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OBSERVATION III

(A. PARÉ. Œuvres. Edition Malgaigne, 1841, t. III, page 52.)

D'une grosse garce de Normandie qui feignait avoir un serpent dans le ventre

L’an 1561, vint en ceste ville une grosse garce fessue, potelée et en bon poinct, aagée de 30 ans ou environ, laquelle disait estre de Normandie, qui sen allait par les bonnes maisons des dames et damoiselles, leur demandant l’aumosne, disant qu’elle avait un serpent dans le ventre, qui luy estoit entré estant endormie en une cheneuière; et leur faisant mettre la main sur son ventre pour leur faire sentir le mouvement du serpent qui la rongeoit et tourmentait iour et nuict, comme elle disoit ; ainsi tout le monde luy fesait aumosne par une grande compassion qu’on avoit de la voir ioinct qu’elle faisait bonne pipée. Or il y eut une damoiselle honorable et grande aumosniere qui la print en son logis, et me fit appeler (ensemble M. Hollier, docteur Régent en la faculté de médecine, et Germain Chenal, chirurgien iuré à Paris) pour sçavoir s’il y auroit moyen de chasser ce dragon hors le corps de ceste pauvre femme; et l'ayant veuë, M. Hollier luy ordonna une médecine qui estoit assez gaillarde (laquelle luy fit faire plusieurs selles) tendant à faire sortir ceste beste; néantmoins ne sortit point. Estant derechef r’assemblés conclusmes que ie luy mettrois le spéculum, au col de la matrice ; et partant fut posée sur une table ou son enseigne fut déployée pour lui appliquer le spéculum, par lequel ie fais assez bonne etample dilatation, pour sçavoir si on pourrait apercevoir queue ou teste de ceste beste, mais il ne fut rien aperceu, excepté vn mouvement volontaire que faisait la dite garce, par les moyens des muscles de l'épigastre; et ayant conneu son imposture, nous retirasmes à part, où il fut résolu que ce mouvement ne venait d'aucune beste, mais qu’elle le faisait par l’action des dits muscles. Et pour l’espouvanter et connaistre plus amplement la vérité, on luy dist qu’on réitereroit a luy donner encore vne autre médecine beaucoup plus forte, à fin de luy faire confesser la vérité du fait et elle

EU USE craignant reprendre vne si forte médecine estant asseurée qu’elle n'avait point de serpent, le soir mesme s’en alla sans dire adieu à sa damoiïselles n’oubliant à serrer ses hardes et quelques vnes de la dite damoiselle ; et voila comme l’imposture fut découverte. Six iours après ie la trovay hors la porte de Montmartre sur un cheval de bast, iambe deça, iambe de là, qui riait à gorge desployée, et s’en alloit avec les chassemarées, pour avec eux (commé ie croy) faire voler son dragon, et retourner en son pays.

Ceux qui contrefont les muets, replient et retirent leur langue en la bouche : aussi ceux qui contrefont le mal Saint-Jean se font mettre les menottes aux mains, se veautrent et plongent en la fange, et mettent du sang de quelques bestes sur leur teste disans qu’en leur débattant se sont ainsi blessés et meurtris ; estans tombés par terre, remuent les bras et leurs jambes, et débattent tout le corps, et mettent du savon en leur bouche pour se faire escumer, ainsi que font les épileptiques en leur accès. Autres font vne certaine colle avec farine délayée, et la posent sur leur corps, crians qu'ils sont malades du mal Sainct-Main. Or longtemps y a que ces larrons imposteurs ont commencé le train d’abuser le peuple, car ils estaient là dès le temps d'Hippocrate en l’Asie, comme il est escrit au livre de l’Air et des Eaux ; partant il les faut découvrir tant qu’il sera possible, et les deferer au magistrat, à ce que

punition en soit faite ainsi que l’énormité du cas le requiert.

En parcourant les différents auteurs anciens et surtout les aliénistes du XIX®° siècle, nous trouvons rapportés quelques

cas de délire de possession animale ; tous les auteurs donnent de ce fait des explications qui concordent presque toutes ; ou bien ces délires viennent de l’imagination, sont à point de départ psychique, ou bien les troubles viscéraux jouent le principal rôle, ou bien l'imagination à surajouté l’appoint délirant à des troubles réels.

