‹ Contribution à l'Étude des Différentes Formes de Pseudo-ParasitismeChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Simulation et supercherie

Nous savons maintenant que les névropathes et plus particulièrement les hystériques simulent très fréquemment les maladies parasitaires les plus graves et les plus bizarres. Une malade vient vous trouver et affirme de la façon la plus formelle qu’elle a rendu par un de ses orifices naturels un crapaud, un serpent, des vers... Dans ces cas-là, il faut toujours rechercher dans les antécédents du sujet, antécédents héréditaires et personnels ; de plus, il faut l’'éloigner des lieux où elle vit habituellement, ou tout au moins l’isoler ; toute évacuation d'animaux vivants ou morts cessera alors rapidement. Tous les médecins doivent savoir que certaines femmes arrivent à un degré de simulation remarquable et trompent pendant des mois et des années leur entourage et même leur médecin.

Une femme de 55 ans, ayant présenté des symptômes d’hystérie, présenta en 1908 les phénomènes suivants :

Le 12 mars, hémathémèse.

Le 20 mars, rejet de sang et de vers

Le 26 mars, hémathémèse et rejet de vers.

Le 15 avril, vomissements bilieux et rejet de vers.

Le 26 avril, rejet de vers et de sang coagulé, etc...

Le 29 juin, enfin, rejet d’une bouillie de vers morts.

Ces vers, d’abord pris pour des oxyures, furent envoyés à M. le professeur Blanchard qui reconnut avec surprise des oligochètes, famille des enchytrœæidæ, petites annélides blanches qui vivent librement dans la terre humide et ne sont jamais, à aucun moment de leur existence, parasites de l’homme et des animaux. La répétition des vomissements et l'expulsion consécutive des oligochètes prouvait que la malade puisait dans des gîtes renfermant en abondance ces animaux. On éloigna la malade de la localité où elle habitait, et les vomissement cessèrent, de même que le rejet d’oligochètes.

Dans l’observation de Hanau (trad. de l’allemand), une malade porteur d’une fistule pancréatique avait rendu dans ses selles, en 1894, des larves de mouche ; quatre ans plus tard, on trouva dans la plaie formant orifice d'entrée de la fistule plusieurs organismes vivants longs de 10 à 18mm. Après divers examens pratiqués par Hanau, Hescheler, de Zürich, et Michaelsen, de Hambourg, on reconnut qu’il s'agissait tout simplement de diverses variétés de vers de terre. La malade, une hystérique, les avait introduits dans sa plaie, soit volontairement, soit en appliquant sur cette plaie des paquets de terre humide pour calmer ses douleurs. Quant aux larves de mouche trouvées dans les selles, elles provenaient d'œufs de mouche déposés sur la plaie et introduits ensuite par la voie digestive.

Dans le cas d’Arlaud, une jeune fille de 26 ans avait la singulière manie de s'introduire dans l’urèthre des ascarides lombricoïdes et des fragments d’intestin de pigeon. Robin découvrit la supercherie, ;

Un exemple non moins curieux est rapporté par Bremser : une femme d’une quarantaine d'années vomit un jour un petit crapaud (bombinator igneus) avec des membranes. Au bout de plusieurs années, elle finit par

avouer que, voulant mettre un terme à sa vie, elle

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DORE te avait avalé le jour même cet animal entouré d'uné

membrane qu’elle avait ramassée dans une boucherie. Le professeur Blanchard rapporte le fait suivant :

À R..., près de H..., un homme L. O..., Âgé de 27 ans, se plaignait depuis quelque temps de violents maux d'estomac, avec des efforts violents, mais infructueux pour vomir, Un jour, cependant, le vomissement se produisit et il rendit un serpent vivant bien constitué, de 80cm environ. Un autre suivit; il le tira par la queue, et l'animal sortit, l'extrémité de la queue arrachée. Cet homme se souvient avoir, il y a quelques mois, rendu quelque chose d’approchant.

Vivement intéressé par l’articlé de journal relatant cet événement, M. Blanchard écrivit à L. O..… pour lui demander ses « serpents ». L. O... refusa d’abord de les lui envoyer, car, lui écrivait-il, ils me font gagner la vie : les visiteurs affluent.

