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CHAPITRE PREMIER

Historique.

Les questions d'identité, sans être très fréquentes se présentent dans un grand nombre de circonstances très variées. Dans un procès civil l'individualité d'une des parties peut se trouver contestée par la partie adverse. La question se pose plus fréquemment dans certaines affaires criminelles. Le cadavre de la victime, mutilé, méconnaissable peut rester inconnu; le coupable lui-même peut essayer de dissimuler son identité.

Dans ces cas difficiles les signes physiques seuls peuvent fournir des indications utiles. C'est ce que tous les auteurs ont compris et dans ce butils ont indiqué, comme parfaitement propres à guider les gens de l'art, les données tirées de l’âge, de la stature, de la physionomie, des taches, des cicatrices, des vices de conformation, en un mot de tous les caractères extérieurs.

M. Bertillon dans ces dernières années a montré le parti qu'on pouvaittirer du classement méthodique de certains de ces signes. Le système de mensuration |

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qu'il a préconisé fournit des résultats très précis et rend de grands services, mais il ne s'applique qu'à la catégorie limitée des individus dont ia police a pu disposer librement à un moment donné.

Les modifications et déformations physiques que produit invariablement dans certaines parties déterminées du corps l'exercice des diverses professions . Sont des signes qu'on pourra au contraire rechercher sur des individus totalement inconnus. Il sera aussi facile de les constater sur le cadavre que sur le vivant Ilest évident qu'ils ne pourront amener une reconnaissance positive, immédiate, mais ils fourniront des indications très précieuses, de nature à diriger utilement les recherches de la justice.

Avant d'aborder l'étude détaillée des durillons professionnels, nous passerons rapidement en revue les travaux se rapportant plus ou moins à la question. Pour cela nous ne remontons pas loin dans l'histoire médicale. à

Fodéré, le premier, a parlé des indications fournies par les professions, du reste dans des termes très vagues : « L’agriculteurq ui a passé une partie de sa vie à bêcher la terre reste nécessairement courbé ; le gagnepetit, le porte-balle etle porte-faix ont les épaules voutées ; le cordonnier à les pouces très Clargis ; le manœuvre et autres de cettenature ont la peau des mains très rude et très dure, garnie de cals ».(1)

(1) Fodéré. — Trailé de Médecine légale, 2e édition, Paris, LOTO MP DO:

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Devergie s'exprime de cette façon: « Ici c'est un individu qui se sert d'outils grossiers et qui les emploie avec force, les sert constamment avec la main ; on voit alors l'épiderme s'endurcir, devenir épais et noirâtre. Mème effet a lieu par l'usage d'un béquillard dont l'usage est nécessité par une claudication comme dans l'affaire Dautun, dans laquelle M. Dupuytren et M. Breschet indiquèrent cet usage d'après l'inspection de la paume de la main » (1).

Il cite encore les marques produites par l'usage de l'aiguille, les déformations du sternum chez les cordonniers, les durillons des violonistes.

Orfila. (2), parle aussi des joueurs de violon et de guitare, qui acquièrent des durillons à la pulpe des doigts de la main gauche, du joueur de harpe qui en a aux deux mains, Il ajoute que tous les artisans et manœuvres ont les mains fortes et calleuses, mais il omet de spécifier, quelles sont les SSSR qui amènent ces callosités.

D'autres auteurs, Patissier, Mérat, Motard, Rayer se sont occupés de la question, mais sans l'approfondir davantage.

Tardieu (3) le premier, ainsisté surce point médico-lé-

(1) Devergie, — Traité de Médecine légale, 2e édition, 1840, tALP D: 538 (2j Orfila. — Traité de Médecine légale, 4 édition, Paris,

1648, t. I, p. 10 (3) Tardicu. < Mémoire sur les modifications physiques etchimiques, que déterminent dans cerlaines parties du corps

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gal. Au lieu de vagues indications, il fournit des données anatomiques précises, tout un ensemble de caractères physiques bien étudiés pouvant servir à déterminer la profession d'un individu. Dans un mémoire paru dans les Annales d'hygiène publique et de médecine légale il décrivit les lésions rencontrées par lui dans un cer- : tain nombre de métiers. [l signale plus dequarante professions donnant des indications assez précises pour pouvoir servir de base à la reconnaissance certaine du métier d’après l'aspect extérieur des lésions.

En 1862 parut le travail le plus complet qu'on ait publié sur [a question. Dans son Mémoire, paru d'abord dans les Annales d'hygiène publique, ensuite en volume chez Baillière, Vernois étudie une centaine de professions (1). Les descriptions qu'il donne sont très exactes et très complètes ; il est vrai qu'il étudie outre les modifications de l'épiderme, celles du derme et de tous les autres tissus.

Dans la méme année Bazin (2) étudia avec beaucoup de soins les maladies cutanées artificielles. Il souleva de grandes discussions sur leur pathogénie. Maisil s’occupa presque exclusivement des affections aiguës, des dermatoses proprement dites.

l'exercice des diverses professions, pour servir à la recherche de l'identité. (Annales d'hygiène pub. et de méd. lég., 1re série, 1849-50, t. XLII et XLII.)

(1) Maxime Vernois.— De la main des ouvriers el des artisans. (Annales d'hyg. pub. et de méd, lég., 1862, t. 17).

(2) Bazin. — Leçons théoriques et pratiques sur les affeclions cutanées arlificielles. Paris, 1802,

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Depuis la publication du livre de Vernois nous ne trouvons plus aucun ouvrage d'ensemble sur cette question des lésions protessionnelles.

Nous citerons les travaux de Lepagnez sur l'ecz:éma professionnel (1), de Combalat sur les dermatoses professionnelles (2), les leçons de Moritz Koposi (3), la thèse de Labelle sur le mal des plongeurs (4), la leçon de Gaucher sur les durillons professionnels (5), enfin la thèse de Vonecloo, sur une callosité observée chez les fileuses de lin (6), et celle de Sainturet sur les lésions professionnelles de la main chez les tonneliers (7). Tous ces travaux ont fait faire de grands progrès à la question.

(1) Thèse, Paris, 1881.

(2) Thèse, Paris, 1894.

(3) Leçons sur les maladies de la peau. Traduction Besnier et Doyon, 2 vol., Paris 1891.

(4) Thèse, Paris, 1898.

(5) E. Gaucher. — Leçons sur les maladies de la peau. 2 vol Paris, 1898.

(6) Thèse, Paris, 1898.

(7) Thèse, Paris, 1890.

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