Dans une observation (0bs. V) que cite M. le Professeur Régis, dans une monographie sur les « Auto-intoxications et délires », tirée d’un auteur ancien, ce dernier nous donne du délire de possession animale une explication qui met en

= A cause des troubles viscéraux mal interprôtés par l'imagination frappée du malade.

Esquirol range les délires de possession par les animaux parmi les illusions. Or, nous savons que pour ce grand aliéniste l’illusion se différencie de l’hallucination, par ce fait qu'une altération des sens ou des nerfs destinés à transmettre les impressions est nécessaire à l'illusion, tandis que dans l’hallucination le cerveau seul est lésé. Il distingue de ce fait des «illusions ganglionnaires et des illusions des sens ». «Les perturbations de la sensibilité organique, ajoute-t-il, les sensations internes provoquent souvent l’illusion des aliénés » ; et plus loin : « Les douleurs gastriques, intestinales, les borborygmes, le trouble des évacuations alvines, sont autant de symptômes sur lesquels les aliénés se font souvent illusion, portant des jugements aussi faux que divers sur la nature et les causes de ces symptômes», el pour preuve, il cite les observations que nous publions plus loin, dans lesquelles il insiste sur les troubles de l'organisme.

Falret, réfutant les notions d’Esquirol, écrit que l «illusion est un phénomène ayant son siège et sa cause dans l’intelligence et le cerveau et que c’est aux altérations du jugement et de l’imagination qu'il faut s’élever pour appuyer sa véritable nature. »

« Pour nous, dit-il plus loin, nous soutenons que rien n’est plus difficile, pour ne pas dire impossible, que de constater dans la très grande généralité des cas, l'intervention maladive des sens dans l'illusion. »

Falret classe les illusions en trois catégories ; dans la troisième, il fait entrer «tous les faits dans lesquels les malades jugent mal de la nature de l’impression. Celte espèce d’illusion a lieu toutes les fois qu’à l’occasion d’une impression normale l’aliéné s’en émeut au point de la revêtir de toutes les idées fausses qui le préoccupent. Ici, l’imagination n’a aucune part dans le délire. Le jugement et toutes les facultés qui y coopèrent sont surtout altérés et en cela cette espèce d’illusion se distingue nettement des hallucirnations.

De ce genre sont presque toutes les illusions internes dans lesquelles les douleurs réveillent les idées les plus diverses, les plus bizarres, précisément selon les dispositions les plus variées dans lesquelles peut se trouver l’esprit des aliénés. »

Après avoir reconnu que la douleur perçue par un esprit malade peut devenir la source de nombreuses idées délirantes, il ajoute que, souvent, ces douleurs sont fausses, et que le malade croit à leur existence sans qu’il n’y ait aucune altération de ces organes, et que, de plus, la « difficulté de reconnaître dans la pratique l’altération des sens ne doit pas faire rejeter toute influence de ces organes dans la production des illusions » ; mais il ajoute qu’une lésion de l’intelligence est indispensable pour caractériser le phénomène maladif, « qu’elle seule constitue l'illusion et que l’impression le plus souvent normale n’en est que la cause occasionnelle.» Les différentes observations de Falret que nous citons ont trait à des cas où il existe des troubles viscéraux.

Dès 1845, Michea, en citant les deux observations que nous rapportons, avait émis l’idée que si l’un des malades a guéri tandis que l’autre a résisté à la cure, c'était que probablement chez ce dernier il y avait une affection réelle et tenace du tube digestif, tandis que chez le premier, il croit « a des phénomènes entièrement chimériques, car si ce délire eût dépendu d’un trouble quelconque des organes contenus dans l’abdomen ou le thorax, sa disparition n’aurait pas été aussi prompte et aussi instantanée.»

Pour Morel, «il est bien avéré qu’une foule d’idées délirantes et d’autres de même nature peuvent naître pour ainsi dire spontanément chez les aliénés, sous l'influence de sensations internes. « Cependant, il faut que ces sensations internes naissent chez un mental, «car l’homme sain, jouissant de Sa raison, les ramène à leur interprétation véritable, tandis qu’elles deviennent pour les hypochondriaques le point de départ des illusions les plus étranges. Ils ont des vers immondent qui les rongent..….;» et Morel cite ensuite

sy Ne QE comme dues aux mêmes causes, des idées de négation et de transformation de la personnalité.

