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Les appareils pulmonaire el cardio-vasculaire n'offrent rien de parüiculier à noter.
A l'analyse des urines, on conslale l'absence d'albumine, de sucre, de pigments biliaires el de sels biliaires.
Le système nerveux est normal.
Par l'histoire de la maladie, eten présence de cel ensemble symplomalique si particulier, nous faisons Île diagnostic de phénomènes diarrhéiques au cours d'un accès de fièvre intermittente.
Nous prescrivons alors ? gr. de quinine en ? fois 1 gr. 50 en injection intra-musculaire el 0 gr. 50 par voie buccale.
La tempéralure qui était de 38° 4 le malin baisse sous l'influence de la quinine jusqu’à 36°5 vers 15 heures. Vers 17 heures, une légère reprise a lieu, on trouve alors 37° 4, mais sans aucun symplôme surajoulé. La nuil se passe plus calme sans lroubles intestinaux.
Le 24 au matin, la température est de 36° 7, la malade se sent mieux, on lui prescrit de nouveau? gr. de quinine el une policn lonique à base de kola, de noix vomique, el de vin de quinquina. De même que le 3 au soir, la nuit du 24 n'a élé marquée d'aucun accès ; les phénomènes diarrhéiques ont aussi Lout à fait disparu.
Le 25, le mieux s’accentue.
Le 26, on pralique une recherche d'hématozoaire dans le sang périphérique, elle reste négative probablement à cause du traitement intensif par la quinine.
Pendant les jours suivants, l'élat général devient florissant, l’anémie esl combatltue efficacement par de l’hémotonine, du jus de viande el un régime reconsliluant.
Le foie el la rate ont notablement diminué de volume.
Le 19 janvier 1926, la malade sort complètement guérie après avoir subi jusqu'à ce jour une cure combinée de quinine el d'hémotonine (As el Fe). Elle est dirigée sur l'hôpital Parnet pour un séjour de convalescence.
Celle observalion nous montre très nettement les l'apporls de la diarrhée présentée par notre malade et le paludisme. L'apparilion de ces troubles intestinaux pendant
maine
l'accès, leur disparition avec lui etles heureux résultats thérapeutiques nous prouvent surabondamment l'étiologie de celle diarrhée. Nous remarquons qu'il a fallu de fortes doses prolongées de quinine pour amener la sédalion de ces troubles, doses nécessaires dans les manifestations viscérales du paludisme pour aboutir à une prompte guérisOn.
OBSERVATION XV Observation de J. Simon. (Arch. génér. de Med, 1870).
Fièvre inlermiltente contraclée à l'Ile Maurice, en 1867. Diarrhée depuis cette époque avec flux de sang ; chute du rectum : augmentation du foie el de la rate ; émacialion extrême ; inullilé des astringents el des opiacés. Guérison par le sulfate de quinine.
M. X.. . âgé de 35 ans, français d'origine, établi à l'Ile Maurice depuis l'âge de 20 ans, où il a toujours joui d'une excellente santé, est atteint, au commencement de l'année 1867, d'accès de fièvre inlermillente d’une violence extrême. Les trois stades sont nellement caractérisés et les accès reviennent Lous les deux jours. Il est pris en même temps de diarrhée et de vomissements bilieux très importants, si bien que, dans l'intervalle de ces accès, 1l reste épuisé, su;jel aux syncopes, sans appélil, les yeux excavés, les joues creuses, le Leint bistré, les scléroliques jaupâtres, en un mot, dans le plus triste état qu'il soit au monde. Au bout de quelques joufs, l'heure des accès avance ; de tierce qu'elle élait, la fièvre devient bientôt quolidienne, quoique les accès, avec leurs trois stades, n'aient en rico perdu de leur violence. La diarrhée, d'abord bilieuse seulement, devient sanglante. Elle se produil sans lénesme, le sang n'est pas rendu en pelile quantité. n1 mélangé à des mucosilés. Il est pur, très abondant, distinct des malières liquides qui restent bilieuses, et l’expulsion des garde-robes s'effectue sans effort. En un mot, la diarrhée d'abord bilieuse, ful ensuite accompagnée de flux de sang, mais nullement dysentérique.
