II. — Le Champignon dans les cultures
Pour cultiver le Champignon que nous venons de décrire, nous avons employé le milieu de culture idéal, peut-on dire, le milieu Sabouraud. A la vérité, nous devons dire «les milieux » Sabouraud, car nous nous sommes servis d’abord d’un milieu dit « d’épreuve »,
puis d’un milieu dit «de conservation ».
Sur une lame flambée, à l’aide du bistouri et de la pince stériles, nous avons coupé une croûte en fragments aussi petits que possible, de façon à mettre en liberté le Champignon : c’est là, en effet, une condition indispensable pour obtenir une culture. Avec l’ôse, nous avons prélevé un de ces fragments et nous Pavons porté au fond du tube contenant le milieu dit
d'épreuve, dont voici la composition :
LOEE à RES OR AO ARNO Ce LEE E, eu DT 1000 grammes GélOSe RC RE Sete er, 18 — Peptone granulée Chassaing . 10 —— Glycose brut Chanut .. ...... 40 —
Nous avons ainsi ensemencé {rois tubes, qui furent laissés à la température du laboratoire,
Le quatrième jour, apparait la culture. Ses caractères au huitième jour sont les suivants :
TUBE N° 1. — On observe deux à trois gouttes visqueuses, de £ m/m environ de diamètre, et de couleur rouge orangée ; en outre, on remarque À à 2 gouttes semblables de couleur gris jaunâlre. Le microscope & montré que ces gouttes rouges el grises étaient des cultures pures de Levures. Dans ce tube, on note encore une plaque, large d'environ 3 m/m, en forme de croissant, de couleur. blanc-neigeux, d'aspect farineux. C'est là un début de culture où le microscope a révélé des filaments mycéliens jeunes, ramifiés à angle variable, sans spores.
TuBE N° 2. — Ce tube montre uniquement une plaque circulaire, blanche et neigeuse, duveteuse, large d'environ 1 centimètre. Là encore le microscope a décelé
des filaments mycéliens, sans spores.
Tu8e N° 3. — On observe ici, comme dans le tube
1, des colonies rouge orangé et gris jaunâtre, constituées par des cultures pures de Levures, et une tache blanche renfermant uniquement des filaments mycéliens ramifiés.
Ainsi donc, au & jour, nous obtenons des filaments mycéliens d'environ 1 à 3.4 de largeur, ramifiés suivant des angles variables, allant de l'angle droit à des angles aigus très prononcés. Ce sont des filaments jeunes, ne présentant que la partie végétative du Champignon, sans organes reproducteurs. Les tubes n° 4 et 3 ont été, sans nul doute, souiliés au cours des manipulations. Ces cultures nous donnent déjà une
cerlilude, corroborant d'ailleurs l'affirmative posée par le microscope : les croûtes de cet « Eczéma arénacé» contiennent un agent pathogène de la classe des Champignons, visible au microsvope et cultivable. Cet agent est pathogène, il est la cause de la maladie : la suite de cette étude le prouvera.
Mais revenons à nos cultures. Pour éviter lout pléomorphisme au sein de ces cultures, et stabiliser ainsi les caractères du Champignon, nous avons procédé à un repiquage dans le deuxième milieu, dit «milieu de conservation», qui n’est autre que le précédent, non
sucré :
D OR A En en 1000 grammes Gélose ere EN EE à 18 — Peptone Chassaing-r ent 30 —
Nous avons laissé de côté les tâches orangées ou grises, pour ne nous occuper uniquement que des plaques blanchâtres. Nous avons fait un repiquage de chacune des plaques des tubes 1, 2 el 3 ; nous avons ainsi obtenu trois tubes donnant des cultures identiques macroscopiquement el microscopiquement. Ce sont donc bien des cultures du Champignon; en voici les caractères au bout de 4 à 5 semaines :
facroscopiquement, on a une plaque sub-circulaire, d’un diamètre d'environ 15 m/m, à surface bosselée, tourmentée, de couleur blanche, de consistance laineuse, duveteuse. |
Microscopiquement, cette culture est formée de filaments mycéliens analogues à ceux observés précédemment, c’est-à-dire abondamment ramifiés. Les ra-
Ole
imeaux ullimes se terminent en pointes fines. En outre, on observe ici des spores qui sont de deux soîtes : on a d’abord de grosses cellules mesurant environ 5 à 7u: ce sont des chlamydospores. Puis, à l'extrémité effilée d'un filament, ou bien latéralement, on trouve des Spores plus petites, mesurant environ 3 w de diamètre ; elles sont mises en liberté par la mort du filament et correspondent à ce que VUILLEMIN à appelé aleuries (areupcy — farine). Il s'est en somme formé là des corps disséminateurs, survivant aux filaments, d’une résistance analogue à celle des spores microbiennes vis-àvis du microbe lui-même,
Nous sommes done arrivés à des cultures stables, fixées, qui nous présentent le Champignon sous un aspect bien particulier.
En coordonnant tous les renseignements données par cette double étude du Champignon, dans la lésion et dans les cultures, nous allons essayer de le déterminer, sachant bien que ce ne sera pas chose facile. Du
moins, ferons-nous pour le mieux.