Marcé cite cette aliénée qui, au cinquième mois de sa grossesse, prenait l’enfant dont elle sentait les mouvements, pour un serpent qui s’était développé dans son ventre et qui devait, au momentde l’accouchement, s’élancer sur les assistants pour les dévorer. « La science, dit-il, renferme un assez grand nombre de faits analogues, dans lesquels les lésions viscérales ou des phénomènes purement physiologiques sont devenus l’origine d'illusions de toutes sortes. Chez les hypochondriaques,le moindre malaise gastrique ou intestinal, les digestions pénibles, les borborygmes sont autant de phénomènes qui se transforment et s’accommodent en idées délirantes du malade. C’est un lombric, une grenouille, une vipère dont ils sententles mouvements et les morsures, qui se transportent tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, ne leur laissent ni paix ni trêve, et absorbent toute leur activité intellectuelle. »

Baillarger, parmi les observations qu’il cite à la fin de son chapitre sur l’hypochondrie, rapporte un Cas publié par Charcellay (Obs. X); pour lui, évidemment, ce cas se range parmi ceux où l’hypochondrie est due « à une irritation cérébro-spinale secondaire, consécutive à des maladies internes, mais souvent légères, maladies qui donnent lieu plutôt à un sentiment de grand malaise qu’à des douleurs localisées. »

Griesinger rapporte également la même observation à l’article hypochondrie; pour lui, l’hypochondriaque « peut bien raisonner juste en partant de prémisses fausses, mais cela n'empêche pas que l’hypochondrie soit un trouble mental. »

Dagonet range le délire de possession animale parmi les anomalies de la sensibilité générale. Pour lui, de même que pour Griesinger, qu'il cite, « toutes les altérations profondes de la sensibilité générale constituent un des éléments les plus importants des maladies mentales. Quand cette base de toutes les sensations corporelles est faussée, les concep-

tions délirantes correspondantes surviennent avec une facilité extrême. Il cite, d’après Huss, les cas de mélancoliques ayant l’idée fixe que leur corps étaient habités tantôt par un ver, tantôt par un lézard ou autre chose semblable et lui attribuant la cause des maux ressentis, et il ajoute que d’après Huss, ce «n’était là qu’une sensation maladive,exagérée ou pervertie et déterminée par les mouvements péristaltiques de l'intestin. C’est, dit-il, ce que l’on pouvait ressentir chez une femme âgée de quarante ans, dont les parois abdominales, minces et flasques, laissaient parfaitement percevoir ces mouvements de l'intestin, surtout après chaque repas.Un traitement par l'électricité finit,en les régularisant, par faire disparaître les sensations anormales qui en étaient les conséquences. »

Dagonet, à l’occasion de l’observation d’un lypémaniaque ayant un serpent dans l’estomac, etque nous rapportons, dit que les sensations internes ne sont pas une pure création de l’imagination des aliénés, qu’elles ont le plus souvent leur raison d'être, leur point de départ dans une lésion même de l'organe. « Elles constituent alors de véritables symptômes, seulement ceux-ci sont méconnus par les malades qui portent sur eux des jugements en rapport avec la nature même de leurs conceptions délirantes. »

Cotard, à l’article « hypochondrie », du dictionnaire Dechambre, nous dit que les troubles gastro-intestinaux et les malaises qui les accompagnent ont une influence prépondérante sur les préoccupations des malades, « provoquent des réactions. psychiques démesurées et remplissent d’anxiété l'existence entière du malhcureux hypochondriaque. L'idée d’avoir des vers intestinaux n'est pas rare et paraît plus particulièrement engendrée par des sensations de reptation ou de déplacement rapide de l'abdomen, sensations souvent liées à des phénomènes spasmodiques », et il cite le cas d’un halluciné chronique qu’il a observé pendant plusieurs années et qui se croyait porteur d’un tœnia qui le fatiguait autant par ses contorsions que par ses discours interminables.

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Ainsi donc, pour Cotard, ce serait surtout aux sensations de mouvements de reptation ou de déplacement rapide de l’'abdomen que serait due la croyance à la possession d’animaux, de diables dans le ventre et aux grossesses imaginaires.

