains. » La malade quitte l’asile de Vaucluse en août 1892 et se présente le 21 décembre à la consultation externe de la clinique Sainte-Anne. M. le Professeur Joffroy l’engage à entrer dans son service.
Elle présente des haïllucinations auditives désagréables à Foreille droite tandis qu’à l’oreille gauche on lui dit des paroles de consolation et de défense. Hallucinations de la vue (têtes ou membres de mort), de l’odorat et du goût. On lui cerne la gorge et la bouche. Il y a des serpents qui remplissent sa tête, qui voyagent dans son corps, qui irritent ses organes génitaux, qui lui ôtent la pensée et l’empêchent de parler. Ce sont certains « Duf... » qui la persécutent ainsi... Toutes ces idées de persécution partent de cette première conception que les « Duf... » l’ont dénoncée à la police pour sa mauvaise conduite... les conceptions délirantes sont sous la dépendance d’hallucinations multiples, variées, d’origine alcoolique et qu’en outre l’alcoolisme chronique à déterminé chez elle des affaiblissements intellectuels, en particulier pour la mémoire.
Aucun signe de dégénérescence physique. *
Pas d’antécédents héréditaires.
Chez ces malades, le délire se présente le plus souvent sous forme d'accès plus ou moins aigus avec dépression. Nous lui trouvons aussi les caractères décrits par notre maître, M.le Professeur Régis : « L'état anesthésique douloureux, la
LETICOU Es dépression ou l'anxiété, le caractère nettement auto-accusateur, la fréquence et l'importance moindre des hallucinations, la tendance au suicide. »
Dans la mélancolie subaiguë dont « l’état repose aussi sur les troubles fondamentaux de la cénesthésie » peuvent survenir des « préoccupations maladives constituant plutôt des idées fixes ou des idées obsédantes qu’un véritable délire » (Régis) ; c’est bien le cas de l’observation suivante qui nous montre une malade dans la phase présénile et faisant à l’occasion de légers troubles organiques un délire de zoopathie interne, qui a résisté à une cure psychothérapique ayant d’ailleurs, comme presque tous les essais de ce genre, amené une guérison momentanée.
OBsERvATION XXIII (Résumée, inédite)
(Service de M: le docteur ANGLADE)
Due à l’obligeance de M. le docteur JACQUIN.
B.., 51 ans. Psychose d’involution présénile caractérisée par des idées mélancoliques, des préoccupations hypochondriaques. Idées délirantes zoopathiques. Réactions d’agitation anxieuse.
Entrée à l’asile de Château-Picon le 13 août 1903. Depuis le 1° janvier 1903, la malade avait des crises d’excitation très fréquentes à la suite de la ménopause, Il y a environ deux mois, les crises, devinrent plus fortes et coïncidèrent avec le retour des règles. Dans ces crises elle criait « Ah ! maman » et pleurait. Elle se plaignait du côté gauche. Elle prétend qu’elle a dans le côté un ver qui lui ronge l’estomac. Etant calme la nuit, pas de rêves ni de cauchemars, pas de visions terrifiantes.
13 août 1903 : « Je me suis fait passer aux rayons X, parce que j'avais peur d’avoir le ver solitaire. Je me sens remuer dans le côté droit, on dit que c’est nerveux, moi je pense que c’est le ver solitaire. Ah maman ! maman ! j’ai le ver dans l’estomac, je n’ai pas faim, je n’ai que soif tellement je crie ». La malade est très anxieuse, se plaint continuellement
LT 0EE sur un ton geignard, ne reste pas au lit. Il est impossible de l’examiner au point de vue somatique.
14 août 1903 : « Je suis perdue, çà me remue Fais le ventre, je crois que j’ai le ver ».
19 août 1903: « Je suis plus malade que quand je suis entré ; je crois que j’ai le ver solitaire et non pas une araignée au plafond comme vous le dites ».
