DES LUXATIONS INCOMPLÈTES AVEC RÉCLINAISON
La luxation incomplète du cristallin, avec inclinaison de son axe sur l'axe optique, donne lieu à un refoulement en avant de l'iris, en un point; à un refoulement en arrière et à un tremblottement, en un autre point diamétralement opposé ; la dilatation de la pupille a été notée par le D"" Parinaud.
' ^La chambre antérieure a une profondeur inégale. Lorsque le bord du cristallin déplacé arrive dans le champ pupillaire, l'éclairage oblique fait reconnaître un arc de cercle grisâtre qui réfléchit vivement la lumière. L'ophthalmoscope fait voir cet arc de cercle sous la forme d'une ligne sombre, qui tranche fortement sur la coloration rouge du
fond de l'œil, ainsi que deux papilles : Tune, formée par les rayons qui traversent la lentille ; l'autre par ceux qui traversent la partie libre de la pupille.
Si le cristallin est déplacé en avant, il y aura de la myopie ; l'accommodation est très imparfaite ; si le bord du cristallin luxé empiète sur le champ pupillaire, les ma-> lades verront deux images du même objet ; il y aura diplopie monoculaire. Enfin, comme trouble fonctionnel, il faut signaler, par le fait de l'inclinaison latérale du cristallin, un astigmatisme irrégulier.
L'observation suivante, qui nous a été communiquée par le Parinaud, est un exemple intéressant de luxation traumatique du cristallin avec réclinaison, se rapprochant beaucoup, au point de vue des signes, de la luxation complète et établissant; en quelque sorte, un trait d'union entre ces deux variétés.
Luxation traumatique indirecte du cristallin. — Réclinaison en arrière et en bas. — Déchirure incomplète du ligament suspenseur. — Mydnase excessive. Cécité absolue, par compression probable du nerf optique,
Moit..., 48 ans. Trois semaines avant l'examen une fourche en fer, tombée du haut d'une voiture, frappe la région orbitaire gauche où elle a laissé une cicatrice de deux centimètres de longueur au niveau du sourcil, sans intéresser directement le globe de l'œil.
Trouble immédiat de la vue. qui s'est prononcé les jours
suivants, jusqu'à produire une cécité complète le sixième jour.
Perte de connaissance, au moment de l'accident ; quelques douleurs de tête, pas d'écoulement de Toreilie.
Le malade n'a pas souffert depuis ; il éprouve seulement dans l'œil une sorte de gêne qui disparaît par certaines j inclinaisons de la tête, (pression sur le corps ciliaire ou tiraillement des nerfs ciliaires).
Le globe de l'œil est le siège d'une légère injection périkératique.
La pupille est dilatée au maximum; comme aucun collyre n'a été employé, (le malade n'a fait usage que de vésicatoires et de cataplasmes), cette mydriase n'est imputable qu'au traumatisme.
Le malade a remarqué lui-même, quelques jours après l'accident, que le miroir de l'œil, suivant son expression, était très agrandi.
On voit, à l'œil nu, le cristallin flotter dans le corps vitré, à chaque inclinaison de la tête. A l'aide du miroir, on constate que la lentille, réclinée en arrière, n'est retenue que par son bord inférieur. Flocons dans l'humeur aqueuse et le corps vitré, dont la transparence est très altérée.
Le cristallin est opacifié, dans la plus grande partie de son étendue, les parties périphériques seules ont gardé quelque transparence.
On distingue difficilement à l'ophthalmoscope la papille et les vaisseaux du fond de l'œil, à cause du trouble du corps vitré.
La cécité absolue, ne pouvant s'expliquer par l'altération des milieux, il est probable que le nerf optique est le siège d'une compression dans l'orbite.
La dilatation de la pupille était très notable, dans le cas que nous venons de relater et nous insistons sur ce fait, dont nous avons déjà eu à parler, à propos des subluxations, sans réclinaison parce qu'il nous semble -avoir une valeur diagnostique, dont il faut tenir compte et que son
interprétation (pression sur le corps ciliaire ou tiraillement sur les nerfs ciliaires) fournit un élément intéressant à la séméiologie de la mydriase.