Le docteur Semal nous dit que très souvent les interprétations erronées des délirants hypochondriaques surviennent à l’occasion de « lésions matérielles des organes splanchniques et qu’en conséquence elles ne peuvent être rangées parmi les hallucinations, pas plus que leur cause ne peut l'être parmi les névroses », et il cite le cas d’une malade qui avait dans le ventre un serpent mesurant 26 mètres de longueur et dont elle décrivait les spirales qui ressemblaient de loin au tracé des circonvolutions intestinales.

J. Séglas attribue aussi le délire de possession animale, de même que la sensation de vide abdominal ou d’occlusion, ou de négation, aux sensations d’étranglement, aux sensations anormales de l’estomac (brûlure, poids, vide), de l’intestin, dues probablement à la perception devenue consciente des mouvements péristaltiques. « Fréquemment, dit-il, des malades présentent des idées hypochondriaques en rapport avec les troubles de la sensibilité générale et viscérale. Il est certains cas même où ces idées hypochondriaques peuvent être considérées comme équivalentes de l’idée de possession, par exemple lorsque le malade dit qu'il a des animaux dans le corps, qu'il a un ver, des tœnias dans l’intérieur des organes. »

Ballet, dans son traité de maladies mentales, écrit «que tout organe, tout viscère peut devenir le siège de sensations désagréables ou douloureuses de déplacement, de changement de forme, de volume, de consistance. Tel aâliéné croit avoir le ventre pleins d'animaux, de démons; tel autre a des trous dans le cerveau, des vers dans les poumons, du pus dans les veines ou bien l’estomac bouché, l’utérus plein de fœtus imaginaires. » Ainsi nous trouvons réunis dans une même description les délires de possession animale, dé-

2h00 moniaque, des idées de négation et de tranformation corporéelle; - æ M. Roubinowich, dans le Matin du 4 juin 1906, au sujet de la malade opérée par M. le Dr Richelot et possédant un lézard dans le corps, écrit que « personnellement, je serais disposé à admettre que les idées de possession par les bêtes ne sont exprimées que pour se plaindre de quelque affection locale ou générale qu'il appartient de déterminer. Quand un neurasthénique ou un hypochondriaque dit à qui veut l'entendre qu’il a un serpent dans l’estomac ou une assemblée d’évêques dans les entrailles, il se peut très bien qu’il interprête bêtement, follement, les sensations pénibles d’unelésion gastrique ou intestinale plus ou moins chronique. Il faut décidément abandonner la vieille conception des maladies purement imaginaires, ajoute-t-il. L'homme est. un mélange inextricable d'éléments psychiques et matériels. L’Ââme humaine se manifeste par une collaboration constante de ces éléments. » Pour Masselon, les idées de possession animale sont le résultat de sensations correspondant à des mouvements organiques interprétés d’une facon délirante. Julie, lorsqu’elle a des borborygmes, prétend sentir des bêtes en elle. Une autre malade atteinte d’aortile, qui avait des palpitations, prétendait sentir en elle un oiseau au niveau de son cœur ; elle indiquait la région du choc cardiaque et disait que c'était là le bec de l’oiseau. | Le malade qui a fait l’objet de la communication de Dupré et Lévi (Archives de Neurologie, 1903), outre une lourde hérédité psychopathique descendante et collatérale, est luimême alcoolique, mentalement très débile, et offre en outre toute la série des symptômes d’un tabès à la période d’incoordination motrice. Le malade présente des troubles gastrointestinaux (dyspepsie sensitivo-motrice avec dilatation d'estomac, aérophagie, spasme du gros intestin) ayant causé l'apparition d’un délire se caractérisant par la croyance en l'existence d’une bête habitant le ventre. Les déplacements et l’activité de cet animal expliquent pour le malade tous les

symptômes qui relèvent chez lui soit de l’état digestif, soit du tabès. « Les caractères particuliers et le siège abdominal des préoccupations hypochondriaques reposent sur l’hyperesthésie gastro-intestinale. »

La forme zoopathie interne, d’après M. Dupré, s’explique par la débilité mentale. L'interprétation délirante des troubles Cénesthésiques donne ici la mesure du niveau mental de ce dégénéré héréditaire.

