‹ Contribution à l'étude des Dilatations dites idiopathiques de l'Esophage: Rôle pathogénique des lésions acquises des tuniques musculairesChapitre 34 sur 41 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Service photographique de l'Université de Lyon

Ca

Pt ER

Coloration à l’hématéine éosine safran, à l’hématoxyline au fer, à l’orcéine, au violet de Paris.

Pour comparer, car il nous semblait difficile de donner des mesures absolues des diverses couches de la paroi, nous avons fait des coupes portant sur des régions homologues de l’œsophage, considéré macroscopiquement comme normal, chez une jeune fille de 21 ans.

A) Le prélèvement a passé dans ne région où les tuniques musculaires sont encore iconstituées par des fibres musculaires striées. La muqueuse est légèrement épaissie, la sous-muqueuse est normale, il existe de nombreuses glandes œsophagiennes, les tuniques musculaires ne paraissent pas altérées, aucune trace de sclérose, peut-être quelques cellules inflammatoires dans les cloisons intermusculaires ; la couche celluleuse n’est pas épaissie mais présente aussi une légère infiltration cellulaire.

B) Le prélèvement, long de 6 centimètres, intéresse deux petites ulcérations.

a) La muqueuse est en certains points normale (Planche II, figure 1, Obs. [), par ailleurs légèrement épaissie, en certains points, au niveau des ulcérations elle a complètement disparu. L'une des ulcérations détruit la sous-muqueuse, la musculaire muqueuse et infiltre la couche musculaire circulaire dans sa partie la plus interne. En d’autres points, l'inflammation avec infiltration de polynucléaires, de plasmocytes ne dépasse pas la musculaire muqueuse.

b) La sous-muqueuse est en certains points absolument normale, contenant de rares glandes, sans aucune infiltration cellulaire. En d’autres points, elle est infltrée de nombreux plasmocytes et de quelques polynucléaires ; en certains endroîits, enfin, elle parait densifiée, sclérosée, l'orcéine y montre une hyperplasie élastique certaine et la musculaire muqueuse légèrement hypertrophiée soulève légèrement la muqueuse. Cette sous-muqueuse n'a guère plus des dimensions de celle de l'œsophage considéré comme normal.

c) Les couches musculaires sont profondément modifiées. Disons d'abord que, dans l'œsophage pris comme type, dans une région homologue la couche interne forme le tiers environ de la tunique musculaire ;: la couche externe en constituant les deux tiers.

Les couches musculaires, ici, ont à elles deux une épaisseur double des tuniques musculaires de l’œsophage normal.

La couche circulaire interne, coupée transversalement est assez altérée. Il existe d’abord au niveau de l’ulcération une infiltration par des cellules inflammatoires. Mais en dehors de ce point, loin de jtoute ulcération, on peut voir :

1° Une sclérose interfasciculaire, une sorte de myosite interstitielle ou de sclérose intrafasciculaire, constituée par des travées fibreuses denses, riches en fibres élastiques, assez pauvres en éléments cellulaires ; elles finissent par étouffer et dissocier les fibres musculaires et en certains points, sans que d'ailleurs il y ait à ce niveau de lésions ulcérées de la muqueuse, on trouve de véritables petits îlots de sclérose.

2° Les éléments musculaires restant sont évidemment plus nombreux que normalement, comme dans les hypertrophies fonctionnelles, malgré la sclérose qui en fait disparaître un certain nombre. Ceux qui restent présentent, par place, des lésions de dégénérescence indubitable. Nous n’avons pas vu de fibres striées, il s’agit toujours de fibre lisse, nous n'avons pas mis en évidence de dégénérescence vacuolaire ou amyloïde ; mais nous avons vu certaines fibres volumineuses, à noyau hyperchromatique. De plus à un faible grossissement (la Figure 1 de la Planche IT le montre bien), on a l'impression d'un état marbré des champs muscujaires, certains d’entre eux prenant mal les colorants.

La couche circulaire est hypertrophiée, soit du fait de l'augmentation des fibres musculaires, soit du fait de l’épaississement des travées conjonctives. Elle est deux fois plus épaisse que la couche externe, alors que la proportion est inverse dans notre œsophage normal.