Le traitement inslilué pendant plus d'un an se composa au début de sulfate de quinine à haute dose, mais mal administré, en poudre, à toute heure de jour et de nuit, sans méthode ni principe. Au bout d'un mois environ, les accès s'amendèrent sans disparaître complètement ; ils étaient fort irréguliers, aussi bien pour le jour de leur apparilion que pour leur intensilé, mais la diarrhée el le flux de sang n'en continuèrent pas moins.
Le rectum commença à tomber en prolapsus el c'est alors qu'on mit surtout en usage les opiacés el les astringents. Le malade gardail le lil el ne prenail guère que quelques Lasses de thé ou bouillon. Il ; eul, comme loujours, des alternatives d'amélioralion et de rechute pendant une longue période de quinze mois entiers.
Les forces se perdant de plus en plus au bout de ce laps de temps, el le malade témoignant du plus vif désir de revenir en France, sa palrie, on finit alors par lui conseiller un voyage en Europe. La traversée fut des plus périlleuses. Le mal de iner s'ajouta à tous les accidents précilés. Pourtant, ce pauvre malade put, en mai 1865, arriver dans son pays nalal. Il s'y installa chez ses parents, dans uï pelil village de la Bourgogne. Son élal maladif élaitle même qu'au déparl — loujours des accès de fièvre très violents — dans l'intervalle desquels on observe de la diarrhée (6 à 8 garde-robes bilieuses par jour), flux de sang abondant chaque fois, el, enfin, chute complète du rectum. Ce dernier accident est tel que le malade ne peut se metllre à son séant, ni faire des efforts, ni Llousser, sans s exposer à un prolapsus complel de la muqueuse rectale.
La maigreur avail alleint les dernières limiles, l'appétit nul, la soif excessive et la Lendance aux syncopes faisaient craindre à chaque instant une mort subite.
Aussilôl arrivé en Bourgogne, en mai 1868, ce malade appelle auprès de lui un médecin de la localité qui attribue au flux de sang une origine hémorrhoïdaire el affirme qu'il est la cause de lout le mal. Ce pralicien propose donc à ce pauvre moribond de lui exciser la partie de la muqueuse
reclale en prolapsus au moyen de l’écrascur linéaire, lui assurant promple guérison. Justement effrayée des dangers d’une opération semblable chez un malade in-extremis, la famille, que des liens de parenté me faisaient connaître, me demande avis. Je m'y oppose el je conseille pour Lout traitement des boissons froides acidulées, du café addilionné d'extrait de quinquina, el, enfin, du sulfate de quinine, des lavements froids, du bouillon et des œufs. Le malade suivi lant bien que mal, plutôt mal que bien, comme on va le voir, celle prescriplion. J'ai su qu'il dosait son sulfate de quinine au jugé, de visu, sans balance, et qu'il le prenait en poudre, comme il avail coutume de le faire à l'Ile Maurice. Cependant, il en résulta un peu d'amélioralion, mais de guérison, point. Juin et juillet se passent sans qu'il soit possible d'espérer le salut de ce malade. La diarrhée, le flux de sang, la chute du rectum, la fièvre d'accès en élaient à Lrès peu près au même point.
Le 20 juillet 1868, sur mes instances, le malade vient à Paris et s'installe à Montmartre dans un appartement parfaitement exposé. Avant de passer outre, je ferai remarquer qu'il habitait la France depuis deux mois et que si le climal avait dù seul le guérir, 1l aurait eu le temps de manifester ses heureux effets.
Il n'en était rien. Voici du reste l’état actuel de ce malade à la date du 20 juillet 1868 :
La faiblesse est telle qu'il ne peut se Lenir debout, sa physionomie esl empreinte des caractères de la cachexie palusire, son teint est Lerreux et jaunâtre, un peu d'appétit, mais diarrhée persistante avec flux de sang pur assez abondant à chaque garde-robe, évalué à 4 cuillerées à bouche chaque fois. Le nombre des selles est variable ; il est de 5 ou 6 à 8 par vingt-quatre heures. Le rectum tombe à chaque eftort, le sphincter anal est absolument relaché. Dans celle région se remarquent des paquels d'hémorrhoïdes fluentes et un boursouflement de la muqueuse qui ne rentre qu'incomplèlement par le Llaxis prolongé. Le volume du ventre est normal, mais les veines sous-culanées
sont dilatées, évidemment chargées de circulation supplémentaire de la veine porte.
