‹ Contribution à l'étude des déterminations pulmonaires primitives du rhumatisme articulaire aigu: Congestion pulmonaire rhumatismaleChapitre 10 sur 24 · EL Y AE · texte numérisé non relu

EL Y AE

Nous ne trouvons pas cette dyspnée propre à la pneumonie, ce souffle tubaire rude et bien localisé, ces « foyers » de râles crépitants fins, cette expectoration caractéristique.

Mais, surtout, l’évolution de ces deux maladies est bien différente. Tandis que celle-ci disparaît rapidement, brûsquement même quelquefois — à tel point que tous les symptômes s’éteignent en quelques heures — et ne laisse pas de traces de son passage, la pneumonie suit, au contraire,une marche progressive décroissante, bien connue et bien caractéristique.

La congestion étant admise, il nous reste à prouver qu’elle est bien due à l'infection rhumatismale.

Nous laisserons de côté l’argument thérapeutique, il n’a de valeur que dans l’une de nos observations où nous voyons le salicylate de soude avoir raison des phénomènes congestifs du poumon en même temps que des douleurs articulaires. |

Nous ne retiendrons que l'étude clinique de la maladie.

A voir, quelques jours après là congestion pulmonaire, l'apparition des douleurs articulaires et, parallèlement la disparition ou tout au moins la diminütion, des signes physiques de l'affection pulmonaire, à voir, dis-je, cette curieuse coïncidence, n'est-il pas näturél d'admettre l'unité de l’agent infectieux dans les deux cas ?

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taquent pas généralement ? Nous n'avons, du reste, qu’à nous appuyer sur l’autorité de M. Besnier, dont nous nous permettons de rappeler les paroles à ce sujet : « La réalité de la nature rhumatismale de la maladie — il s'agit ici de pneumonie congestive — ne peut être démontrée que dans les cas d’alternance, de coïncidence ou de succession, avec d’autres manifestations définies et incontestables. »

Notre conclusion est donc que le rhumatisme primitif du poumon se traduit par une congestion de cet organe ; la congestion pulmonaire est, en effet, croyons-nous, la manifestation ordinaire, fréquente, tout au moins, de l'infection rhumatismale dans son stade préarthropathique.

Les deux observations qui précèdent ont trait aux manifestations primitives du rhumatisme sur le poumon ; celle qui va suivre est un exemple de manifestations isolées de cette infection sur le même organe.

Rhumatisme pulmonaire, d'emblée. Disparition rapide des accidents sous l'influence du salicylate de soude. Service de M. Sevestre (Thèse de M. Lebreton).

Le nommé R... Pierre. marchand forain, entre à l’hôpital Saint-Antoine, salle Broussais, le 7 avril.

Cet homme, âgé de 45 ans, n’avoue aucun antécédent alcoolique, il a toujours été vigoureux et bien portant jusqu'aumois de janvier dernier, À ce moment, il fut fréquemment exposé au froid et avait dansles membres des douleurs vagues qui, cependant, ne l’empêchèrent jamais de travailler.

Il y a neuf Jours, il devint tout à coup plus souffrant, il

éprouvait une oppression violente, des accès d’étouffements fréquents, la dyspnée devint bightat assez intense pour le forcer à entrer à l'hôpital.

À la percussion, la sonorité est diminuée dans jé deux poumons, sans que l’on trouve, toutefois, de zone de matité manifeste, il

A l’auscultation, des deux côtés, mais surtout à gauche, véritable bruit de tempête. Râles ronflants et sibilants générali-

sés, mais surtout pluie de râles fins survenant par bouffées et se répétant chaque fois que le malade fait une inspiration un peu plus fort. L’oppression est extrême, le malade est assis sur son lit dans l'attitude des cardiaques asystoliques. Il remplit dans la journée deux crachoirs d’un liquide aéré,

dans lequel on retrouve quelques rares stries sanglantes.

IL n’y a rien au cœur, rien dans les urines. Temp. : 38°6.

8 avril. — Matin, température : 38°5. Traitement : Ventouses sèches et scarifiées, sulfate de quinine. Eau-de-vie allemande, 20 grammes. Soir, même état. Température : 395,

9 avril. — Même état, 38°7 le matin ; 39°5 le soir.

10 avril. — 385 le matin ; 3904 le soir.

11 avril. — 3895 le matin; 395 le soir.

Les râles crépitants existent toujours de haut en bas, l’oppression est toujours extrême, l’expectoration est toujours abondante.

12 avril. — M, Sevestre, trouvant le malade toujours dans le mêmeétat, veut bien, à notre demande, lui donnér du salicylate de soude reconnaissant qu'il semble exister chez ce malade une prédisposition rhumatismale. Le soir méme, la

température, qui dépassait toujours 3%, tombe à 38°6.

Le 13. — Les râles sont bien moins nombreux, la température est 38°3 le matin, 3804 le soir.

Le malade se sent soulagé, il demande à manger.

Le 14. — Température : 38 le matin ; 38° le soir. La poitrine est presque complètement dégagée, le malade voudrait se lever.

Le 15. — Température : 37°5 le matin ; 37° le soir. À partir de ce moment, la température reste stationnaire à 37.

{ n’y a plus de râles dans la poitrine du malade ; celui-ci, après la diminution progressive, puis la suppression du salicylate de soude, sort guéri sans avoir présenté de phénomè-

nes articulaires.

Dans ce cas, il est certain, nous ne pouvons pas porter le diagnostic de congestion pulmonaire, comme nous l’avons fait pour les deux observations précédentes. L’affection iei signalée nous semble être de nature plus œdémateuse que congestive, et, selon toute vraisemblance, nous croyons qu'il s'agissait en ce cas d’æœdème subaigu du poumon.

En écrivant en tête de notre thèse et comme soustitre : Congestion pulmonaire, nous voulons simplement dire — ce que, du reste, nous avons tout à l’heure affirmé — que c’est sous cette forme nosologique que se présente, le plus souvent, le plus fréquemment, le rhumatisme pulmonaire dans ces manifestations frustes dont nous faisons l'étude. Nous n’avons pas eu l'intention,ce qui serait illogique en médecine,d’établir une règle absolue ; le cas nous donnerait, du

reste, un formel démenti.

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