La couche longitudinale externe, coupée dans le sens des fibres, est également plus épaisse que la couche correspondante de l’æsophage normal ; mais ici les faisceaux musculaires sont séparés par de nombreuses travées conjonctives épaisses, infiltrées abondamment d'éléments inflammatoires très nombreux : lymphocytes, plasmocytes ; ces travées sont de plus en plus épaisses à mesure que l’on se rapproche des parties les plus externes, on croirait voir une coupe de tunique moyenne d’artérite syphilitique.

En certans points (Figure 1, Planche IT), la couche longitudinale:

dissociée a presque complètement disparu, remplacée par des travées scléreuses, infiltrées de nombreuses cellules inflammatoires.

d) L’adventice ou condensation celluleuse normale autour de l'œsophage est profondément modifiée, presque nulle dans l'œsophage normal, il atteint ici une épaisseur égale à celle de la couche musculaire externe, il est formé d’un tissu scléreux assez dense, infiltré de nombreuses cellules inflammatoires disposées surtout autour de vaisséaux nombreux.

Un point nous semble intéressant : c’est non seulement la présence de nombreuses fibres élastiques dans ce tissu inflammatoire, mais une hyperplasie musculaire irrégulière nette. Les parois musculaires de ces vaisseaux sont d'abord augmentées dans des proportions énormes (Figure 2, Planche II), mais dans le voisinage des vaisseaux, que ceux-ci soient dans l’adventice ou dans les travées conjonctives des couches musculaires, on trouve des fibres musculaires lisses néoformées, de petites dimensions, lfusiformes, colorées fortement à l'éosine, avec ou sans noyau apparent, soit rangées parallèlement (Figure 2, Planche II), soit ‘entre-croisées ‘au sein d'un stroma hyalin, tranchant par sa teinte claire rose sur le tissu conjonctif environnant coloré par le safran.

Dans les couches musculaires, on en rencontre ainsi, qu’il serait difficile de différencier des fibres musculaires normales si elles n'avaient pas une orientation parfois toute différente.

C) Au niveau d'une portion non ulcérée de la paroi de la dilatation dans son tiers inférieur.

La muqueuse et la sous-muqueuse paraissent normales. Les couches musculaires présentent les mêmes caractères que dans la coupe précédente, mais l’inflammation prédomine ici nettement dans la couche externe ; les deux couches sont augmentées d'épaisseur dans la même proportion que ci-dessus. L’adventice, très épaissi, très vasculaire, infiltré d'éléments inflammatoires, atteint l'épaisseur de la couche musculaire externe.

D) Le prélèvement, fait dans le sens vertical, intéresse les derniers centimètres de l’œsophage, les premiers centimètres de l'estomac et nous montre la transition entre les deux muqueuses æsophagienne et gastrique.

La muqueuse est normale, légèrement hyperplasiée, avec une

toute petite ulcération récente à deux centimètres au-dessus du point où le revêtement œsophagien disparaît, mais l’inflammation très limitée n'a pas lésé complètement la muqueuse et ne dépasse pas la musculaire muqueuse. Partout ailleurs, muqueuses et sous-muqueuses gastriques et œsophagienne sont intactes, sans trace d'inflammation ancienne ou récente, aiguë ou chronique.

Les formations glandulaires sont entourées d'éléments cellu-" laires particulièrement abondants.

Les couches musculaires sont normales, sans sclérose, sans infiltration de cellules inflammatoires, la couche musculaire interne est plus épaisse que l'externe, mais nous devons dire que nous avons trouvé pareille disposition au niveau du cardia de l’œsophage normal. L’adventice est normal, peut-être un peu dense, mais non épaissi et sans infiltration inflammatoire.

En résumé : l'examen anatomo-pathologique de cet œsophage nous montre sa dilatation avec un allongement marqué et l’intégrité de la région cardio-diaphragmatique, soit macroscopique, soit histologique.

L'examen microscopique nous montre que l’hypertrophie macroscopique de la paroi œsophagienne est constituée :

1° Par des lésions des tuniques musculaires, hypertrophie, sclérose, dégénérescence, néoformations musculaires lisses, irrégulières ;

2° Par des lésions de l’adventice anormalement développé, vascularisé et densifié ;

3° Les lésions de tuniques musculaires semblent prédominer sur la tunique externe, qüi en certains points même est profondément remaniée par l'épaississement de l’adventice.

OBSERVATION II MM. REBATTU et PErourAUD (Société des Sciences Médicales de Lyon, février 1924.) (Examen histo-pathologique inédit.) '

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