Cependant il n'existe pas d'ascite. Mais le foie et la rate, débordant au-dessous des fausses-côles de quatre travers de doigt, témoignent d'une notable augmentation de volume ; pas de douleur à la pression, poumons el cœur parfaitement sains ; pouls petit, misérable, à 70 ou 80 dans l'intervalle des accès. Ceux-ci affectent Lous les Lypes tierces, quartes, quotidiens, sont rarement doubles dans le même jour.
Les stades conservent lous les caractères de froid, de chaleur et de sueurs, avec de grandes varialions pour la durée de l'intensité.
J'instiltue le traitement suivant :
sulfate de quinine, 0,80 centigrammes en potion acidulée, à prendre en lrois fois, qualorze heures avant l'accès à venir, ce qui est difficile à préciser vu l'irrégularilé des accès. Auvssilôt qu'un accès est franchement terminé, je conseille au malade de prendre toule sa potion en une heure, et de la renouveler toutes les vingt-quatre heures. Je conseille, en outre, une limonade vineuse el du café élendu d'eau, avec addition d'extrait de quinquina, que je porte successivement de la dose de 1 gramme à celle de 6 el 10 grammes par jours. Comme aliments, le malade ne prend guère que du jus de viande, des gelées, et du bouillon froid. Repos au lit et lavements astringents ; eau de noyer, vin aromalique. Les résullats de celle médication furent promplement salisfaisants. La diarrhée el le flux de sang diminuèrent un peu ; mais surloul les accès de fièvre furent coupés en huit jours, el les forces et l'appelit revinrent franchement. C'est alors que je manifeslai à ce malade mon étonnement de la durée de sa maladie depuis son relour en France, loin du foyer d'infeclion et qu'il m'éclaira sur la manière peu scientifique de prendre le sulfale de quinine. Il avait fait une provision de 100 grammes de sulfate de quinine, el Lous les Jours, malin et soir, il en prenait une pincée dans du pain azyme. La dose
qu'il m'a montrée équivalait à 0,30 centigrammes, ce qui porte ces deux prises au lolal de 0,60 centigrammes. En tenant compte de la différence d'efficacité de la poudre relativement à la solulion, on obtient un très grand avanlage en faveur de mes 0,80 cenligrammes, non plus administrés en deux fois, malin el soir, mais pris presque coup sur coup en une heure. Méthode très utile à bien observer dans le traitement de la fièvre intermittente.
Au bout de huit jours donc, les accès élaient coupés ; mais la diarrhée, contre laquelle je n'opposai aucun traitement spécial (les lavements astringents, dans mon esprit, s’adressaient aux hémorrhoïdes el à la chute de la muqueuse rectale), la diarrhée, dis-je, ne disparait pas aussi rapidement que la fièvre. Le malade s’en inquiétait, il sollicitait de ma part une médication dans ce sens, je résislai d'abord, persuadé que les préparalions au quinquina guériraient l’un et l'autre ; mais ensuite, au bout de quatre à cinq jours, la diarrhée, reprenant une nouvelle activité sans cause appréciable, ni écart de régime apparent, ni accident d'aucune sorte. Je cédai aux instances de mon malade, el je lui prescrivis des bols de diascordium et de bismulh à parties égales, 4 à 6 par jour. Le premier effel fut superbe ; le lendemain et le surlendemain, plus de diarrhée ; puis le troisième Jour, nouvelle débâcle avec coliques vives. Je supprimai les bols el, trouvant dans la douleur intestinale une indicalion pour le laudanum, je le fis prendre en lavements, matin el soir, à la dose de 10 gouttes dans chaque quart de lavement. Les coliques cessèrent, la diarrhée diminua brusquement, ainsi que le flux de sang. Nouvelle victoire apparente, puis au boul de deux jours, indigeslion intestinale, ballonement du ventre, coliques el nouvelle diarrhée abondante. Ins- Lruil par ces expériences qui ne me surprenaient plus, que j'avais même prédiles, je suspendis le laudanum comme j'avais suspendu les bols astringents. Je le fis d'autant plus volontiers que l'appétit se perdait, el qu'une sorte de prostralion, résultat de l'intoxicalion opiacée, se prononçait d'heure en heure.
