CHAPITRE IV Pathogénie
La grippe, comme nous l’avons vu dans l’exposé de ses symptômes. et de ses localisations, en particulier du côté de la plèvre, est une maladie infectieuse de premier ordre ; comme toutes ses congénères, elle possède un micro-organisme spécial, décrit récemment par MM. Teissier, Roux et Pittion, qui envahit notre individu et y cause des lésions redoutables, aussi bien par leur gravité présente que par les troubles consécutifs qu’elles préparent. C’est du mode d’envahissement de notre corps et de la pénétration des microbes jusqu’à la plèvre ainsi que de l’action de ses toxines que nous allons maintenant nous occuper.
En premier lieu, il faut chercher quelies sont les portes d'entrée qui lui sont offertes et pour cela examiner les muqueuses les plus souvent atteintes au cours de la grippe. Une érosion insignifiante en apparence, un état inflammatoire des cellules épithéliales, amenant leur désorganisa tion momentanée, suffisent pour amener l'infection. L’at -
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tention estimmédiatementattirée vers l’angine qui manque rarement dans la grippe et que nous avons pu relater dans presque toutes nos observations. Souvent, ce n’est qu'après la disparition des symptômes locaux que se produident les phénomènes d’infection générale, frisson, inappétence, courbature, lassitude, langue sale, élévation de la température, urines foncées et quelquefois albumineuses. L’arrière-gorge est on ne peut mieux disposée comme centre d’envahissement, les cryptes et anfractuosités des amyg— dales, remplis par une matière jaunâtre, stagnante, entretenue à l’humidité et à la chäleur réalisent un excellent milieu de culture. On y rencontre, à côté des bacilles inoffensifs, des microbes pyogènes tels que streptocoques, staphylocoques et pneumocoques ; c’est ce qu'ont démontré les recherches de Coïnil, Netter, etc., et peut-être le diplobacille, en temps d’épidémie grippale.
Ces bactéries peuvent rester indéfiniment à l'état d’épiphyte !, pour ainsi dire au seuil de l'organisme sans en forcer la porte. Mais que ces faibles barrières qui protègent l'économie viennent à se rompre, l'invasion s’accomplit, et celle-ci est d'autant plus rapide que l’arrière- gorge est tapissée de nombreux follicules lymphatiques. Les uns sont dispersés sur la paroi postérieure du pharynx, la face dorsale de la langue, les piliers du voile du palais ; les autres groupées en masses plus ou moins considérables pour constituer les amygdales. D’après l'expression du D'Jeanselme, on peut l’assimiler à un vaste ganglion lymphatique étalé. Celui-ci n’est isolé de la cavité pharyngienne que par une mince couche de
! Thèse de Lehmann, Pyohémie grippale.
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cellules ; plissée dans son ensemble, elle présente par conséquent une surface d'absorption plus grande.
Après l’angine, viennent les affections de l'arbre respiratoire qui ont peut-être été le plus souvent la porte d'entrée de l'agent infectieux. Cela n’a rien d'étonnant, si l’on songe combien sont fréquentes les complications pulmonaires grippales, C’est tantôt la pneumonie, tantôt la broncho-pneumonie où même la bronchite qui en ont été le point de départ. Dans ce cas, les localisations pleurales ont pu s'établir soit par simple voisinage, soit par le réseau lymphatique, soit enfin, comme dans le cas d'angine, par la pénétration des microbes dans le torrent circulatoire et leur arrêt dans le tissu cellulaire sous-pleural. D’après Buchner, les alvéoles pulmonaires seraient perméables aux microbes et ce serait à la suite d’une migration lente par les lymphatiques qu’ils arriveraient dans le sang. Pettenkofer admettait le même fait pour le typhus et le choléra, dont les germes, après avoir été absorbés par le poumon, passeraient dans le sang et ensuite dans l'intestin.
Banti a observé la destruction des microbes non pathogènes dans les cellules alvéolaires et la pénétration directe des autres dans les vaisseaux sanguins. Wyssokowitch et Arnold n’admettent pas ces théories.
La muqueuse pulmonaire n’est donc pas d’une imperméabilité absolue, et, si l’on s’en rapporte à l’histoire de la tuberculose pulmonaire pour laquelle la pénétration directe à travers l’épithélium semble hors de doute, on ne pourra refuser d'attribuer au poumon une large part dans l'infection de lPéconomie. Du reste, la muqueuse est assez peu épaisse et d’une étendue assez vaste pour que cette opinion s’impose d’elle-même.
Quelques mots sur l’immunité et les circonstances qui favorisent ou empêchent le développement des microbes nous seront utiles pour expliquer de quelle façon les agents infectieux, une fois arrivés dans l’organisme, s’y comportent à l'égard des éléments cellulaires. D’après Metchnikoff, l’immunité doit être considérée comme dépendant d’une association compliquée de phénomènes physiques, chimiques et biologiques. L'une ou l’autre de ces causes pourrait manquer dans certaines circonstances ou au contraires’associer aux autres pour atteindre un but commun, la défense de l’organisme. Nous pouvons com— parer celui-ci à un milieu de culture.
Or, on sait qu’une colonie bactérienne, après avoir prospéré pendant un certain temps dans un milieu favorable, finit par dépérir et même disparaître, soit en sécrétant elle même des produits entravant sa multiplication, soit par l'épuisement du milieu nutritif.
Pourquoi l'organisme infecté, outre une certaine modification opérée dans sa nutrition et le rôle spécial de ses leucocytes ne posséderait-il pas ce moyen de réaction? C’est ce que tendent à prouver les expériences de Chantemesse et Widal. Ajoutons à cela les épithéliums qui, à l’état normal, forment une barrière presque infranchissable, et nous aurons cité tous les moyens de défense de l'économie. Il en résulte qu'il suffit un état défavorable de toutes ces conditions pour amener la réceptivité.
Quoi qu’il en soit, arrivé dans le sang, le microbe aura une destinée bien différente suivant l’état de l’organisme. Ou bien il sera détruit par les leucocytes, ou bien trouvant un point faible, il s’y fixera, s’y développera et opérera son œuvre de destruction. Il s’accomplit alors, vers le