28 août 1903 : « Le matin j’ai une sorte de paralysie nerveuse qui me fait grelotter ». Mais-sortez moi ce ver solitaire | mais pourquoi çà me pique là ? Elle désigne l’hypochondre droit.
Le lendemain,'avec une mise en scène destinée à frapper l’imagination de la malade, on lui fait prendre un purgatif qui doit faire partir le ver solitaire. En même temps, avec de la mie de pain on essaie de façonner un ver que l’on met dans une fiole et que le lendemain on montre à la malade comme ayant été expulsé au milieu d’une selle. Aussi le 2 septembre 1903, elle est beaucoup plus calme. « Ma potion m’a fait beaucoup de bien » dit-elle, Mais cette idée ne persiste pas, car quelques jours après : « Une dame m’a dit que le foie attire les petits vers, raconte-t-elle, moi j'ai le ver solitaire ».
La malade sort de l’asile, réclamée par son mari, ayant conservé ses
idées délirantes.
Les paralytiques généraux peuvent aussi faire du délire de zoopathie interne, mais chez eux, comme du reste toutes les autres idées délirantes, il est absurde, mobile, contradictoire, incohérent, et le plus souvent ayant trait aux fonctions du tube digestif. Le malade de l'observation XI de la thèse de Cazeneuve (thèse de Bordeaux 1904), parmi de nombreuses idées de négation explique « qu’un rat a pénétré dans son ventre, a mangé et pourri les intestins ». Ainsi que nous le montre l’observation suivante, cette idée n’est pas douloureuse ; ils conservent leur euphorie en racontant ainsi que le fait la nue de multiples accouchements d'êtres et de choses dont la réunion forme un assemblage bizarre.
AUTATES
OBSERVATION XXIV (Résumée, Inédite.)
(Service de M. le D' ANGLADE.)
(Due à l'obligeance de M. le Dr Jacquin.)
B.., soixante ans, lisseuse, entrée à l’asile de château Picon le 2 février 1906.
Atteinte de paralysie générale progressive, caractérisée par l'embarras de la parole, tremblement de la langue, la dilatation inégale des pupilles, délire de grandeur, euphorie, troubles moteurs, troubles phonétiques, démence globale ; indifférence, satisfaite. Cyto-diagnostic positif, Albumo-diagnostic positif. Lymphocytose confluente.
Le 5 février, la malade dit : « Je serais enceinte de trois mois que cela ne m'étonnerait pas, car je me suis amusée avec mon mari. Je le sens remuer depuis quatre mois ». Le 13 février : « Je suis enceinte de quatre mois, mes derniers rapports avec mon mari datent de quarantesix ans. Je le sais par trois médecins et un oculiste. Le docteur Grand Esprit de vin m’a examiné et m'a dit que j’accoucherai d’un chien et d’une chienne ». Le 14 février : « Je suis toujours bien contente — rit béatement — je suis enceinte d’un drôle, non d’un drôle et d’une petite fille. Vous serez le parrain et la sœur la marraine ». Le 22 février, très calme : « Je vais accoucher ce soir ». Le 24 février : « J’ai accouché de deux petites filles, d’un cochon, d’une poule et d’un kilogramme de sucre ». Rit aux éclats, Le 15 mars : « Jai accouché, il y a quatre jours, de deux enfants, un chien, un cheval et une truie ». La malade rit en disant cela. Le 20 mars : « J’ai mal au ventre. J’ai des douleurs d’enfants, il y en a au moins huit, J'accoucherai dans huit jours ».
A l’examen de la malade on trouve le ventre ballonné. Pas de constipation, Toucher vaginal : l’utérus élevé, un peu dévié; latéro-version à gauche; effacement du cul de sac antérieur. Le col est entr’ouvert, on le sent dur, un peu granuleux sur les commissures, pas ulcéré. Pas de tumeur sentie par le palper bi-digital. Pas de pertes muqueuses, hémorragiques ou purulentes.