Le malade prit, sur mes conseils, un verre à Bordeaax d'eau de Pullna puis, deux jours après, un peu de manne, qui amenèrent des évacualions d'aliments mélangés de flux bilieux, et, à partir de ce moment, le traitement général, Lel qu'il a été indiqué plus haut, fut seul observé. Point de remède contre la diarrhée el loul alla pour le mieux dans les premiers jours de septembre, un mois et demi après le début de celle médication, la guérison élail assurée et complète.
La diarrhée et le flux de sang s'amoindrirent de jour en jour, puis après quelques oscillations, finirent pas s'arrêter el disparaitre tout à fail ; l'appétit devint excellent, extraordinaire, on élait obligé de doser en quelque sorte, les aliments. Le convalescent élait insaliable, son menu se composait de Loutes sortes de mets, à l’exceplion des sauces compliquées et des légumes ; le tout arrosé d'eau rougie de vin pur et de café au quinquina.
Sous de telles influences, le retour des forces ne se fil pas altendre ; le Leint s'éclaircit, se colora, l'animation, la gailé succédèrent à l'accablement et, enfin, ce malade qui ne pouvait se mellre à son séant le 20 juillet, se tenait, au bout de huit à dix jours, demi couché dans un fauteuil cauné et marchait dans l'appartement au bout de trois semaines. Cependant unaccidents’opposail singulièrement à la marche, c'était la chute du rectum qui tombait toujours au moindre effort dans des proportions effrayantes. Le sphincler ayant plus de tonicité et la muqueuse devenant plus sensible, sa réduction était fort pénible, fort douloureuse, el jetait le malade dans un découragement inexprimable.
Le 13 septembre, je lui conseillai de se lamponner la région anale, de fixer solidement une sorte d'appareil en T et de sortir. Il était entendu, d'ailleurs, qne limonade viueuse, café au quinquina, polion au sulfate de quinine, tout devait être continué. Je cessai dès lors mes visites, il me donna des nouvelles toutes les semaines.
À part la chute du rectum, qui, cependant, diminuait un
peu, la guérison se mainlint aussi complète que possible pendant deux mois et demi, seplembre, octobre et une partie de novembre.
Le 11 novembre, rechute, apparition des accès de fièvre intermillente à Lype tierce, très accentuée ; diarrhée abondante, six selles par jour ; flux de sang el prolapsus du rectum plus prononcé. Des imprudences, des écarts de régime en élaient la cause évidente ; le malade s'était refroidi, avail mangé plus que de raison, el enfin avait cessé, à mon insu, depuis huit jours, son sulfate de quinine el son exlrail de quinine. Je le fis coucher et reprendre le traitement primitif et, en quinze jours, il fut de nouveau sur pied, mais la chute du rectum persisla. L’'amélioration oblenue précédemment me donna l'espoir d’une guérison cerlaine, mais lente. Le lamponnement et des lavements froids à l'eau de noyer additionnée de vin aromatique furent les seuls moyens employés.
Pelit à pelil, en six mois, ce fâcheux accident disparut également.
Je vois ce malade tous les huit jours à peu près.
Il est aujourd’hui gros el gras, le teint clair, le foie el la rale d’un volume normal, débarrassé de la diarrhée,du flux de sang et du prolapsus reclal, quoiqu'il soit fort occupé dans une maison de commerce el obligé constamment sur les jambes. Il est méconnaissable et jouit de la santé la plus florissante.
Il a continué son trailement général tout lhiver qui a suivi sa rechute. Il ne conserve maintenant de son ancienne prescriplion que le café noir.
OBsERvATION XVI Observation du Docteur d'ANFREVILLE (Revue de méd. et
d'hyg. tropicale, 1910 pag. 272-274).
