‹ Contribution à l'étude des Dilatations dites idiopathiques de l'Esophage: Rôle pathogénique des lésions acquises des tuniques musculairesChapitre 37 sur 41 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

MM. PÉHU, SARGNON, Ch. GAILLARD. (Soc. Méd. Hô: Lyon, fév. 1924.)

O. Marcel, 12 ans et demi, entre à la Charité dans le service de M. le docteur PÉHU, le 27 septembre 1923. Le petit malade avait été envoyé à la consultation parce qu'il ne pouvait s’alimenter, vomissant tous les aliments ingérés.

Le père est mort à 54 ans, probablement de tuberculose pulmonaire ; la mère, vivante et bien portante, a été mariée deux fois. Elle est veuve de ses deux maris. Elle n'a jamais eu de fausses couches. De son premier mari elle a eu six enfants, quatre vivants en bonne santé, un mort en bas âge, une fille morte à 25 ans de suite de couches. Du second mari : deux enfants, dont l'aîné est le petit malade, l’autre est bien portant.

Marcel est né à terme. Jusqu'à l’âge de 11 ans il s’est bien développé, a toujours eu bonne santé. Notamment aucun trouble digestif ni aucun incident pouvant faire penser à une ingestion de liquide caustique.

La seule affection à signaler est une fièvre typhoïde ayant évolué sans complications à l’âge de 6 ans. L'enfant a toujours été nerveux et impressionnable.

L'affection actuelle a débuté il y a un an, à onze ans, par conséquent. L'enfant a éprouvé à ce moment de la difficulté à avaler les aliments solides mal mastiqués, puis cette dysphagie s’est étendue aux bouillies. Depuis le début de septembre 1923, il vomit presque tous les aliments qu'il prend. Il s'agit de régurgitation, car les aliments sont rejetés quelques minutes après leur ingestion.

À l'entrée : le 27 septembre 1923, enfant assez bien développé, ayant 130, taille au moins égale à celle des enfants de son âge, mais il est très émacié, ne pèse que 25 kg. 450. Le teint est pâle, l'aspect général très précaire. Il n’accuse aucun symptôme douloureux. C’est à peine s'il éprouve, après l'ingestion des aliments surtout solides, une sensation de plénitude et de gêne rétrosternale que fait cesser immédiatement un vomissement ou mieux une régurgitation survenant sans effort et contenant ordinairement tous les aliments qui viennent d’être ingérés.

La température centrale est normale. On a cependant l'impres-

sion que les téguments sont froids ; les extrémités sont peu colorées.

L'examen somatique ne montre rien de particulier au niveau des poumons. Le système nerveux paraît normal. L'examen abdominal ne fait voir ni ondes péristaltiques ni tension intermittente. Le ventre est aplati. Les selles sont régulières, quotidiennes. Pas de constipation.

28 septembre 1923. Depuis l’entrée l'enfant a pris trois repas, deux d’entre eux étaient composés de lait et de potage, ils ont été immédiatement rejetés, l’un dès la fin de l’absorption des aliments, l’autre une heure après. Le troisième repas, uniquement liquide, a été conservé.

Le petit malade a été examiné par le docteur SARGNoN, le 2 octobre 1923. Œsophagoscopie avec tube très court de 11 millimètres de diamètre, d’une longueur de 18 centimètres, qui pénètre assez facilement jusqu'à la partie supérieure de la poche. La muqueuse œsophagienne est pâle, comme lavée, en profondeur la poche occupe au ‘moins les deux tiers inférieurs du thorax. En son milieu elle a un diamètre de 4 à 5 centimètres. A la partie supérieure existe un sphincter qui se ferme et s’ouvre alternativement, laissant passer des flots de salive, des détritus alimentaires, le malade était cependant à jeun depuis hier soir. Une bougie n° 24 descend assez facilement jusqu'à 40 centimètres, là elle est arrêtée, elle a dû sûrement franchir le cardia et a été arrêtée dans l'estomac.

5 octobre 1923. Un nouveau cathétérisme de l’œsophage donne les résultats suivants : une sonde. n° 15 passe facilement, elle franchit nettement le cardia ; une sonde n° 25 s’arrête à 36 centimètres environ des arcades dentaires.

17 octobre 1923. Un cathétérisme montre nettement une rétention minime dans l’œsophage.

3 décembre 1923. Amélioration très nette. L'enfant a été soumis au traitement suivant : Bougie n° 28 en caoutchouc dur laissée à demeure dans l’æœsophage, pendant un quart d'heure d’abord le 5 octobre, puis une demi-heure le 9 octobre; trois quarts d'heure le 11 ; une heure le 17 ; le 23 octobre, on a pu laisser pendant deux heures une bougie plus grosse n° 20 ; le 31 octobre, bougie n° 20 pendant deux heures ; le 9 novembre, bougie n° 25 pendant une heure vingt minutes ; le 17 novembre, bougie de même calibre pendant vingt minutes ; le 21 et le 24 novembre, bougie identique

pendant une heure. Le 25 novembre, œsophagoscopie qui donne les mêmes résultats.

Depuis les premiers cathétérismes l'enfant avale beaucoup mieux. Actuellement il peut prendre un régime normal, par conséquent de nombreux solides ; il ne régurgite plus et ne souffre pas. Le poids a augmenté de 8 kg. 350, du 29 septembre au 3 décembre

Une radiographie a été pratiquée le 18 octobre 1923, l'enfant a ingéré environ un demi-litre de gélobatine. La radiographie vue par la face postérieure du thorax montre un œsophage dilaté dans son ensemble, à sa partie supérieure il mesure en longueur deux centimètres, puis il se dilate progressivement et dans son ensemble. affecte une configuration en fuseau ; à partir de la deuxième vertèbre dorsale environ il mesure 5 centimètres de longueur, la partie inférieure de l’æœsophage est encore élargie avant sa traversée diaphragmatique ; puis à partir du diaphragme le conduit se rétrécit. Il est encore visible sur une longueur de quatre centimètres et affecte nettement la forme d’un triangle isocèle à base supérieure. ‘

10 mai 1924. Le malade a été suivi régulièrement ; toutes les semaines on lui faisait une dilatation avec bougie de Bouchard ; une seule fois le docteur SARGNON n'a pu passer, à cause du spasme intense et une autre fois le spasme assez marqué n’a cessé qu’au bout de plusieurs secondes.

Rentré chez lui, il y a deux mois environ, il a été soumis à un régime alimentaire moins sévère qu'à l'hôpital ; notamment il a repris du vin, aussi il a irrité sa poche qui est devenue intolérante et il présenta des régurgitations. Il est revenu à l'hôpital où, après quelques jours de lavages quotidiens de la poche avec de l’eau alcaline, tous ces phénomènes ont presque disparu.

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