‹ Contribution à l'étude des déterminations pleurales de la grippeChapitre 21 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Diagnostic.

Dans ce chapitre, nous allons nous efforcer d'établir aussi clairement que possible les données cliniques qui permettront de distinguer les pleurésies grippales des états pathologiques pouvant amener une confusion avec elles. Leur origine grippale étant établie, nous allons les différencier de la spléno- pneumonie.

Il est souvent difficile de faire un diagnostic certain entre la pleurésie et la spléno-pneumonie de Grancher, celle-ci présente des symptômes assez semblables à ceux d’une pleurésie subaiguë. Résumons ses symptômes: Matité diminution des vibrations, broncho-écophonie, souffle, crépitation légère à l’inspiration seulement, conservation de l’espace de Traube, envahissement des signes physiques «en montant et en tournant » comme dans les pleurésies tournantes de Lasègue, augmentation des vibrations de la base au sommet et enfin marche et disparition lentes. Les lésions anatomiques sont constituées par le gonflement

AO des cellules épithéliales et leur desquamations, accompa gnés d’un exsudat séro-albumineux très abondant. Peutêtre pourrait-on rapprocher cette infiltration œdémateuse du tissu conjonctif périlobulaire de ces boules d’œdème sous- pleurales observées dans un cas par M. le professeur Teissier et qui ne seraient qu’un point de transition entre l’œdème pulmonaire et la pleurésie séreuse. Cest de ces passages successifs à des états bien différents que naît la difficulté du diagnostic. La présence du liquide se traduit par des symptômes toujours les mêmes, et il est bien difficile de discerner s’il est dans le tissu conjonctif pulmonaire ou dans la cavité pleurale.

Toutefois malgré l’analogie qui existe entre les symptô mes de la pleurésie et de la spleno-pneumonie, Grancher a pu donner quelques signes distinctifs. Dans la pleurésie « l’égophonie est plus pure et lesouffle d’une tonalité plus aiguë ». Dans la spléno -pneumonie on entend des crépitation «discrètes et superficielles à l'inspiration seulement », l’espace de Traube reste sonore et c’est le signe le meilleur et le plus constant.

En outre, les vibrations thoraciques augmentent brus-quement dans la pleurésie, au-dessus du niveau du liquide, dans la spléno-pneumonie elles reparaissent lentement et progressivement.

Le diagnostic est encore plus difficile quand la pleurésie est accompagnée de congestion pulmonaire. C’est à M. le professeur Potain que l’on doit la connaissance et l’expli -

cation de ce fait. Lorsque le poumon est sain, il surnage

et est refoulé par le liquide épanché, si, au contraire il est congestionné, sa densité et son volume l’empêchent de se rétracter et il plonge dans l’exsudat pleural. D'où les

Te symptômes de pleurésie auquels s’ajoutent les crépitations qui font croire à une spléno- pneumonie. La seule différence est que l’espace de Traube est conservé et que les crépitations sont plus rares et plus superficielles.

Il peut se produire aussi dans le cours d’une spléno pneumonie un léger épanchement pleural qui, parsa faible épaisseur, ne modifie pas sensiblement les signes physiques. Le diagnostic est alors extrêmement difficile, mais vu le peu d'importance de cette complication, il ne faut pas s’en inquiéter.

La pneumonie grippale, qui ne présente pas absolument les symptômes de la pneumonie franche, pourrait égale ment égarer le diagnostic. La fièvre de cette dernière présente un caractère tranché et net, à l’auscultation le souffle se modifie du jour au lendemain par son siège et son timbre. La pneumonie grippale au contraire a une courbe thermique très variable et un soufile qui concorde absolument avec celui de pleurésie. Comme signes de diagnostic absolu, il reste le râle crépitant et l’expectoration.

Dans la pneumonie massive de Grancher où la plus grande partie ct quelquefois la totalité du poumon est hépatisée avec obstruction complète des grosses et des petites bronches, il n’y a plus ni vibrations, ni râles, ni souffle, ni murmure, ni expectoration ; la matité et la dyspnée, complètent l’analogie avec la pleurésie. La ponction exploratriceet parfois la marche rapide de l’affection peuvent seules en établir la nature.

La pleurésie grippale à signes pseudo-cavitaires peut simuler une caverne tuberculeuse. Mais l'apparition rapide, des précédents leur unilatéralité et enfin la puru-

Page 1