M. B..., âgé de 32 ans, et de race européenne, est rentré en octobre dernier à l'hôpital de Saint-Louis. Il a déjà plusieurs années de séjour colonial au Sénégal el en Gui-
née, au cours desquelles il a eu plusieurs accès de fièvre et une attaque de fièvre bilieuse. Revenu du Sénégal en Janvier, il ne se souvient pas avoir eu d'accès de fièvre depuis. Vers le milieu de septembre, en plein hivernage, il commence à éprouver par intervalles de 3 où 4 jours (il ne peut préciser plus exactement) des malaises graves, vomissements bilieux, diarrhée liquide qui cesse régulièrement la nuil ; il va dans la journée jusqu'à six fois à la selle, il a présentement dans la journée de la température au point que le thermomètre marque 40°.
Le 25 octobre, la malinée a été bonne jusque vers 10 heures, et M. B...,a été à son bureau. À ce moment, commencent les malaises gastriques suivis de vomissements, coliques, diarrhées légères. Les vomissements reprennent avec violence l'après-midi ; le malade n’expulse plus que des glaires, l'accès se calme dans la soirée ; le malade ne veut prendre aucune nourrilare.
Le 26 et 27, même tableau que la veille, le malade épuisé rentre à l'hôpital vers 18 heures, température auxiliaire : 38°. Régime lacté el 1 gr. quinine en injection.
Le lendemain 28, vers 10 heures, quelques malaises, légère douleur abdominale sans diarrhée ni vomissements.
Température : 36°8 (malin), 37° (soir). Lait el purée de de légumes, | gr. quinine.
Le 29, 1 gr. quinine, quelques douleurs abdominales, température normale.
Le 30, état parfail à partir de ce jour, nourriture ordipaire, quinine 1 gr. Le lendemain aussi.
Le malade sort guéri 2 jours plus tard.
ni
avec antécédents paludéens, sans fièvre
OBsERvATION XVII
Observation de J. Simon (Arch. générale de méd. 1870)
Cas rare de diarrhée datant de vingt ans traitée sans succès en Amérique et en France par tous les moyens imaginables, guérie en un seul mois par le sulfate de quinine.
Rechutes depuis 1862 jusqu'à 1869. Essais d’autres agents thérapeuliques ; insuccès. Nouvel emploi du sulfate de quinine, nouvel et rapide succès avec des particularités intéressantes. Observalion prise par le Docteur Jules Simon et lue à la Société des Hôpitaux, le 26 mars 1869.
Mme X..., âgée de 55 ans, originaire de l'Amérique du Sud, vient à Paris, en décembre 1861, pour se débarrasser d’une diarrhée datant de vingt ans, dont la cause me paraît des plus obscures. La malade me raconte, à cette époque, qu'à la suite d’un bain dans un cours d’eau froide, elle avait élé prise d'une diarrhée subite, qui, sans présen- Ler jamais le caractère dysentérique, ne lui avait guère laissé de moments de répil. Celle malade pressée de questions au sujet de la fièvre intermittente, avoue qu’elle en a été atteinte, mais bien avant sa diarrhée, que d’ailleurs les médecins du pays, forts expérimentés sur ce chapitre, l'avaient radicalement coupée avec la quinine. Quoique amaigrie celte malade jouit d'une forte constitution, son appétit est modéré ; les garde-robes, au nombre de quatre à six par jour, sont composées de matières mal digérées, de mucosités et de flux biliaires. Le volume du foie, ainsi que celui de la rate, sont notablement considérables. On sent le premier organe sous les fausses côtes, et le second dans la cavité abdominale, dans l'hÿpocondre gauche. Le sommeil est bon, toutes les fonclions de l'économie normales, el enfin, point important à noter, 11 n'existait, à
aucun inoment du jour ou de la nuit, de réaction fébrile continue, rémitlente ou intermittente.
