CHAPITRE II
D’après les notions théoriques que nous avons en- visagées au chapitre précédent, il peut sembler paradoxal de qualifier un donneur universel de dangereux. On sait, en effet, que les donneurs universels du groupe O sont des sujets dont le sang peut être impunément injecté aux sujets des autres groupes À, B, et AB. ;
En matière d’incompatibilité sanguine, seule compte l’action du plasma du receveur sur les globules du donneur. Bien que les globules du groupe © soient inagglutinables, le plasma de ces sujets renferme néanmoins les deux agglutinines anti-A et anti-B dont on ne tient habituellement pas compte lors de transfusion de sang O à des groupes A, B, ou AB en raison de la dilution considérable que subissent ces anti-corps dans la circulation du transfusé. :
D'ailleurs, comme certains auteurs l’ont montré, il semble qu’en plus de cette dilution joue un autre mécanisme régulateur qui fait disparaître les agglutinines du donneur au fur et à mesure de leur introduction dans le torrent circulatoire du receveur, et ce phénomène serait vraisemblablement lié à une absorb-
CASE tion de l’agglutinine par la masse considérable d’agglutinogène correspondant, contenu tant dans les hématies que dans le plasma et les organes du transfusé.
Cependant si le taux de ces agglutinines anti À et
anti B se trouve anormalement élevé et si, d’autre
part, le receveur a perdu une grande partie de sa masse sanguine, les globules du receveur peuvent théoriquement subir le risque d’agglutination par les agglutinines du donneur.
Les auteurs Américains Levine et Mabée (1923), Freemann et Whitehouse (1926), ont, les premiers, soulevé ce problème théorique à la suite de quelques observations de transfusions nocives. C’est à ce sujet qu'ils créèrent le terme « dangerous Universal donnor » désignant un individu du groupe O à titre élevé d’agglutinines.
Nombre d’auteurs par la suite, aux Etats-Unis, en Allemagne et en U.R.S.S., décrivirent des accidents semblant relever de la même étiologie.
Dans certains pays, cette notion de donneurs universels dangereux fut même sanctionnée par une réorganisation de certains services de la Transfusion Sanguine, en particulier le New-York Hospital, La Croix-Rouge Anglaise, La Croix-Rouge Néerlandaise.
De plus, à de nombreuses occasions, des auteurs comme Landsteiner, Wildegans, Kersting, Steffan, Kaefer, Hesse, Kubany, se sont prononcés pour l’élimination ou l’utilisation restreinte des donneurs universels.
En France même, P. E. Weil, Lamy et Stieffel, Farjot et Spriet, Simonin ont également attiré l’atten-
tion sur la nocivité possible d’un donneur universel
à taux anormal d’agglutinines. Cependant l’unani-
mité est encore loin d’être faite à ce sujet, et nous:
ne ferons que citer pour exemple, en opposition aux, auteurs précédents, les noms de Tzanck en France, Brines aux U. S. A., Beck en Allemagne, Moureau en Belgique, qui continuent à utiliser un nombre con-
sidérable de donneurs universels et n’ont jamais.
signalé d'accidents.
Il n’en reste pas moins que cette question théorique: possède une importance capitale quand on connaît
l’organisation des services de transfusion, principa-
lement fondée sur l’emploi de donneurs universels. Aussi, allons nous essayer de résumer les diversesopinions à ce sujet et de voir si réellement la notion de donneurs universels dangereux doit être retenue. Nous croyons suivre le plan le plus logique en présentant tout d’abord les quelques observatisns cliniques que nous avons pu rassembler, où le donneur universel semble être responsable d’accidents de:
transfusion.
Nous empruntons à un article de Balgairies et.
Christiaens de Lille, mai 1937 (Echo Méd. du Nord). les quelques observations suivantes :