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LES LAVAGES MODIFICATEURS DE L'INTESTIN

L'ouverture une fois établie, on peut, comme l'ont fait certains auteurs, laisser les ulcérations se cicatriser d’elles- : mêmes et compter que le repos de l'intestin malade suffira à en déterminer la cicatrisation. Duval, par exemple, esiime que « la nécessité des lavages est loin d’être prouvée ». Mais la plupart des chirurgiens au contraire, lavent l'intestin et « dans tous les cas, ou peu s’en faut, de colite traitée par la colostomie, on n’a pas manqué de recourir aux lavages modificateurs. Si quelques opérateurs se montrent sceptiques à leur endroit, c’est uniquement sans doute pour exonérer de tout reproche les entéro-anastomoses, dont le manuel leur apparaît comme élégant entre tous, mais il n’en suffit pas moins de lire quelques observations pour savoir à quoi s’en tenir. » (Segond.)

Certaines observations prouvent nettement l’utilité des lavages : par exemple celle de Robson où après insuccès avéré de la seule dérivation, le début de l’amélioration des symptômes coïncida exactement avec l'emploi des lavages modifcateurs. Nous rappellerons également les cas de dysenterie au début, traités par appendicostomie et auxquels nous faisions allusion plus haut : la guérison fut obtenue sans dérivation des matières par le seul fait des lavages modificateurs. Nous sommes donc entièrement convaincus de la haute utilité de ces lavages. Comment les pratiquer ? Il faudra proj 7

céder toujours avec une extrême douceur, n'’injecter d’abord le liquide que sous faible pression. Ordinairement, une faible partie du liquide reflue par la bouche cæcale. Il faui attendre l'écoulement par l'anus des matières et des liquides avant d'irriguer davantage. On utilisera une sonde œsophagienne que l’on introduira lentement, aussi loin que possible, jusque dans le côlon transverse (1).

On commencera l'irrigation avant que la sonde ne soit poussée à fond et de la sorte, on facilitera beaucoup sa progression. On injectera d’abord 500 gr. d’eau bouillie puis un litre de la solution antiseptique choisie. Leveuf et Heuyer, chez leurs opérés, faisaient .« quelques instants après, au moyen de la sonde rectale un lavage du côlon pelvien et du rectum, de manière à agir directement sur les ulcérations de la partie terminale du gros intestin. »

Quel liquide devra-t-on employer ? On a utilisé l’eau bouillie tiède, pure, l’eau bouillie additionnée de médicaments calmants, ou le sérum artificiel. Segond remarque que l’eau salée est préférable à l’eau pure « mais quand l'irrigation doit être suivie d’un lavage argentique, il faut employer l’eau pure, sous peine de voir se former un précipité inactif de chlorure d'argent. »

Quant aux médicaments modificateurs ou désinfectants, on en a utilisés un grand nombre, en solution ou en suspension : acide borique, biborate de soude à 4 p. 1000, bicarbonate de soude, le chlorure de zinc, le sulfate de ziné, l’alun, l’eau oxygénée, le Néol à 1 p. 25, le protargol ou le collargol à 1 p. 600, l’iodoforme, le naphtol, le bleu de méthylène, le tanin à 0,25 puis 0,50, puis 1 p. 1000, le goménol, l’hamamélis (2). Signalons aussi: les solutions salicylées

(1) Leveuf recommande, pendant les premiers jours, d’amarrer la lèvre inférieure de la muqueuse avec une pince à disséquer à griffes, de manière à éviter tout tiraillement au niveau de la zone d’adhérence.

(@) Dans les hôpitaux des Philippines, les solutions de quinine en lavages sont beaucoup employées contre la dysenterie amibienne (Weir).

De leur côté, Curl, Murray, préconisent beaucoup-ce traitement.

faibles, le perchlorure de fer, le sulfo-carbonate de zinc, la formaldéhyde (1 p. 10.000 à 1 p. 7.500),.le pyrozone à DRETS

Mais les solutions qui ont paru donner les meilleurs résultats sont celles de nitrate d'argent à 1 p. 5000 après instillation de quelques gouttes de Laudanum dilué, la liqueur de Labarraque étendue, le permanganate de potasse à 1/1000, l’eau iodée.

Leveuf et Heuyer employèrent tout d’abord le nitrate d'argent à a,25 p. 1000 les deux premières semaines, à 0,50 \ pour 1000 les jours suivañts. Dans un cas rebelle (64), le titre de la solution fut élevé à 1 p. 1000. Toujours la solution argentique se montra d'une grande supériorité comme médicament modificateur de la muqueuse malade.

Certains auteurs ont signalé que le nitrate d'argent, employé même à faible dose (o gr. 20 ou o gr. 30 par litre) devenait assez vite douloureux. Aussi recommandent-ils d’espacer les lavages, de n’en faire qu’un par jour au pius, de ne pas les prolonger plus de 4 à 5 jours de suite et de ne les reprendre qu'après une semaine, pendant laquelle on ne fera qu'une à deux irrigations simples par jour.

Leveuf et Heuyer eurent recours également à la solution de liqueur de Labarraque à 50 p. 1000 et ils obtinrent, les mêmes résultats qu'avec les solutions argentiques.

Il est utile de varier la substance médicamenteuse employée et d’alterner les lavages argentiques avec les lavages iodés ou permanganatés et surtout hypochlorités.

Enfin, il va sans dire que pendant toute la durée du traitement par la cæcostomie, il faudra continuer la thérapeutique médicale antérieurement instituée, spécifique et générale.

Sans doute ce traitement complexe demande-t-il une somme considérable de soins : les lavages fréquents de la

bouche cæcale, le nettoyage minutieux de la peau sont indispensables ; en outre, il faudra changer plusieurs fois par jour le pansement de la fistule.

Mais les résultats remarquables que l'on obtiendra de la sorte compenseront largement le surcroît de travail qu’im-

pose la méthode.

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