Cette observation est à rapprocher de celle que nous publions grâce à l’obligeance de M. le Professeur Régis. Le malade qui en fait l’objet a aussi une lourde hérédité psychopathique ascendante et collatérale, dypsomane héréditaire, à la suite d’une cause nulle (anneaux de tœnia rendus par l’anus), il fait un délire de zoopathie interne qui va s’accroissant, s’embellissant d'année en année, au point qu'ayant débuté par un ver dans le corps, il finit par en avoir trois. C.. aussi est un débile mental, un taré au point de vue intellectuel et M. Régis, dans sa lecon de 1894, faisait de ce délire « absurde mais fixe, constituant une sorte de thème systématisé depuis des années, chronique, invariable, précoce surtout, s’accentuant, mais ne se modifiant pas »,un délire hypochondriaque ; mais il ajoutait que ce n’est pas un délire hypochondriaque de la paralysie générale, de la mélancolie ou de la folie systématisée, mais un délire de dégénéré, fixe d'emblée, précoce, ne variant plus. Dans son livre de psychiatrie, notre maitre, M. le Professeur Régis, écrit que le plus souvent, à la base de l’idée hypochondriaque, existe un trouble réel de l'organe, de l'appareil ou de la fonction. Le délire hypocondriaque n’est alors qu’un délire d'interprétation. Tel est le délire de possession corporelle par des animaux, des êtres vivants, des démons, ayant souvent pour point de départ des tumeurs abdominales, de la dilatation d'estomac avec zones douloureuses de Head, des contractions intestinales ou de simples borborygmes bruyants ; et plus loin : « Les idées de négation corporelle, comme les idées hypochondriaques, dont elles font partie,

paraissent en rapport avec des troubles organiques, particulièrement avec des altérations de la sensibilité interne ou cénesthésie. » La présence de corps étrangers, d'animaux, d'enfants, d'individus humains ou surnaturels dans le corps sont rangés par M. le Professeur Régis parmi les hallucinations cénesthésiques au même titre que les idées de négation, de transformation de la personnalité, etc.

Nous citons à la fin de ce chapitre l’observation due à l’obligeance de M. le Professeur Régis.

M. Miraillé, au Congrès de psychiatrie et de neurologie de Pau, a publié entre autres observations un cas que nous reproduisons et dans lequel il nous montre une malade présentant tous les symptômes de l’hystérie, faire d’abord un délire de fausse grossesse qui, par suite de la persistance des douleurs dues à une entérocolite muco-membraneuse se transforme en véritable délire de zoopathie interne.

À la fin du mois de juin dernier, alors que notre travail

était déjà commencé, M. Henri Lévy a présenté comme thèse inaugurale devant la Faculté de Paris une étude très documentée des Délires de zoopathie interne. Cet auteur considère ce délire « comme l’équivalent contemporain du délire de possession démoniaque observé surtout du moyen-âge au xvuIe siècle ». Il en fait un délire cénesthésique à point de départ toujours viscéral. Il ajoute que « l’évolution de ce délire est chronique; elle n’aboutit jamais à la guérison ». N'ayant pas le temps suffisant pour consulter à ce sujet tous les auteurs nécessaires, nous n’avons pas discuté la première conclusion de M. Lévy, mais nous pensons que le délire de zoopathie interne et le délire de démonopathie interne ont toujours existé simultanément, aussi bien au moyen-âge que de nos jours.

Avec M. Lévy, nous admettons que le délire de zoopathie interne, une fois constitué, tend naturellement vers la chronicité. Tout en le classant parmi les délires cénesthésiques, nous croyons devoir lui considérer deux origines, l’une viscérale, l’autre psychique (la première plus fréquente

peut-être), ce qui nous amène à admettre la guérison comme

parfois possible et subordonnée uniquement à l’évolution du trouble organique ou mental qui lui a donné naissance.

OBSERVATION IV (Inédite)

(Due à l’obligeance de M. le Professeur Régis.)

Homme de vingt-sept ans, célibataire, garçon boucher, occupant n°5, salle 13. à

Antécédents héréditaires. Père vivant, soixante-deux ans, alcoolique renforcé, d’abord aisé (150,000 francs) et géomètre, puis surveillant des travaux de la ville aux égoûts, finalement à la Chartreuse.

