CHAPITRE PREMIER
Délires de zoopathie interne
La zoopathie interne est, comme nous l'avons déjà dit, la croyance en la présence dans l’organisme, d’un animal. Les animaux objets de la possession sont généralement des animaux rampants, allongés, aquatiques ou amphibies : serpents, lézards, grenouilles... Comme sujets, nous voyons presque toujours des débiles et, même dans les cas concernant de simples idées de possession entrant dans un complexus délirant, les observations nous démontrent que le sujet possédait un niveau mental bien faible.
Certaines personnes cependant, ayant une instruction assez grande et paraissant sensées dans l’accomplissement des divers actes de leur vie croient à la possibilité du développement dans l'estomac d'animaux absorbés avec les fruits, les légumes, la salade. La vulgarisation scientifique doit être, en partie, rendue responsable de ces faits. Dans quelques campagnes, il est encore d'idée courante, qu'en buvant de l'eau de certaines mares, l'on peut devenir possédé. «Dans bien des cas (H.Lévy)
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on retrouve le signe révélateur au cerveau du possédé, une sorte de signal symptôme qui donne à l'aliéné la brusque explication des troubles ressentis ».
Dans une observation de M. Dupré, la malade a rendu des peaux : ce ne pouvait être que des peaux de couleuvre!!.…, une autre malade se rappela avoir bu à une fontaine dont la surface était parcourue par trois araignées.
Souvent aussi, comme on le verra en parcourant les observations que nous donnons plus loin, de nombreux possédés zoopathes sont atteints de lésions organiques nettement appréciables ; ces lésions viscérales (ulcère de l'estomac dans la plupart des cas) prouvent l'existence, dans certaines circonstances, de troubles réels de l'organisme à la base de l’idée de possession. Comme le dit H. Lévy dans sa thèse de doctorat, «la croyance à l'existence de semblables animaux a son origine dans l'interprétation erronée par un cerveau débile de troubles cœnesthésiques des organes abdominaux; le siège intestinal, la nature hydro-aérique des mouvements anormalement perçus par la sphère sensitive organique hyperesthésiée, apportent à la conscience viscérale des sensations de reptation et d'humidité qui se traduisent dans la sphère psychique en représentations vagues de reptiles en mouvement ».
Mais, s'il existe de nombreux cas de délire zoopathique à base organique nettement appréciable, .dans certains cas on ne trouve aucune lésion macro ou microscopique.
Dans les deux cas d’ailleurs, le sujet devient un
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PAT Mer persécuté et un persécuteur. Évidemment les malades n'évoluent pas tous vers l’auto-mutilation, le suicide ou le crime; mais il ne faut pas les y pousser en employant des moyens thérapeutiques, comme par exemple l'opération fictive. L'évolution est chronique, elle n’aboutit jamais à la guérison; peut-être cependant certains malades seront-ils améliorés par les soins donnés à l'affection causale (entérile muco-membraneuse par exemple), et c’est là la seule thérapeutique que l’on soit vraiment en droit de tenter.
Nous retrouverons les diverses formes signalées plus haut dans les observations suivantes :
Observation T1 (ESQUIROL).
Mie X..., âgée de 18 ans, jouissait d’une bonne santé, quoique encore mal réglée; elle éprouve, à la suite des événements de 1815, une douleur fixe au sommet de la tête Bientôt elle se persuade qu’elle a dans le crâne un ver qui dévore son cerveau; de plus, la vue du cuivre la fait défaillir. Après plusieurs mois de traitement infructueux, je fus appelé; je la trouvai maigre, nerveuse, très irritable. Après avoir gagné sa confiance, je la persuadai qu’une opération la délivrerait de ses maux. M. Bigot, médecin ordinaire de la famille, fit une incision cruciale de plus de deux pouces sur le point douloureux ; on laissa couler le sang. Nous montrâmes à la malade un fragment de fibrine que nous assurâmes être le ver qui la faisait souffrir depuis si longtemps ; un séton fut établi au centre de l’incision et maintenu pendant trois mois; la douleur fixe, les illusions et la crainte du cuivre disparurent après ce temps.
Observation II (H. LÉVY et Raïs).
Mwe D..., cultivatrice, 57 ans, entre dans le service du Dr Richelot, à Cochin, le 5 mai 1906; elle se plaint d’avoir, depuis 40 ans, un animal dans l’abdomen ; le 28 juin 1866, la malade alors âgée de 17 ans boit une gorgée dans un filet d’eau qui coulait au fond d’un fossé ; c’est à ce moment qu’elle rapporte
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l’ingestion de l’animal parasite, ou plutôt de l'œuf qui doit le produire. Dès le lendemain matin, € ça lui coupait l'estomac »; la douleur, ou barre épigastrique se produisait après les repas. La malade fut soignée à cette époque pour une gastralgie. Ce n’est que 10 ans après que Mme D... reconnut l'existence de l'animal « en faisant remuer elle-même la bête avec les mains ». Elle prit tous les anthelmintiques connus (extrait de fougère mâle, kousso, écorce de racine de grenadier), elle essaya même de prendre de l’alcool, parce que, disait-elle « l'alcool tue le ver ».
Ces derniers temps, l'animal est toujours là, se réveille à 2 heures du matin, et par ses mouvements réveille la malade qui mange beaucoup, mais ne peut prendre ni sucre, ni café, ni laitage car « l’animal en est friand et se précipite dessus ».
Nervosité extrême, sensations de clou au vertex, céphalalgies fréquentes, pas de symptômes d’hystérie. La malade demande au Dr Richelot de l’opérer ; on pratique sous chloroforme une incision abdominale simulant la laparotomie. « Un lézard des palmiers » est présenté à la malade.
Aucun résultat, Mne D... croit qu’elle a encore dans le ventre d’autres animaux ; elle est très atteinte moralement, et, dit-elle, la bête se répand encore en elle, lui soulève la tête, lui creuse la racine des yeux, lui descend sur le nez.
Observation III (BETCHEREW, traduit de l’allemand).
Un paysan de 30 ans, maigre, nerveux, était venu me voir pour me supplier de le délivrer d’un serpent qu’il portait dans son estomac ; les larmes aux yeux, il me raconta que le reptile le rongeait depuis quelques mois ; entré pendant son sommeil dans sa gorge, il se réveilla tout épouvanté au moment de l’avaler, mais il ne put voir que la queue qui se glissa aussitôt dans son estomac; depuis, le malade prétend que le serpent reste dans son estomac en lui faisant souffrir d’atroces douleurs. De plus, il entend son sifflement et d’autres personnes auraient été témoins de ce fait.
(Dans ce cas, l’auto-suggestion basée sur des rêves a produit de véritables hallucinations.)
Observation IV (Bonxet, 1673, traduit du latin).
Un paysan déclara à diverses reprises devant plusieurs mé-
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decins qu’il avait une grenouille vivante dans le ventre. Il paraissait de bonne foi. On essaya divers remèdes : « diaturbith » avec de la rhubarbe et du mercure doux; on administra des antimoines, on prescrivit, pour amener l’abstersion et l'évacuation, des médicaments essayés par nous sur des vers ou des eaux artificielles de rhétie; mais tout cela ne produisit aucun résultat.
Au cours de la seconde année, à la date où j'écris, je constate la mort de cet homme, complètement émacié.
A l’autopsie, on trouve une tumeur squirrheuse, grosse comme un œuf de poule, toute sillonnée de veines variqueuses, adhérente à côté du pylore. |