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CHAPITRE III

Etude clinique de la kératose artificielle.

L'épiderme à l'état normal, présente cette particularité, que les couches superposées qui le composent se détachent et tombent par leur face superficielle tandis qu'elles se reproduisent par leur face profonde. Mais qu'une irritation, qu'une pression répétée vienne à s'exercer sur un point circonscrit de la peau, la vitalité des cellules du corps muqueux s’exagère, elles se développent en plus grande quantité et leur transformation en cellules cornées s'opère plus LD PS Il ya hypertrophie de la couche cornée.

Cette hypertrophie de la couche cornée est-elle plus limitée en surface avec dépression du derme, on a le cor. Est-elle plus étendue et sans dépression dermique, on a le durillon.

À côté de ces lésions chroniques provoquées par une irritation lente, il existe des lésions causées par l’irritation d'une peau non aguerrie, par des frottements ou pressions plus intenses; ce sont les phlyctènes, vul-

gairement appelées ampoules. Au bout de quelque temps, sur ces ampoules viennent se greffer des durillons.

Le durillon, encore appelé callosité ou tylosis, kératodermie ou kérotose artificielle, se présente généralement sous l'aspect suivant. C'est un épaississement épidermique circonscrit, de dimensions et de forme très variables, de coloration variant du banc sale au jaune brun, d'aspect corné, de consistance dure et sèche, coriace ou cassante. À sa surface les lignes et sillons normaux de la peau sont plus ou moins effacés.

Détaché de la peau, le durillon représente une plaque jaunâtre, plus ou moins transparente, à face profonde plane, à face superficielle convexe, ayant son maximum d'épaisseur au centre, s'amincissant sur les bords. Le derme sous-jacent est sain, les papillessont légèrement hypertrophiées.

Si l'on examine cette plaque cornée au microscope, soit sur des coupes, soit par dissociation après une macération dans une solution de potasse caustique, on voit qu’elle est uniquement formée de cellules cornées. Les coupes histologiques montrent ces cellules disposées par couches parallèles à la surface de la peau (1).

Ce n'est que par l'étendue, la forme, le siège, le nombre qu'on peut assigner à ces hypertrophies de. l'épiderme des caractères spéciaux ; caractères entièrement sous la dépendance de la cause qui leur a donné

(1) Gaucher. — Leçons sur les maladies de la peau, t. IX, p. 178.

Ag

naissance, toujours extérieure, le plus souvent d'ordre professionnel. :

Le durillon est un moyen de défense de l’organisme. Il protège les parties sous-jacentes de la peau, à la façon d'un bouclier, les met à l'abri des compressions trop violentes comme celles que déterminent les outils.

La sensibilité générale est altérée dans presque tous les cas où l'épiderme est épaissi. Il y a anesthésie plus ou moins complète sur tous les points où il existe des callosités notables. On peut en enlever de larges couches, arriver jusqu'au derme sans que le sujet accuse la moindre douleur. On n'est averti qu'on a pénétré jusqu'aux couches vasculaires que par l'écoulement du sang. Cette anesthésie, bornée en général à la face palmaire de la main, envahit parfois la face dorsale chez les vieux manouvriers, dont la peau est plus ou moins tannée par un travail très dur ou par l'action des acides.

La sensibilité tactile est réduite au minimum quand les durillons de la pulpe des doigts ont pris un certain développement. Le sujet, quand on lui ferme les yeux, a perdu la faculté de reconnaître la nature et le volume des objets qu'on lui fait saisir entre les doigts. Les personnes qui ont les doigts très calleux ne peuvent plus travailler à un ouvrage fin et délicat. À l'hôpital j'ai souvent vu de vieux ouvriers dans l'impossibilité de ramasser une épingle placée sur une surface polie, comme le marbre d'une table de nuit.

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