Un journal parisien s’empara de l'affaire qui devint retentissante : le rédacteur décrivait les serpents et contait que le malade avait dû les avaler quatre ans auparavant en buvant de l’eau sale et boueuse en Tunisie où il faisait son service militaire. L. O... se décida pourtant cinq mois plus tard à envoyer ses serpents au professeur Blanchard qui reconnut deux orvets (anguis fragilis. Linné). L’explication est probablement la suivante : ce bonhomme avait vomi un jour un ascaride. Devenant la risée du village en disant qu’il avait rendu un serpent, il eut l’idée de simuler, et, devant un journalier à sa solde, il Cexpulsa » un jour les deux serpents. Dans ses «mémoires », le bonhomme parle d’une boule grosse comme un œuf qui lui remonte parfois à la gorge. C'était donc un hystérique.

Berthold examina, en 1849, des batraciens et des reptiles ayant séjourné dans l'estomac de l’homme, et qui se trouvaient au musée zoologique de Gôttingen; après avoir étudié ainsi un triton tœniatus de 2 ans, un triton cristatus et deux rana esculenta, la conclusion de ses expériences fut qu'il est impossible à des batraciens de résister plus de 4 heures à la température humide de

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36° qui est celle du corps de l'homme. D'autre part, les orvets sont pulmonés et ne peuvent vivre par conséquent dans le tube digestif de l'homme.

Dans son histoire naturelle de l’île de Cuba, Poey rapporte deux observations analogues qui concernent des ophidiens.

Nous citerons, pour mémoire, l'observation de Weiss, de Temesvar, concernant une grenouille (rana temporia) rendue par une femme de 23 ans dans un vomissement.

Le professeur italien Parona signale aussi la « lucertole aquatique » ou salamandre issue du bas-ventre d’un enfant de Tortone, mise en lumière par Casimiro Anino, agrégé au collège de chirurgie de la Royale Université de Turin, en 1762.

Il s'agissait d’un enfant de 10 ans qui, après avoir bu avidement de l’eau boueuse dans un torrent, fut pris de longues et violentes douleurs dans l’abdomen. Le 23 septembre, un mois après l’ingestion de l’eau incriminée, des vomissements violents et une diarrhée sanglante apparurent ; on nota une tuméfaction douloureuse dans la région hypogastrique droite ; le 7 octobre, ‘ enfin, après avoir expulsé quelques gros vers, il évacua sans douleur aucune un animal informe qui devait être un « quadrupède ».

L'enfant, dont l’état s'était aggravé, mourut le 20 novembre, c’est-à-dire trois mois après avoir bu l’eau du torrent ; six jours avant le décès, il évacuait un autre petit animal en trois morceaux, semblable au premier. C’étaient deux lucertoles aquatiques, deux salamandres.

Alors que le diagnostic vraisemblable est celui de « mort causée par une forme grave d’iléo-typhus avec fistule et gangrène intestinale, cause également de péritonite », Casimiro Anino soutint que la mort était due aux deux salamandres qui apportèrent non seulement au pauvre enfant, avec leurs mouvements variés

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et vifs, et avec leurs morsures cruelles, d’atroces douleurs, mais

encore « des déchirures internes et la gangrène, comme il fut démontré ».

L'amusante observation d'Ambroise Paré va nous montrer combien au XV:* siècle les supercheries et les simulations étaient prises au sérieux.

Observation d'A. PARÉ (Œuvres, édition Malgaigne, t. I page 52).

D'une grosse garce de Normandie qui feignoit avoir un serpent dans le ventre.