Percussion abdominale. Sonorité exagérée, météorisme,
En mai 1906 : « Je vais me marier avec mon cousin-germain (rit aux éclats). Je vais accoucher mardi de deux petits bébés et d’un cheval ». La malade est indifférente, salisfaite, se montre aimable, bienveillante.
Nous avons vu que c’est surtout chez les hystériques que nous trouvons la seconde forme clinique du délire de zoopathie interne, et, à ce sujet, nous avons cité les opinions de MM.Kéravalet Angiollillo, aussi nous n’y reviendrons pas ici.
Mais c’est surtout chez les dégénérés, chez les débiles mentaux que nous trouverons cette idée délirante. Chez eux, en effet, le terrain est tout préparé; ils croient fermement que des animaux peuvent vivre dans le corps humain à l’état de parasites, sans être incommodés, mais en torturant le malade qui les porte; ces débiles sont pour la plupart des gens de la campagne, ayant une crédulité presque excessive pour toutes les légendes qui ont cours dans le milieu où ils vivent. Aussi, à l’occasion d’un trouble gastro-intestinal sont-ils tout disposés à admettre qu'ils ont avalé une bête. Bien souvent il leur est arrivé de boire à une source ou à une fontaine à la surface de laquelle ils pouvaient voir des bêtes, ou supposer dans cette eau l’existence d'œufs d'animaux; aussi cette idée de possession par une bête vivant et se développant en eux prend bien vite corps et le délire est constitué.
C'est aussi chez ces débiles mentaux que nous rencontrerons la seconde forme clinique du délire de zoopathie interne. Nous publions ici les observations de deux malades de l’asile de Château-Picon, l’une atteinte de débilité mentale et dégénérescence, l’autre de débilité mentale acquise.
OBSERVATION XXV (Résumée, inédite)
‘(Service de M. le docteur ANGLADE.)
Due à l’obligeance de M. le docteur JacquIN.
Marie D..., quarante-un ans, entrée à l’asile de Château-Picon le 13 mars 1902.
Lo —
Débilité et dégénérescence. Lypémanie avec idées vagues de persécution. Hallucinations ou illusions viscérales (elle a un serpent dans le ventre), agitable, désordonnée dans sa tenue.
Son mari attribue les troubles mentaux qu’elle a, à une entérite muco-membraneuse qui remonte à environ trois ans. A la suite d’une
crise aiguë il y à un an, les troubles mentaux se sont déclarés. Au mois
. de septembre n’y tenant plus, elle entre à l'hôpital Saint-André, service
de M. le docteur Pitres, où elle reste un mois ét demie. Elle croit à ce moment (ayant de fortes coliques) qu’un animal est dans son ventre et la
.mord profondément.
Facultées intellectuelles un peu affaiblies, Mémoire troublée. Hallucinations de l’ouïe. Pas de visions terrifiantes ni de fantômes. Elle croit avoir un serpent dans le ventre, Ca me mordait; si je faisais mon ménage irrégulièrement, si je m'écartais un peu, je le ressent ». — 27 février 1907 : « J'ai une grossesse forcée, maîtrisée ; il y a neuf mois juste, je le sens remuer, je voudrais qu’on me conduise à l’hôpital Saint- André pour qu’on m'opère; j'ai dit à mon mari que j'étais enceinte, ii le sait ».
Janvier 1907 : « J'ai toujours des serpents dans le ventre, un crocodile ; je l'ai tout vivant. Il me mord, je le sens remuer. Il ne me parle pas ». Il se serait introduit par la bouche, avec les aliments. Démence commençante. Malade désordonnée, ne s’occupe pas, se tient mal.
Constipation opiniâtre. Entérite muco-membraneuse,
OBsERVATION XX VI (Résumée inédite)
(Service de M. le docteur ANGLADE.)
Due à l’obligeance de M. le docteur JACQUIN.
Fernande D.., trente-quatre ans, sans profession, entrée le 27 mai 1891, sortie le 5 septembre 1891, rentrée en juin 1897.