Pensant que j'ai affaire à une diarrhée chronique des pays chauds due à une mauvaise hygiène, aux ardeurs des climats, je soumets immédiatement celte malade à l'emploi des astringents el des opiacés. Le riz, le diascordium, le bismuth, le laudanum, par la bouche, en lavemeuts, tout est mis à contribution, avec l'aide d'un régime, approprié, composé de polages, de bouillies, panades, œufs, jus de viande elc., ele. Sous l'influence de ce traitement, j'obliens une amélioration notable. Les garde-robes devenaient moins fréquentes et plus consislantes, les forces revenaient. Mais au boul de huit jours, le bénéfice de celte médication a complèlement disparu. Retour de la diarrhée, perte des forces, el même inappétence due aux opiacés.
Ces faits se passèrent du 26 décembre 1861 au 6 janvier 1862, époque à laquelle, voyant l'insuccès de ce premier traitement, je le modifie de la manière suivante : limonade citrique au lieu de lisane de riz, prise de manne ou de magnésie anglaise tous les quatre ou cinq jours et lavements laudanisés. Je substilue à la médicalion astringente celle des laxalifs combinés aux opiacés. C’est une médica-
Lion fort en usage contre les diarrhées chroniques des pays chauds.
Du 6 janvier 1862 au 22 janvier, l'élal de la malade n'est pas amélioré. La diarrhée offre toujours des alternalives de répit où d'augmentalion, mais les forces se perdent, la malade finit par prendre le lit.
Le 22 janvier, applicalion d’un large vésicatoire sur le ventre ; la diarrhée augmente de fréquence et d'abondance, elle devient incessante, séreuse, grumeleuse comme dans le choléra.
La situation de la malade est désespérée. Couchée dans
(Wre = : + ts SPA .
le décubilus dorsal, sans voix, presque sans pouls, le teint
livide, les yeux excavés, le visage couvert de sueurs, la
peau comme macérée, conservant les plis, la respiration suspérieuse, la soif excessive, l'indifférence complète.
Enfin, le 4 février, la malade se meurt, el je la vois en consullalion avec M. lardieu. Nous suspendons tout lraitement pour ne donner que du lait el des panades.
L'état devint plus alarmant encore ; au bout de huit heures, le nombre des garde-robes est considérable, 20, 30 ou 40 ; le pouls cesse d'être sensible à la radiale, les exlrémilés deviennent froides el le regard éteint. En face d'une mort prochaine, abandonnant loule idée «le la malade et des lésions intestlinales que je finis par supposer énormes, songeant au volume du foie, de la rate, j'administre le sulfate de quinine sans espérer, je dois le dire, la cure merveilleuse qu'il opéra. Je reste à poste fixe près de la malade, el, après lui avoir donné quelques cuillerées à café de vin de Malaga, je lui fais prendre, par cuillerée à bouche, d'heure en heure, une potion contenant 50 cenligrammes de sulfale de quinine el 30 grammes de sirop de morphine. La morphine n'est addilionnée au sulfate de quinine que pour établir la tolérance de l’estomac ; el l'insuccès des opiacés antérieurement administrés fait attribuer au sulfate de quinine seul, l'honneur des heureux résullals qui vont se produire.
En effel, six heures après, la malade semble renaître, son Leint se colore, son pouls devient appréciable, sa respiralion plus ample, el la Lêle el les yeux jouissent de quelques mouvements. La diarrhée continue, mais il est manifeste que les forces renaissent.
Le 5 février, même prescriplion, avec thé, rhum et vin de Malaga.
Dès ce moment, les selles sont moins fréquentes, plus consistantes, el les forces plus grandes. Je devine un agent spécifique el une maladie spécifique. La potion est conlinuée, mais je conseille de la prendre en trois fois, à un quart d'heure d'intervalle chaque fois, seize heures avant cerlains moments d'abaltements journaliers revenant le soir, la nuit d'une manière irrégulière el s'accom-
pagnant de flux diarrhéiques, qui ne m'avaient point frappé, pour la raison qu'ils revenaient le soir et la nuit,et que je les attribuais à la diarrhée.
Celte nouvelle méthode est mise en pratique le 8 février. Le résultat, tient du prodige. La diarrhée cesse pour ainsi dire complètement à partir de ce moment (quatre jours après l'administralion de la quinine). La malade a deux garde-robes seulement, el encore sont-elles d'une consistance pâteuse. L’appétit revint, Ja soif se calme, et les forces surtout reprennent si rapidement, que je me défie de ce succès inespéré. Je m'alttends à chaque ins- Lant à voir se reproduire une de ces rechutes si fréquentes depuis vingt ans, après quelques jours de guérison apparente.