L'an 1561 vint en ceste ville une grosse garce fessue, potelée et en bon poinct, âgée de 30 ansou environ, laquelle disoit estre de Normandie, qui s’en allait par les bonnes maisons des dames et demoiselles, leur demandant l’aumosne, disant qu’elle avait un serpent dans le ventre qui luy estoit entré estant endormie, et leur fesoit mettre la main sur son ventre pour leur faire sentir le mouvement du serpent qui la rongeoit et tourmentoit iour et nuict, comme elle disoit : aussi tout le monde lui fesoit aumosne par une grande compassion qu'on avait de la voir, ioinct qu’elle fesoit bonne pipée. Or il y eut une damoiselle honorable et grande aumosnière qui la prit en son logis, et me fit appeler (ensemble MM. Hollier, docteur-régent en la Faculté de Médecine et Germain Chenal, chirurgien iuré à Paris) pour sçavoir s’il y auroit moyen de chasser ce dragon hors le corps de ceste pauvre femme, et l'ayant vüe M. Hollier lui ordonna une médecine qui estoit assez gaillarde (laquelle luy fit faire plusieurs selles) tendant à fin de faire sortir ceste beste : néanmoins ne sortit poinct; estans derechef assemblés, conclusmes que ie luy mettrois un spéculum au col de la matrice : et partant, fut posée sur un table où son enseigne fut déployée pour lui appliquer le spéculum, par lequel ie feis assez bonne et ample dilatation pour sçavoir si on pourroit apercevoir queue ou teste de ceste beste, mais il ne fut rien aperceu, excepté un mouvement que fesoit la dite garce, par le moyen des muscles de l'épigastre ; et ayant connu son imposture, nous retirasmes à part où il fut résolu que ce mouvement ne venait d'aucune beste, mais qu’elle le fesoit par l’action des dits muscles, et pour

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l’espouvanter etconnoistre plus amplement la vérité, on luy dit qu'on réitéreroit à luy donner encore une autre médecine beaucoup plus forte, afin de luy faire confesser la vérité du faict, et, elle craignant de reprendre une aussi forte médecine, estant assurée qu’elle n'avait poinct de serpent le soir même s’en alla sans dire adieu à sa damoiselle, n’oubliant à serrer ses hardes et quelques-unes de ladite damoiselle, et voilà comment l'imposture fut découverte.

La simulation peut enfin être tentée, non par les malades..…., mais par les guérisseurs. Nous en trouvons quelques exemples dans les cas d'exercice illégal de la médecine.

Des Chinois parcouraient entre 1910 et 1912 divers pays : la Syrie, la Palestine, l'Égypte, le Portugal, guérissant les maladies des yeux, rendant la vue aux aveugles, en leur extrayant des « vers des yeux ». Il y eut même à Lisbonne en 1912, en leur faveur, des émeutes qui faillirent tourner au tragique.

Le R.-P. Bovier Lapierre professeur de parasitologie à Beyrouth remit à M. le professeur Blanchard, six larves de diptères soi-disant extraites de l’œil par des Chinoises. Le D" Sigal lui en adressa également huit en accompagnant son envoi du récit suivant : «Une bande de Chinois récemment arrivés à Jérusalem se fait fort de guérir le trachome et autres maladies des yeux par l'extraction des vers qui, d’après eux, en seraient la cause. Ils opèrent en introduisant sous la paupière deux baguettes en verre qu'ils roulent entre les doigts pendant quelques instants, faisant un léger massage de la région. Les « vers » sortent, collés au bout des baguettes. Les opérateurs permettent de s'assurer au préalable que leurs mains sont vides.

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— S'agit-il d'un tour de prestidigitation ? Ce qu'il y a de certain, c'est qu’ils font sortir les derniers quelques sous de la poche des pauvres diables qui payent largement cette cure miraculeuse. »

Le professeur Blanchard étudia ces larves de diptères ; qu'elles soient prises à Beyrouth ou à Jérusalem, elles étaient identiques à elles-mêmes, elles appartenaient à la même espèce, elles étaient de mêmes dimensions et au même état de développement.

Voici pour terminer la conclusion du professeur Blanchard : « Tout cela m'engage à conclure que ces larves ne proviennent pas de la faune locale mais bien d'un élevage régulier. Je crois donc que les charlatans chinois ont dans leur bagage sordide et malodorant une « asticotière » qu'ils portent partout avec eux, dans laquelle ils font l'élevage d'un petit diptère provenant de Chine et où ils puisent, suivant leurs besoins les larves qui doivent servir à tromper le public crédule et ami du surnaturel. »

Nous allons passer maintenant, dans les chapitres suivants à l'étude des cas, où, sans simulation aucune, on trouve, soit dans les organes, soit dans les excréta, des corps minéraux, végétaux ou animaux simulant des

parasites vrais.

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