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C. — DYSENTERIE 4 CACHEXIE PROGRESSIVE

. C’est à la dysenterie amibienne qu'est en général attribuée cette forme de dysenterie. Pourtant H. Vincent décrit à la dysenterie bacillaire une forme prolongée qui aboutit lentement à la cachexie et à la mort.

Ainsi, les distinctions cliniques établies «entre les deux causes principales de dysenterie ne sont pas aussi nettes que l’'indiquent les schémas classiques. De même que certaines dysenteries amibiennes peuvent prendre, comme des dysenteries bacillaires, une allure aiguë et entraîner la mort par toxhémie, de même certaines dysenteries bacillaires peuvent, comme des dysenteries amibiennes, déterminer une cachexie progressive qui a presque toujours une évolution fatale.

De plus, cette forme de dysentérie à cachexie progressive présente des caractères si nets, des complications si spéciales, qu’elle doit être distinguée des dysenteries chroniques qui

sont surtout à récidives ou à rechutes.

La dysenterie à cachexie progressive débute le plus souvent par une période aiguë et sévère. Beaucoup de malades réunissent les éléments du « syndrôme de gravité » que nous avons décrit dans les formes aiguës, à tel point qu’on doit les considérer comme ayant échappé à la mort par toxhémie, par hémorragie ou par perforation. Puis la température baisse ; le nombre des évacuations tombe à 2 ou 3 par jour; de glaireuses et hémorragiques, elles deviennent purulentes, séro-purulentes ou séreuses.

Cependant l’état général n’a aucune tendance à l’amélioration. L’amaigrissement et l’anémie augmentent avec une rapidité extrême; l'organisme paraît gravement atteint dans ses différentes fonctions : la cachexie s’installe.

Les signes locaux sont moins caractéristiques que les signes généraux.

Les douleurs abdominales sont sourdes, mais constantes sur tout le gros intestin. Elles sont éveillées par la pression sur l’S iliaque, sur le colon descendant, sur le colon transverse ei presque toujours sur le cœcum. Les ulcérations sont généralisées à tout le gros intestin comme l’ont montré les autopsies.

Le ténesme rectal existe, mais moins intense, le ténesme vésical plus rarement, les épreintes sont moins fréquentes que dans la forme précédente. à |

Les selles ne sont pas très nombreuses : 7 à 8, quelquefois 3 ou 4 par jour. Elles peuvent être encore glaireuses ‘et sanguinolentes ; elles peuvent être aussi purulentes, ou séreuses, tout à fait liquides ou pâteuses et molles.

Cytologiquement, dans les mucosités, existent des globules rouges et des polynucléaires, et dans les froitis colorés au Giemsa, Heuyer trouva souvent, l'abondance des éosinophiles que Billet a déjà signalée.

L'état général est gravement atteint et caractéristique de cette forme. Les malades sont squelettiques et demeurent inertes dans leur lit, répondant à peine aux questions qu'on leur pose.

La peau est sèche, squameuse, prend une teinte terreuse et bronzée ; le ventre est excavé en bateau, la langue est

Pi

rouge et sèche, l'appétit est aboli ; les urines sont rares, très colorées et contiennent fréquemment de l’albumine.

La teinte subictérique des téguments et de la conjonctive, (31), (50), (59), la décoloration des selles, les. éruptions pétéchiales, (31), (32), (49), (50), révèlent une altération des fonctions hépatiques. L’asthénie marquée jointe aux douleurs lombaires et à la pigmentation traduisent un certain degré d'insuffisance surrénale (55).

Le plus souvent existe de la congestion des bases (49), (51), (57), parfois de la broncho-pneumonie (31), (53), (55), qui hâte la mort. Les malades sont couverts d’eschares, d’abord sacrées, puis apparaissant à tous les points de pression, €! s'étendant chaque jour, malgré tous les soins.

Le muguet est un symptôme fréquent qui témoigne d’une cachexie grave (57).

Enfin apparaît un symptôme qui permet de prédire à coup sûr la mort prochaine. C’est la dissociation du pous et de la température : (31), (49), (51), (52), (53), (54). Celle-ci reste aux environs de 37°, tandis que le pouls s'élève progressivement à 130, 140 et devient incomptable l’avant-veille ou la veille de la mort. L'évolution de cette dysenterie à cachexie progressive s’accomplit en six ou huit semaines. Le malade s'éteint lentement ou est emporté par une des complications intercurrentes. Les deux observations 31 et 32 sont caractéristiques de cette cachexie dysentérique rebelle PES toujours à tout traitement médical.

Plus loin, nous insisterons sur quelques détails anatomopathologiques de ces dysenteries à cachexie progressive. Mais déjà nous pouvons noter dans ces deux observations deux faits {rouvés à l’autopsie. D'une part, la présence d’une péricardite avec épanchement plus ‘ou moins abondant, des taches laiteusés du péricarde, ct un dépôt fibrineux récent à la pointe du cœur et à la base des gros vaisseaux. Cette péricardite relativement récente 4 été le plus souvent une trouvaille d’autopsie. Elle a été constatée dans toute les autopsies de dysenterie cachectisante que pratiqua Heuyer.

D'autre part, les lésions des surrénales, hémorragiques ou

atrophiques : c'est dans les formes aiguës des dysenteries

bacillaires que Remlinger et Dumas ont invoqué les lésions des surrénales pour expliquer l’asthénie, l'hypertension artérielle et la défaillance cardiaque de leurs malades. — Ra-

. Vaut et Krolunitsky, puis Dujaric de la Rivière et Villerval

ont signalé ces symptômes d'insuffisance surrénale au cours des dysenteries amibiennes. Heuyer a trouvé les signes et les lésions d'insuffisance surrénale au cours des dysenteries aiguës et des dysenteries cachectisantes, qu'elles soient amibiennes ou bacillaires.

Dans un cas dont la dysenterie ne reçut pas d’étiquette étiologique, on put observer un véritable syndrôme d’Addison : asthénie douloureuse, hypertension artérielle et mélanodermie. Il ne fut pas noté de raie blanche. Malgré deux parotidites successives, le malade ne succomba pas. Après trois mois de séjour à l’ambulance, et une cure d’émétine à doses intensives et discontinues, le malade fut guéri clinique-

ment de sa dysenterie. On dut l’évacuer. Il restait asthénique

et pigmenté.

Ainsi, lésions péricardiques et lésions surrénales sont fréquentes, sinon constantes à l’autopsie des dysenteries cachectisantes. Il est difficile de spécifier à quelles iésions précises il faut rattacher l’accélération terminale du pouls alors que la température reste normale ; elle ressortit sans doute autant à l’atteinte des surrénales qu’à la péricardite terminale. Quoi qu'il en soit, cette association du pouls et de la température existe très fréquemment au cours des dysenteries à cachexie progressive. Elle nous paraît importante à signaler, car elle indique le moment où toute tentative de traitement, médical ou chirurgical, devient inutile. Ce symptôme annonce la mort prochaine et inévitable. |

Nous donnerons également pour ces formes la statistique d'Heuyer :

26 dysenteries à telles.

Sur ce nombre, en 1018, l'auteur observa 10 cas qui se répartissent ainsi :

cachexie progressive dont 23 furent mor-

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