J'en suis quitie pour la peur. La résurrection est complète. La diarrhée est enrayée et le bord inférieur de la rate el du foie, quoique dépassant encore les fausses côtes, gagne peu à peu les hypocondres. À la médication spécifique, J'ajoulai des aliments légers, des bouillons, des œufs, des gâteaux de riz, et au bout de peu de jours; de la viande.
Un mois après ces Lerribles accidents, la malade se lève, marche, sort el fin mars de la même année, c'est-à-dire deux mois après, elle se trouve si parfaitement guérie qu'elle se rend avec sa famille à l'exposition de Londres, me promellant bien de continuer sa potion à la quinine. Tintelle sa promesse ? le changement de climat modifia-L-1l sa santé ? Toujours est-il qu'elle eut une rechute en avril suivant.
| Les selles reparurent au nombre de qualre à six par Jour, el s'accompagnèrent bientôt de päleur et de faiblesse. La malade prit ie lit, fil immédiatement usage du sulfate de quinine, et, huit jours après, toul élail rentré dans l'ordre. La malade continua toutefois pendant un mois la prise de son médicament.
En aoûl de celte même année 1862, nouvelle rechute à la suite d'une indigestion, Je donne d'abord un purgalif
Cie
léger, puis, tenant compte de la cause occasionnelle, je cherche à modérer le flux intestinal par des lavements émollients, des opiacés el un régime sévère. Rien n'y fait. J'administre enfin le sulfate de quinine, et un nouveau succès ne se fail pas longtemps attendre, la diarrhée est de suite arrêtée, l'appétit revient et l'embonpoint est manifesle.
Depuis cette époque, une ou deux rechutes par an, en 1864, 1865, 1867, 1868 ; elles apparaissent toujours de la même manière ; la malade perl son appélit, devient pâle, sensible aux variations de lempérature sans éprouver de vérilables frissons, puis elle est prise de diarrhée alimenlaire, séro-biliaire, sans coliques importantes.
A diverses reprises, je renouvelle mon expérience, d’un commun accord avec la paliente. Les astringenls, les opiacés, les laxalifs salins, le régime diélélique mis en œuvre, n'aboutissent à aucun résultal durable, le malaise, la diarrhée persistent ; mais, dès que je donne le sulfate de quinine, la malade semble renaître ; ce qu'elle éprouve dit-elle est indéfinissable. À son abatlement succède le bien-être ; de triste el découragée qu'elle était, elle devient gaie, expansive, heureuse de vivre, aussilôt les garde-robes changent de caractère, el d'aspect, leur fréquence et leur fluidilé s'amoindrissent, el les forces réapparaissen£.
En août et décembre 1868, les rechutes prennent une autre allure ; dans deux circonstances, la malade éprouve des maux de tête siègeant plus particulièrement à Ia nuque ; celte céphalalgie est accablante, accompagnée de chaleur et d'injection de la face ; le pouls, d'une certaine ampleur, bat 88 pulsations à la minute. Je songeai à une congeslion des centres nerveux. Celle dame atteignail 61 ans, jouissail d’un excellent appétit el assimilail les aliments d'une manière surprenante. Je conseillai donc des purgalifs, des révulsions sur les membres inférieurs el des boissons froides. Cette médicalion fut continuée
pendant irois jours. Elle prit le lit au deuxième ; la paleur survint, la céphalalgie, loin de se dissiper, augmenla.
Le quatrième jour, il fut convenu qu'elle prendrait son sulfate de quinine. J'allai la visiter le cinquième jour, désireux de savoir ce qu'il en était advenu. Quel ne fut pas mon étonnement quand je la vis assise au coin du feu, souriante, la tête dégagée, el conservant le souvenir seul de son mal.
Depuis cette époque (décembre 1868), Mme X... a élé de nouveau atteinte de diarrhée, il y a quelques semaines (août 1869), pendant mon absence de Paris.
