‹ Contribution à l'étude des dysenteries et de leur traitement chirurgicalChapitre 17 sur 82 · METRE · texte numérisé non relu

METRE

° Emétine. — L'action de l’émétine dans les dysenteries amibiennes a fait suffisamment ses preuves (Du Mey, Roggers, Chauffard) pour qu'on n'ait pas à employer l’ipéca sous une forme quelconque (1) (pilules de Segond). Nous avons employé l’émétine suivant deux modes :

a) À doses fortes et croissantes : Chauffard a montré qu’on pouvait employer l’émétine jusqu’à la dose de o gr.-12 par jour ; mais on a reproché à l'émétine certains accidents cardiaques, nerveux, pulmonaires, etc. (Mattéi.) La toxicité de l'émétine a été bien étudiée par Guglielminetti, Méry et Million. Dans sa pratique, Heuyer n’a pas constaté les accidents toxiques que Mattéi rapporte, mais nous avons observé à l'hôpital Lyonnais un malade qui présenta des nausées «et des phénomènes de défaillance cardiaque avec de la dépression générale (2), lorsque, ayant atteint la dose de o gr. r2 d'émétine nous continuâmes cette même dose plusieurs jours de suite. Le premier signe d'intoxication est la nausée : il faut donc tâter la susceptibilité du malade, et dès que les nausées surviennent, diminuer les doses.

sous procédait par séries hebdomadaires et donnait : le

* jour o gr. 04, le 2° o gr. 08, le 3° o gr. r2, le 4° o gre 16, le 5° o gr. 12, le 6° o gr. 08, le 7° o gr. 04. En règle générale, la dose de o gr. 16 peut être atteinte sans nausées ni “accidents. Quelquefois, il y a des nausées, rarement des vomissements.

Dans certains cas de dysenterie amibienne grave, Heuyer est allé jusqu’à o gr. 20 sans avoir constaté d’autres accidents

(1) Signalons que certains auteurs ont prétendu que le principe antidysentérique de lP'ipéca n’était pas l’émétine ; ils ont prétendu en outre qu'au point de vue du traitement de la dysenterie, l’'émétine était un élément nocif dans la poudre et ils ont fait préparer une poudre d’ipéca désémétinisée. Nous ne connaissons pas les résultats thérapeutiques obtenus avec ce produit.

(2) Au moment même où nous constations ces phénomènes et où nous donnions la dose la plus forte du médicament, l'examen des selles pratiqué par notre collègue Vayano montrait la présence de kystes à 4 noyaux. )

LT

que des vomissements. À cette dose l’émétine est mal tolérée.

Personnellement nous avons obtenu de bons résultats le plus souvent, en donnant des doses croissantes comme précédemment de o gr. 04 à o gr. 12 puis maintenant cette dose plusieurs jours consécutifs pour redescendre ensuite progressivement.

b) en séries discontinues : c’est le procédé connu de tyndallisation : une seînaine d'émétine, une semaine de repos, reprise, etc. ainsi pendant un mois ; ensuite, les séries d’émétine sont séparées par. un intervalle de quinze jours de repos.

Quand la dysenterie est guérie, il est bon qu'un ancien amibien continue un traitement à l’émétine (une série tous les 2 ou 3 mois), l'utilité de ce traitement étant vérifiée par l’examen des selles et la constatation des kystes amibiens : je procédé de tyndallisation est destiné en effet à détruire l’amibe au moment de son éclosion.

Nous n'avons pas eu l’occasion d'employer le traitement à

l’iodure double d’émétine et de bismuth ni le traitement à l’iodure double d’émétine et de mercure, préconisés par Du Mey, Lebœuf, etc. et dont l’action paraît plus efficace que celle du chlorhydrate d’émétine. Récemment, Carles a indiqué le meilleur mode d'emploi de l’iodure double d’émétine et de bismuth qui paraît être le médicament de choix contre la dysenterie amibienne chronique. Il est donné pendant douze jours, à la dose de o gr. 18 par jour en trois capsules kératinisées, une par repas. Il comporte les mêmes dangers que l’émétine et son emploi nécessite les mêmes précautions (ioniques cardiaques, repos, etc.).

Avant d'employer ce médicament, Carles insiste sur la nécessité de débarrasser au préalable le malade des parasites surajoutés à son amibiase.

L'action de l’émétine dans la dysenterie amibienne est indéniable. Toutefois il y a des cas où pour une cause mal déterminée, peut-être à cause d’une infection surajoutée, l’émétine ne paraît pas avoir d’action dans les formes les plus certainement amibiennes.

C’est ainsi qu'Heuyer a vu des réprises de dysenterie en plein cours de traitement émétinique (69). Nous avons nousmêmes observé un cas semblable à Salonique.

Dans ces cas où la dysenterie amibienne n’est plus jugulée par son “traitement spécifique, on peut dire qu’il y a échec du traitement médical. PIE 3

2° Sérum antidysentérique. — On a beaucoup discuté l’effcacité du sérum antidysentérique. À notre avis, dans les cas où il s’agit sûrement de dysenterie bacillaire, nous avons eu des preuves de son efficacité certaine. Mais pour qu'il agisse, il nous a fallu employer des doses considérables de sérum antidysentérique : le sérum est inefficace quand on injecte seulement 20 à so cc. Les résultats favorables que nous avons obtenus, le furent avec des doses de 200 à 300 cc. par injections quotidiennes de 50 à 60 cc. de sérum pendant 4, 5 ou 6 jours. Alors on jugule nettement les poussées aiguës de dysenterie bacillaire. Par contre, le sérum paraît totalement inefficace dans les dysenteries bacillaires prolongées ou chroniques.

Employé à ces doses massives et répétées, le sérum antidysentérique donne des accidents anaphylactiques généralement au bout d’une semaine après la première injection. Ces accidents ont la forme d’éruption ou d’arthrites.

L’éruption peut être localisée ou généralisée :

Localisée, c’est le phénomène d’Arthus au siège de l’injection qui rougit, se tuméfie, devient douloureux. L'éruption peut être simplement érythémateuse ou au contraire papuleuse et s'accompagne d’une légère poussée fébrile.

Généralisée, elle prend le type d’érythème ortié, scarlatiniforme ou morbilliforme avec fièvre assez élevée (38 ou 39°) et dure 4 ou 5 jours.

Les arthrites accompagnent l’éruption et pourraient être confondues avec une arthrite dysentérique. Mais l’arthrite dysentérique est en général monoarticulaire. Lorsqu'elle est polyarticulaire, elle frappe les grosses articulations. L’arthrite sérique au contraire frappe les petites articulations, et à ce point de vue, ses localisations peuvent être comparées à celles de la polyarthrite blennorrhagique, car elle siège aux articulations des phalanges, à la temporo-maxillaire et même à l'articulation crico-arythénoïdienne avec douleur à la déglu-

Page 1