Mère vivante, trente-neuf ans, très nerveuse, crises nerveuses (hystérie) dont une à laquelle à assisté le malade il y a sept ou huit ans.

La grand'mère maternelle morte subitement d'apoplexie, À eu treize enfants, quatre morts, dont une sœur dont les os sont conservés au grenier dans une caisse.

Antécédents personnels. Pas de maladies graves; à cinq ans, chute (cicatrice au front). À dix-sept ans, a passé quelques jours à hôpital Saint-André pour des phénomènes ressemblant, dit-il, à ceux de la fièvre typhoïde. S’est livré de bonne heure à la boisson, sous l'influence sans doute de l’exemple de son père. A treize ou quatorze ans, buvait déjà deux ou trois litres de vin; depuis l’âge de dix-neuf ans, boit quatre à cinq litres de vin par jour. Peu de liqueurs, pas d’absinthe. A eu une blennorrhagie en 1887, trois autres depuis.

C’est à cette époque, en 1887 (le malade est né en 1866) qu’il fait son service militaire. En février ou mars 1888, à la suite d’une noce, rend des anneaux de tœnia (environ 25 centimètres à l’anus, tiré, cassé). Le lendemain, le médecin-major lui ordonna douze capsules de fougère mâle. Rend 15 à 18 mètres qui, examinés par le major, sont déclarés ne pas contenir la tête. Sept mois après, rend spontanément de nouveaux anneaux. On lui donne de nouvelles capsules, mais il ne rend rien. Un an après, rend encore des anneaux, Un médecin de

DA

Vichy lui fait prendre du kousso, mais il ne rend rien. Cependant, depuis cette époque, il n’a jamais rendu d’anneaux, spontanément ou à la suite de médicament.

Cependant l’idée s’est peu à peu ancrée chez lui qu’il avait toujours son tœnia dans le corps et cette idée est devenue chez lui une idée fixe, le mobile et le but de tous ses actes, le pivot de toute son existence. Juif-errant d’un nouveau genre, aliéné voyageur d’une espèce particulière à ajouter à celles déjà indiquées, il a parcouru la France entière allant de cabinets de médecin en cabinets de médecin, d’empiriques en empiriques, d'hôpital en hôpital quand il avait épuisé ses ressources, tourmenté, obsédé par l’idée de son tœnia et le désir de le chasser. Il a tout fait, tout pris dans ce but et accuse lui-même vingt-et-une tentatives d’expulsion, infructueuses, dit-il.

Non seulement il n’a pas réussi dans ses tentatives, mais encore il y a gagné, croit-il, deux vers de plus, si bien qu’à l’heure actuelle il se croit aux prises non plus avec un ver rongeur, mais avec trois vers qui troublent son existence et le dévorent.

Le premier de ces vers est le tœnia, celui dont la tête n’a pas été rendue au régiment et qui s’est reconstitué. Le tœnia est aujourd’hui une sorte de monstre ayant deux têtes et d’une longueur invraisemblable. Il occupe une grande partie de son abdomen, et suivant les moments, s’allonge ou se pelotonne dans tel ou tel point, surtout au niveau du cœur. Mais sa principale retraite est dans la verge, dont il occupe une grande partie du canal et où il suce, le malade ne sait quoi. Il a du reste rayé le canal et l’a séparé du gland, creusant entre eux un espace de deux centimètres, séparation qui eut lieu un jour dans un coït avec écoulement de sang. Il l'empêche de guérir de sa chaudepisse. C’est en vain qu'il s’est traité par correspondance, qu’il a fait des injections diverses, c’est en vain qu’il a employé trois boîtes de bougie Raynal. Le tæœnia est toujours là, empêchant la guérison. Le matin, il n’a qu’à tirer sa verge pour qu’il sente ses parties se rétracter fortement, tirées comme au moyen de griffes par le tœnia.

Le second ver du malade est appelé par lui « le plongeur », Il date du mois de novembre 1893. On lui donne, à l’hôpital de Rennes, douze capsules de fougère mâle. Il prétend que sur ces douze capsules, onze ne ne contenaient que de la réglisse, (ce qui est possible), la douzième seule

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