La rechute n'offril aucune particularité bien intéressante, elle fil usage de laudanum de Sydenham. La diarrhée diminua et finit par s’arrêler ; mais la malade conserva dans son êlre des douleurs vives, mobiles, parcourant surtout l'axe des membres, quelle appelait rhnumatismales et qui l'empêchaient de goûter un seul instant de sommeil réparateur. L'appélit fut de nouveau supprimé, la paleur et la faiblesse furent extrêmes. Certains indices lui faisaient craindre une nouvelle apparilion de la diarrhée. Elle était depuis dix jours dans cel élat quand je rentrai à Paris. Quoique préoccupé de ces douleurs des membres, dont je ne m'expliquai guère l'apparition, je lui conseillai son sulfate de quinine. Elle prit ce médicament à onze heures de la nuit du 7 septembre, et à deux heures du malin les douleurs se dissipèrent comme par enchantement, elle sommeil et l'appétil revinrent. Le lendemain, 8 septembre, elle étail en voie de guérison, et deux Jours après elle se promenait en voiture, pleine de vie el de santé, jouissant d'un bien-être inexprimable.
Ne
Diarrhées prémonitoires de l’accès palustre
OBsErvarioN XVIII
Observalion du docteur Maurice Loërer, Professeur agrégé de la Facullé de Paris, médecin des Hôpilaux de Paris (Monde Médical, 1919,
Un impaludé de l'Armée d'Orient, À... est pris à 6 heures du matin d'un besoin impérieux d'aller à la selle. I] rend coup sur coup trois selles liquides, verdâtres, bilieuses et loul rentre dans l'ordre. A la visile, il paraîl fatigué, son ventre n’esl pas sensible, mais son foie dépasse les côles el est douloureux. On ne porterail guère attention à celte diarrhée si le malade, habilué à pareil accident el en connaissant les suiles constantes, n’annonçait limminence d'un accès palustre. De fait, à 11 heures, il est secoué d'un grand frisson, sa Lempéralure monte à 40°3, el l'accès évolue suivant le rite habituel. Le lepdemain, l'intestin est normal, sauf un peu de conslipalion ; quarante huil heures après, le matin au réveil, même diarrhée, el, à T1 heures, même accès paluslre. L'examen du sang montre le plasmodium Lypique de la fièvre lierce, ainsi qu'il élail à prévoir. L'examen des selles ne montrait rien d’anormal La quinine, donnée à 1 gr. 50 quotidiennement pendant lrois jours.associée aux injections de cacodylale de soude, continuées une semaine, eul raison des accès palustres el aussi des crises diarrhéiques. On les cessa, A..., après lLrois semaines, accuse un malin, la même diarrhée elil est pris à 11 heures, du même accès.
Nous avons vu que cerlains troubles intestinaux élaient contemporains de l'accès paludéen ; cette observalion nous montre au contraire que souvent aussi, ils marquent le début de la crise el quelques fois même sont de vérilables signes prodromiques de l'accès palustre.
ET En
OBservaTionN XIX (inédite)
Observation due à l’obligeance de M. le docteur FourcaDe Professeur bre de l'Ecole de Lyon.
Mme F... contracte le paludisme en Orient 1916. Examen du sang : posilif, hémaiozoaire plasmodium vivax formes amiboïdes el gamèles.
La forme d’invasion a élé caractérisée par une période d'embarras gastrique avec diarrhée. La période des grands accès est facilement jugulée par la quinine per os.
Depuis, presque lous les ans, surtout aux changements de saisons (automne el printemps) sans aucune faule de régime alimentaire, apparaissent des diarrhées inexplicables, persistantes et rebelles au traitement habituel et précédant de 3 ou 4 jours un accès de fièvre paludéenne ; les diarrhées, par contre, cèdent rapidement à l'ingestion de O0 gr. 50 de quinine quotidienne et empêchent l'accès febrile de se produire. L'examen des selles, à plusieurs reprises, n'a révèlé n1 amibes ni bacilles dysentériques. Les crises de diarrhée semblent nettement présenter un équivalent palustre ; en tous cas, elles guérissent par l'absorption de quinine.
Quelquefois, la diarrhée cesse brusquement en même temps que l'accès si on n'a pas donné de quinine.