NEHRKORN
gauche. Guérison.
Dysenterie chronique. Colostomie iliaque
F. Z.…., 19 ans, employé dans une fabrique de cigares à Mingolsheim (Baden).
Toujours bien portant, il commence en Octobre 1900 à souffrir de CONSTIPATION et remarque depuis cette époque que ses selles sont mélangées à une petite quantité de sang. Depuis le mois de mars, il a parfois du ténesme qui va en augmentant ; ses matières sont dures et contiennent plus souvent du sang, liquide ou en caillot.
Dans les dernières semaines de mai, il ressent dans le ventre des douleurs sourdes et continuelles ; en même temps, il se plaint d'une faiblesse croissante et d'une lassitude générale. Déjà depuis mars, il se sentait incapable de travailler et gardait souvent le lit.
A son entrée à la clinique d'Heidelberg, le 5 juin 1901, on constate l’état suivant :
Jeune homme de moyen embonpoint, d'aspect blême. Langue humide et blanche. Le ventre est légèrement ballonné, la paroi abdominale modérément tendue. À la palpation, la fosse iliaque gauche répondant à l'anse sigmoïde, on sent une résistance de la grosseur d'un petit poing, arrondie et allongée, à peine sensible à la pression.
‘Rectum normal.
Comme les jours précédents la constipation avait été très marquée, on nettoya immédiatement la partie inférieure de l’intestin avec un lavemenit et le lendemain, on lui donna de l'huile de ricin. 11 y eut à la suite de cette purgation plusieurs selles diarrhéiques avec du sang pur.
Le ventre, à la suite de cette débâcle, fut beaucoup plus facilement palpable et notablement plus mou. A la place de la résistance volumineuse, on sentait dans la fosse iliaque gauche, une corde en forme de boudin, de la grosseur du pouce, quelque peu mobile et répondant à la situation de l’anse sigmoiïde. La sensibilité à la ARE avait considérablement augmenté.
Comme les pertes sanguines ne cessaient pas, les jours suivants, on lui donna de l’opium par la bouche et en suppositoires ; une vessie de glace fut placée sur la région de l’$S ïiliaque.
Un peu plus tard, cataplasmes chauds Sur tout l'abdomen
Le 19 juin, teneur de son sang èn hémogiobine : 70 à 75 0/0.
Les selles étaient formées surtout de sang liquide ; il y avait également du mucus en moyenne abondance.
Au microscope : beaucoup de globules rouges, quelques globules blancs ; détritus alimentaires, cristaux de phosphates ;) pas d’amibes, pas d'œufs de parasites, pas de bacilles de Koch.
Le diagnostic fut porté de Dysenterie chronique avec lésions ! prédominantes sur l'S iliaque. Les jours et les Semaines suivantes, la maladie fit des progrès croissants ainsi que l’anémie et la cachexie.
La température restait toujours légèrement fébrile ; le pouls oscillait entre 90 et 100.
Les douleurs abdominales étaient supportabies, les évacuations sanguines s’arrêtaient parfois pendant 12 à ‘15 heures, mais souvent aussi, dans‘le même laps de temps, elles atteignaient le nombre de 8 à 10.
Traitement : diète (aliments liquides ou en bouillie), application de cataplasmes de farine de lin. Opiacés. Hémostatiques et astringents.
Par la bouche : opium, bismuth, tanin.
Par le rectum, on donnait, en lavements qui ne pouvaient être supérieurs à 300 ou 400 cc., à cause des douleurs violentes qu'ils causaient, du tanin, du perchlorure de fer. En injections sous-cutanées, on donne de l’ergotine et pendant une semaine, . on fit chaque jour une injection d’une solution de gélatine à Î pour 100. Injection de sérum. Après 4 semaines d'observation, l'état devint menaçant, la température vespérale se maintenant au-dessus de 39°, le pouls, petit et rapide, battait à 110 ou 120 ; la langue était fortement chargée et sèche au milieu, les lèvres étaient blanches, les yeux enfoncés dans l'orbite : bref, le ma2lade était dans un état d’anémie grave et de faiblesse extrême. Son poids qui, à son entrée, était encore de 110 livres, était tombé à 85 ; la teneur de son sang en hémoglobine réduite à 30 0/0 ; le nombre de ses hématies n'était plus que de 1.800.000.
Les selles, sous l'influence du bismuth, étaient un peu moins fréquentes et semblaient contenir moins de sang, mais ellés étaient très fétides et s’accompagnaient de ténesme.
Les limites de la thérapeutique médicale étaient atteintes et comme dernière ressource, on eut recours à la colostomie, par laquelle le segment d’intestin malade pouvait être mis au repes et traité localement. Opération le 5 juillet, par Czerny.
Invision dans la fosse iliaque gauche. A l'ouverture du péritoine, il S'écoule un peu de liquide clair. 4
L'anse sigmoide paraît œdématiée, fortement infiltrée old séreuse est dépolie, comme recouverte de fibriae. Cette anse est amenée et fixée comme à l'ordinaire et ouverte deux jours après au thermocautère. Toute la paroi intestinale est épaissie, hypertrophiée. La muqueuse présente des sailties circonscrites, Ryperémiées, boursouflées et dans leur intervalle, le doigt sent deux pertes de substance de la grosseur d'un pfenning, saignant au moindre contact.
Suivant les prévisions, le résultat de l'opération fut favorable et les hémorragies intestinales cessèrent complètement.
Le traitement local consiste dans les premières semaines, en lavages quotidiens ou biquotidiens du côlon, avec une solution salicylée faible.
On faisait facilement passer un litre et demi de liquide, et dans les premiers jours, l'eau de lavage ramenait des petits fragments secs et noirâtres. Le troisième jour, on donne de l'huile de ricin et les selles pâteuses consécutives ne conte naient pas de sang.
L'appétit, le sommeil, le bien-être général reparurent vite l'anémie seule persistait encore.
Trois semaines après l'opération, il y avait 35 0/0 d'hémoglobine. Trois semaines plus tard, quand le malade avec son anus artificiel fonctionnant bien, fut provisoirement congédié, il avait 55 0/0 d'hémoglobine. Son poids avait augmenté de 27 livres (112 livres) ; les joues étaient pleines, il se sentait bien ; mais il avait encore l'aspect anémique.
Quand il revint 7? semaines après, les progrès étaient beaucoup plus marqués. Il pesait 125 livres et son sang contenait 75 0/0 d'hémoglobine. ,
L'appétit était resté bon, les selles régulières.
Il désirait qu'on lui fermât son anus iliaque et il ne me sembla pas prématuré de le faire.
On ferma l'anus le 18 octobre, soit trois mois et demi après la première opération.
Pour éviter un rétrécissement, l'ouverture de la paroi intestinale fut agrandie en longueur, et les deux bords de lincision longitudinale ainsi formée furent suturés transversalement.
Dans la deuxième semaine après l'opération, à la suite d’une forte purgation, il y eut une petite quantité de sang dans les selles, ce qui nous alarma ; mais ce fut passager et cela provenait peut-être de la ligne de suture. É
Depuis, la convalescence a été parfaite, les selles sont régulières et spontanées, elles ont une coloration et une consistance normales, ne contenant ni sang ni mucus (19 novembre 1901).