Débilité mentale acquise.
24 mars 19083 : « J'ai plusieurs bêtes dans l’estomac et dans le ventre:
des crapauds, des araignées. L’araignée me monte à la gorge, vient me
mordiller la langue, je suis dévorée par les bêtes.
STRESS
Janvier 1907 : « J'ai eu des araignées, des crapauds, mais maintenant ils dorment.
Il n’est pas rare non plus de voir l’idée de possession survenir chez les persécutés, de même que nous voyons plus loin (Obs. de Plaquet) un malade faire du délire de persécution au sujet d’un animal bizarrement introduit dans son organisme. Mais le plus souvent cette idée ne se présente que sous forme de syndrome accessoire, inconstant souvent. À quelques jours d'intervalle on peut ne plus le retrouver, puis le rencontrer de nouveau à l’occasion de troubles viscéraux. Il en est de même dans la démence précoce. Nous reproduisons ici en les résumant deux observations de persécutées et une de démente précoce avec délire de zoopathie interne.
OBSERVATION XX VII (Résumée, inédite)
(Service de M. le docteur ANGLADE.)
Due à l’obligeance de M. le docteur JAGQUIN.
Marie D..., trente-neuf ans, ménagère. Entrée à l’asile de Château- Picon le 1er octobre 1905.
Persécutée. Hallucinations de l’ouïe,du goût, de l’odorat, de la sensibilité générale. Troubles hypochondriaques. Réaction violente.
Quelquefois, au lit, disait que des serpents lui montaient dans les jambes et lui entraient dans le ventre. 21 octobre 1905 : « J’ai un serpent entre les deux épaules, je le sens monter et c’est tout froid. On dit que j'ai neuf enfants dans le ventre, je voudrais bien les voir pour en être sûre. » 10 janvier 1907 : « On m’a mis des bêtes partout, des blanches, des noires, des serpents, des vipères. Elles se déplacent, dans le ventre, dans le cou; je les sens marcher, on m’a mis hier une salamandre. C’est une qui est sous mon lit qui fait cela. » :
pare a
OBSERVATION XX VIII (Résumée, inédite)
(Due à lobligeance de M. Je D' PIoUFFLE)
Femme. Folies systématisée progressive. Idées de persécution. Hallucinations auditives et génitales.
Est persuadée que des hommes la poursuivent et que la nuit, pendant son sommeil, essaient et réussissent à la violer, Depuis quelques mois, l’affaiblissement intellectuel est plus considérable, le délire moins actif, la malade s’est demandée si on ne lui aurait pas introduit un animal vivant dans le vagin ; actuellement, elle le décrit comme ressemblant à un crabe avec des pinces entrant dans les chairs. Il se déplace peu et séjourne au niveau de la matrice remuant et la faisant souffrir surtout
la nuit,
OBSERVATION XXIX (Résumée, inédite)
(Service de M. le D' ANGLADE)
Due à l’obligeanee de M. le D' JAGQUIN.
Marie B..., lisseuse. Entrée à l’asile de Château-Picon le 13 septembre 1901. Folie, hallucinations. Démence précoce à forme paranoïde.
La malade prétend être depuis son enfance en butte à plusieurs personnes qui la magnétisent au moyen de vers. Pendant ce temps-là, on lui fait avaler des choses diverses : drogues, sperme, etc.; les uns lui jettent des sorts, d’autres la paralysent pour un temps donné, abusent d’elle sous l’influence de l’hypnotisme.
Hallucinations de l’ouiïe et du goût.
20 novembre 1901. Des reptiles, des crapauds s’introduisent dans sa bouche la nuit et pénètrent dans son estomac. Elle demande une opéra-
tion pour les extraire.
Il est à noter que lorsque la démence s’accentue, lorsque l'intelligence perd de son activité, le malade ne peut plus suivre son idée zoopathique, et ce délire, ainsi que les autres, se noie au milieu de la perte globale des facultés.
GODET NET Le 23 La k